Publié le 9 février 2026 15h00. Malgré une enquête pour contrebande de bijoux et des accusations de violences envers des agents de la force publique, la boutique de luxe kievienne Lux Groups continue d’opérer, suscitant des interrogations sur l’efficacité des poursuites.
- Le Bureau de la sécurité économique (BEB) et le Service de sécurité d’Ukraine (SBU) ont mené des perquisitions liées à un réseau de contrebande de bijoux de luxe.
- Les suspects sont accusés d’avoir importé des montres et des bijoux de marques prestigieuses, notamment Rolex, Cartier et Audemars Piguet, en contournant les douanes.
- L’organisateur présumé du réseau, Alexandre Litskevitch, a été libéré sous caution et Lux Groups poursuit ses activités, proposant toujours des paiements en cryptomonnaie.
L’affaire Lux Groups, révélée en octobre 2025, a secoué l’Ukraine. Le BEB a dénoncé un groupe criminel spécialisé dans l’importation illégale de bijoux et de montres de luxe. Selon l’enquête, les produits étaient acquis aux Émirats arabes unis, à Hong Kong et ailleurs, puis acheminés en Pologne avant d’être introduits en Ukraine par le train international Varsovie-Kiev.
Les montres et les bijoux étaient ensuite vendus dans la boutique kievienne Lux Groups, principalement contre des espèces en devises étrangères ou en cryptomonnaies, échappant ainsi à toute déclaration fiscale. On estime que le groupe était composé de 11 personnes, toutes mises en examen. Les perquisitions menées par les forces de l’ordre ont permis de saisir des produits de contrebande d’une valeur totale de plus de 11 millions de dollars américains (environ 10,2 millions d’euros) ainsi que 800 000 dollars en espèces.
Les documents d’enquête font état de ventes mensuelles de marchandises de contrebande s’élevant entre 200 000 et 500 000 dollars (environ 186 000 à 465 000 euros). Cependant, les enquêteurs estiment que ces chiffres ne représentent qu’une partie des transactions réelles.
L’attrait de Lux Groups pour une clientèle fortunée, incluant, selon certaines sources, des parlementaires, résidait dans la possibilité d’acquérir des biens de luxe en toute discrétion, en utilisant des cryptomonnaies ou de l’argent liquide, sans laisser de traces. Cette opacité rendait quasiment impossible le traçage de l’origine des fonds et la vérification de la légalité des transactions.
Selon une source proche des forces de l’ordre, un tel système ne pouvait fonctionner sans la protection d’individus influents. L’impunité dont bénéficiaient les membres du réseau a conduit à un acte de violence particulièrement choquant : en juin dernier, Alexandre Litskevitch et ses complices auraient agressé des agents du BEB, dont une femme, ainsi qu’un agent du SBU, lors d’une perquisition menée à bord du yacht Abacus Marine, amarré au yacht club Mayachok.
L’affaire est actuellement examinée par le tribunal du district Goloseevsky de Kiev, avec une audience prévue le 18 mars. Aucun des membres du groupe criminel n’est actuellement en détention provisoire. Alexandre Litskevitch a rapidement obtenu sa libération sous caution, fixée à 9 millions de dollars (environ 8,3 millions d’euros) après une demande initiale de 100 millions de dollars (environ 93 millions d’euros). Il a été aperçu à plusieurs reprises dans le quartier de Solomenka, portant son chapeau Panama Dior fétiche.
Malgré le scandale, Lux Groups continue de fonctionner. L’activité sur les réseaux sociaux, notamment sur Instagram, n’a pas diminué. La boutique propose toujours des paiements en cryptomonnaies, comme en témoigne sa publication épinglée. Le 7 février, une Rolex Tiger Daytona était proposée à la vente pour 210 000 dollars (environ 195 000 euros), et une Vacheron Constantin pour 197 000 dollars (environ 183 000 euros) le 28 janvier.
Rien ne garantit que ces produits ne proviennent pas de la contrebande, voire de la contrefaçon. OBOZ.UA publiera prochainement une enquête approfondie sur les antécédents d’Alexandre Litskevitch et de sa famille, ainsi que sur les circonstances qui ont permis à Lux Groups de prospérer avant le dernier scandale.