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Beaux livres automne 2025 | Marie-Claire

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Le Dr Baptiste Beaulieu, médecin généraliste à Toulouse, bouleverse l’idée reçue de la consultation médicale grâce à son approche profondément humaine et à sa production littéraire qui explore la complexité des relations patients-soignants. Son nouveau roman, « Où vont se cacher les larmes ? », explore cette thématique, confirmant son statut d’observateur privilégié de notre humanité.

Dans un système de santé souvent perçu comme impersonnel, où le médecin peine à se souvenir du visage de ses patients tant ils sont nombreux, Baptiste Beaulieu propose une vision radicalement différente. Pour lui, aimer son métier, c’est aimer ses patients, un par un. Il connaît leurs noms, leurs histoires, s’inquiète sincèrement de leur bien-être et cherche la solution la plus adaptée à chaque cas, car comme il le souligne, « la santé n’existe pas mais il y a un remède, et le remède n’est jamais un pour tout le monde mais un différent pour chacun ».

Médecin généraliste français exerçant à Toulouse, Baptiste Beaulieu s’est fait connaître du grand public grâce à ses podcasts et à ses écrits. Parmi ses œuvres marquantes, on trouve « La vie n’est pas sérieuse. Aventures tragi-comiques d’un jeune médecin amoureux de ce qu’il fait » et « Les gens sont beaux », un ouvrage illustré par Qin Leng. Son dernier roman, « Où vont se cacher les larmes ? », dont la traduction française est publiée le 15 octobre par les Éditions du Cour et/ou, se présente comme un roman d’apprentissage. L’histoire suit Jean, un généraliste du Sud-Ouest de la France, dont la formation personnelle passe par la recherche, au travers des récits de ses patients, d’une raison de se reconnecter à leur souffrance.

« Un être humain qui n’est plus capable de pleurer ne peut prétendre guérir les êtres humains. C’est comme ça. Il se place, en un certain sens, en dehors de l’humanité », affirme Jean dans le roman. Cette capacité à la vulnérabilité et à l’empathie est au cœur de la démarche de Beaulieu. Il explique son engagement littéraire : « Parce que nous ne sommes pas condamnés au silence. Les histoires, les récits que nous partageons sont peut-être la chose la plus réelle et la plus solide dans ce monde saturé de bruit et d’oubli. J’avais envie de parler d’humanité et de ce que nous considérons comme beau et tendre dans nos métiers. La tendresse manque cruellement. »

Le roman dépeint avec justesse le quotidien d’un médecin de proximité : visites à domicile, salles d’attente, confidences des patients, urgences. « Ce contexte familial m’a permis de dresser un portrait tendre et lucide de la médecine communautaire, mais aussi de l’humanité commune, celle qui souffre, espère, se tait et aime », confie l’auteur. La question des larmes est centrale : elles sont vues comme un indicateur de vie, une boussole intime de notre identité. « Les larmes que nous versons sont comme une carte intime de notre identité », explique Beaulieu, qui les associe souvent à la vulnérabilité des enfants, aux injustices criantes ou aux gestes inattendus de respect.

Face à la difficulté de pleurer ou de consoler, il répond : « Les deux choses sont difficiles, car pleurer implique une fragilité acceptée, et consoler le courage d’affronter la fragilité de l’autre sans la nier. C’est peut-être la même chose : consoler, c’est prêter son épaule aux larmes de l’autre. » Il se souvient d’un cas particulièrement marquant : un petit garçon ayant survécu à une mine terrestre, à qui il a aidé à obtenir une prothèse. « Un jour, il est revenu me rendre visite et m’a montré une vidéo : il s’était filmé en train de courir. Parce que c’était son rêve : pouvoir à nouveau courir. Et il a dit : « Merci, docteur », les larmes aux yeux. »

Beaulieu utilise la métaphore météorologique pour distinguer l’humeur passagère du tempérament profond : « La météo est notre humeur quotidienne, éphémère et changeante. Le climat est notre disposition la plus profonde, la structure de notre être. Il faut distinguer les deux : confondre une averse passagère avec un hiver interminable, c’est risquer le désespoir. »

Confronté à la violence domestique, il affirme : « Les statistiques ne changent rien. Une histoire peut vous ouvrir les yeux plus sûrement qu’un chiffre. » Dans son roman, Jean ne pleure qu’à l’intérieur. Pour Beaulieu, « A l’intérieur se trouve le corps qui absorbe, retient, stocke. A l’extérieur, c’est le corps qui se libère, qui circule. Les larmes externes sauvent ; les internes sédimentent, et parfois nous empoisonnent. »

La vie, vue depuis la proximité de la mort, est une expérience qui confronte à l’essentiel. Il raconte une veillée funèbre où, après le décès d’une patiente ayant mené une révolution en Amérique du Sud, ses proches ont chanté une chanson révolutionnaire. « Pleurer est la façon dont notre corps exprime son sens de la justice », explique-t-il, car « les larmes coulent souvent là où il y a un déséquilibre, une souffrance qui ne devrait pas exister. Elles sont comme des témoins intimes de notre indignation. »

Il justifie l’usage du « vous » dans les moments de malheur et du « elle » dans les moments de tristesse par la nature différente de ces émotions : « le bonheur unit les gens, efface les distances, tandis que la tristesse crée une forme de solennité. Utiliser « elle » dans les moments de douleur peut être une manière de reconnaître la dignité des autres, leur intouchable vulnérabilité. »

Enfin, il imagine un serment pour les puissants du monde : « Je jure de considérer chaque vie digne, chaque larme précieuse, chaque silence habité. Je jure d’agir non seulement avec raison, mais avec tendresse. »

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