La Berlinale est au cœur d’une vive polémique après des réactions contrastées de personnalités du cinéma sur la question des conflits internationaux. La directrice du festival, Tricia Tuttle, a publié une déclaration détaillée pour défendre la liberté d’expression et la complexité des échanges.
La controverse a éclaté suite aux propos de Wim Wenders, président du jury, lors de la conférence de presse d’ouverture. Interrogé sur le conflit à Gaza, il a déclaré : « Nous devons rester en dehors de la politique car si nous réalisons des films délibérément politiques, nous entrons dans le domaine de la politique. » Cette affirmation a immédiatement suscité une vague de critiques sur les réseaux sociaux, conduisant notamment l’écrivaine indienne Arundhati Roy à se retirer du festival.
Michelle Yeoh et Neil Patrick Harris ont également été pris à partie en ligne pour leurs réponses jugées évasives concernant la politique et la montée du fascisme. Neil Patrick Harris a notamment exprimé son intérêt pour des œuvres « apolitiques », ce qui a renforcé les critiques.
Dans sa déclaration, Tricia Tuttle souligne que la liberté d’expression est bien présente à la Berlinale, mais que les cinéastes sont de plus en plus sollicités pour commenter des sujets politiques, et critiqués quelle que soit leur réponse. « Il est difficile de réduire la Berlinale et des centaines de cinéastes à une image qui ne nous ressemble pas toujours dans le débat public en ligne », a-t-elle écrit.
La directrice du festival rappelle que la programmation de cette année, qui compte 278 films, aborde des thèmes cruciaux tels que le génocide, la violence sexuelle en temps de guerre, la corruption, la violence patriarcale, le colonialisme et l’abus de pouvoir étatique. Elle insiste sur le courage des cinéastes qui partagent leurs œuvres, souvent au péril de leur propre sécurité.
Tuttle nuance également en soulignant que certains cinéastes souhaitent se concentrer sur l’art pour l’art et sur la préservation des salles de cinéma pour les films indépendants. Elle déplore le manque d’espace pour une discussion approfondie sur le cinéma et la culture dans un contexte médiatique dominé par les crises.
« De nombreux films expriment une politique au sens large : ils examinent les rapports de pouvoir dans la vie quotidienne, ce qui est visible ou invisible, inclus ou exclu », explique-t-elle. « D’autres s’engagent dans la Politique avec un grand « P » : gouvernements, politiques étatiques, institutions de pouvoir et de justice. »
Elle affirme que tous les cinéastes présents à la Berlinale sont sensibles aux événements mondiaux, notamment la situation à Gaza et en Cisjordanie, en République démocratique du Congo, au Soudan, en Iran, en Ukraine et aux États-Unis. « Nous ne croyons pas qu’il y ait un cinéaste présenté dans ce festival qui soit indifférent à ce qui se passe dans le monde », a-t-elle déclaré.
Enfin, Tricia Tuttle réaffirme le droit des artistes à la liberté d’expression et souligne qu’ils ne devraient pas être tenus de commenter tous les débats politiques ou de répondre à toutes les questions qui leur sont posées. Elle conclut en exprimant son amour pour le cinéma et sa conviction que les films peuvent susciter un changement, même lent et progressif.