Publié le 10 février 2026 10h45. Dans les montagnes slovaques, un village se débat avec l’arrivée d’un barrage qui menace de le submerger, tandis qu’une jeune femme aspire à un avenir qui dépasse les traditions rurales.
- Le film slovaque Potopa (Le Déluge) dépeint la vie d’un village rural confronté à l’expulsion pour la construction d’un barrage.
- Mara, une adolescente de 15 ans, incarne la volonté de s’affranchir des attentes familiales et sociales.
- Le réalisateur Martin Gonda adopte une approche discrète et contemplative, évitant les clichés et les jugements hâtifs.
Le film Potopa, actuellement en salles en République tchèque, nous transporte dans un village reculé de Slovaquie, où le temps semble s’être arrêté. Loin des agitations du monde moderne, la vie suit son cours, rythmée par les tâches quotidiennes et les traditions ancestrales. Pourtant, cette quiétude est menacée par un projet de construction d’un barrage, qui condamne le village à disparaître sous les eaux. L’œuvre de Martin Gonda, son premier long métrage, ne se contente pas de documenter cette situation, elle explore les tensions et les espoirs d’une communauté face à l’inéluctable.
Au cœur de ce drame silencieux se trouve Mara, une jeune fille de 15 ans qui refuse de se conformer aux attentes de son père, veuf, Alexandre. Alors que de nombreux paysans de la région, d’origine ruthène, se vouent à une vie de labeur acharné, Alexandre aspire à autre chose pour sa fille. Mara, elle, rêve de devenir pilote et d’intégrer l’école d’aviation militaire locale. Son ambition se heurte à la réalité d’un village en voie de disparition et aux responsabilités qui lui incombent, notamment après l’accident vasculaire cérébral de son père.
Martin Gonda choisit de ne pas dramatiser excessivement la situation. Il observe avec une caméra sobre et attentive, privilégiant les plans fixes et les silences éloquents. Les scènes de confrontation avec les représentants du gouvernement communiste, qui annoncent l’expulsion du village, sont particulièrement frappantes par leur authenticité. Les villageois, furieux, n’hésitent pas à exprimer leur colère, allant jusqu’à proférer des insultes. Mais le réalisateur évite les effets de style faciles et se concentre sur l’impact de cette décision sur la vie des habitants.
Ce qui distingue Potopa, c’est son refus des contrastes simplistes. Il ne s’agit pas d’une condamnation virulente du communisme, mais d’une exploration nuancée des rapports entre tradition et modernité, entre individu et collectivité. Le film ne juge pas, il observe. Il ne cherche pas à montrer la misère ou la ruine, mais à rendre compte de la complexité de la vie rurale. Le jeu des acteurs non professionnels, issus du Théâtre ruthène de Prešov Alexander Duchnovič, contribue à cette authenticité. Sára Chripáková, dans le rôle de Mara, incarne avec justesse la détermination et la résilience d’une jeune fille confrontée à l’adversité.
L’œuvre de Martin Gonda, bien que parfois lente et contemplative, est une réflexion profonde sur la perte, la mémoire et l’espoir. Elle témoigne de la qualité croissante du cinéma slovaque contemporain et confirme le talent d’un réalisateur prometteur. Le village de Ruské n’est pas un lieu de drames sociaux explosifs, mais un espace de vie fragile et menacé, où les liens familiaux et l’attachement à la terre sont mis à l’épreuve. Un film qui résonne bien au-delà des frontières de la Slovaquie.
Film : Le Déluge
Drame/Historique, Slovaquie/République tchèque, 2025, 102 min
Avec : Sára Chripáková, Jozef Pantlikáš, Katarína Babejová, Vladimíra Štefániková, Michal Soltész, Vladimír Čema, Stanislav Pitoňák, Světlana Škovranová et d’autres