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Blue Owl joue l’oiseau de mauvais augure pour la dette privée

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Publié le 20 février 2024. L’engouement pour la démocratisation de la dette privée est confronté à ses premières difficultés majeures. Le gestionnaire d’actifs américain Blue Owl a gelé les rachats d’un de ses fonds, révélant les risques de liquidité liés à ces placements autrefois réservés aux investisseurs institutionnels.

  • Blue Owl a suspendu indéfiniment les retraits d’un fonds de dette privée accessible aux particuliers.
  • Cette décision fait suite à des inquiétudes croissantes concernant la santé du secteur de la dette privée, exacerbées par des faillites frauduleuses aux États-Unis.
  • L’incident souligne les dangers d’investir dans des actifs illiquides avec des engagements à court terme.

L’heure de la facture est arrivée pour les épargnants attirés par la promesse de rendements élevés de la dette privée. Depuis plusieurs années, l’industrie de la gestion d’actifs s’est efforcée de rendre accessibles au grand public des placements autrefois réservés à une clientèle institutionnelle privilégiée. Les arguments pour démocratiser les actifs non cotés étaient nombreux : des rendements bruts attractifs, une volatilité apparemment faible – un argument de peu de poids pour des actifs sans valorisation quotidienne – et, parfois, la perspective d’une liquidité future. C’est cette dernière promesse qui est aujourd’hui remise en question, avec le cas de Blue Owl, et qui suscite des inquiétudes dans l’ensemble du secteur.

Le 18 février, Blue Owl a effectivement bloqué les retraits d’un de ses véhicules de dette privée destinés aux investisseurs particuliers. Ces derniers avaient la possibilité de récupérer leur mise chaque trimestre. Les demandes de retrait se sont multipliées après la révélation, à l’automne dernier, de plusieurs faillites frauduleuses d’entreprises emprunteuses aux États-Unis. Jamie Dimon, PDG de JPMorgan, avait alors alerté sur une « invasion de cafards » dans le secteur de la dette privée.

En début d’année, l’intelligence artificielle a pris la place des insectes nuisibles dans l’évaluation des risques. Elle alimente les craintes de pertes pour les fonds ayant investi, en capital ou en dette, dans des secteurs considérés comme particulièrement vulnérables à l’IA, tels que les éditeurs de logiciels. Le secteur technologique est actuellement en train d’absorber l’onde de choc sur les logiciels.

Incapable de répondre à la demande de retraits, Blue Owl a d’abord tenté, sans succès, de fusionner son fonds avec un autre véhicule. L’entreprise a finalement annoncé qu’elle procéderait à des remboursements trimestriels de sa propre initiative, en fonction de sa trésorerie disponible. Elle affirme avoir déjà vendu 30 % des prêts de son portefeuille à quatre investisseurs institutionnels pour un prix correspondant à leur valeur nominale, ce qu’elle interprète comme un signe de la qualité de ses actifs. Cependant, l’un des acquéreurs serait l’assureur interne du groupe. Si les meilleurs actifs sont les premiers à partir, il est légitime de s’interroger sur la solidité des 70 % restants.

Pour compliquer davantage la situation, Blue Owl Capital est cotée en Bourse, où elle a perdu la moitié de sa valeur en un an. La volatilité de son titre offre au grand public un indicateur en temps réel des doutes qui entourent la dette privée.

Il serait tentant d’établir un parallèle avec l’affaire Bear Stearns. En gelant, en juin 2007, deux fonds obscurs investis dans des actifs subprime, la banque d’affaires avait déclenché ce qui allait devenir la grande crise financière. Mais les prévisions pessimistes se sont souvent avérées erronées ces dernières années. Par exemple, le blocage, fin 2022, d’un important fonds immobilier de Blackstone destiné aux particuliers n’a pas provoqué le choc systémique que certains craignaient.

Il est certain, en revanche, que l’association d’actifs de longue durée et peu liquides à des passifs à court terme, comme l’a fait Blue Owl, en y ajoutant un effet de levier, est une recette infaillible pour une crise de liquidité. Ironiquement, l’entreprise arbore un hibou comme logo, symbole de sagesse. Pour les gestionnaires qui, en Europe, promeuvent aujourd’hui la démocratisation des actifs privés, c’est un sérieux rappel à l’ordre.

Blue Owl était récemment arrivé en tête des fonds de non-coté les plus performants.

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