Alors que les Dodgers de Los Angeles et les Blue Jays de Toronto s’affrontent dans une Série Mondiale 2025 palpitante, le reste de la Ligue Majeure de Baseball se tourne déjà vers l’intersaison. Parmi les joueurs les plus convoités, Bo Bichette, l’étoile montante des Blue Jays, suscite déjà toutes les attentions. Ce joueur polyvalent, dont le nom revient avec insistance dans les discussions sur les agents libres cet hiver, s’annonce comme l’une des pièces maîtresses du marché.
Âgé de 27 ans, Bichette a été classé par les experts de CBS Sports comme le troisième meilleur joueur de la prochaine cohorte d’agents libres, juste derrière Kyle Tucker (externe des Cubs de Chicago) et Alex Bregman (troisième-but des Red Sox de Boston). Son profil intrigue : bien que son poste de prédilection soit le deuxième but, sa puissance au bâton pourrait convaincre une équipe de tolérer ses lacunes défensives à l’arrêt-court pendant encore quelques années. Après une saison 2024 en deçà de ses standards, marquée par des blessures récurrentes (mollet, doigt fracturé), Bichette a retrouvé son efficacité, franchissant la barre des .290 de moyenne au bâton (pour la quatrième fois en cinq saisons complètes) et des 60 coups sûrs de plus d’une base (pour la troisième fois). Son swing plat lui permet d’attaquer efficacement les balles hautes, avec une moyenne de .337 sur ces lancers, le plaçant au cinquième rang des joueurs qualifiés. Un atout supplémentaire : il est relativement jeune pour un joueur libre, puisqu’il fêtera ses 28 ans en mars.
Si Bichette est encore concentré sur la finale (son équipe ayant égalisé la série mardi soir), l’intersaison est déjà au cœur des conversations. Quel est son bilan, ses forces et ses faiblesses ? Et où pourrait-il rebondir, et pour quel montant ? CBS Sports vous propose une analyse détaillée de l’un des cas d’agent libre les plus intéressants de l’hiver.
### Points forts : Un talent offensif indéniable
Si l’impact des blessures reste difficile à quantifier, il semble raisonnable de considérer la saison 2024 comme un accident de parcours pour Bichette, compte tenu de sa jeunesse et de son historique. Il a affiché un niveau de jeu supérieur de 20 % ou plus à la moyenne de la ligue lors de quatre de ses cinq saisons complètes, ainsi que lors de ses deux saisons partielles en 2019 et 2020. Depuis qu’il est devenu un joueur régulier en 2021, Bichette se classe huitième parmi les joueurs de champ intérieur actifs (avec au moins 2 000 apparitions au marbre), derrière des noms tels que Corey Seager, Mookie Betts et Bobby Witt Jr.
Bichette excelle dans l’art de frapper la balle avec précision. Il fait partie d’un groupe restreint de frappeurs qualifiés à afficher une vitesse de sortie moyenne de 90 mph (environ 145 km/h) et un taux de contact en zone de 90 %. Son style de frappe, avec un angle d’attaque plutôt plat, lui permet de bien maîtriser les lancers hauts. Il est également un frappeur polyvalent, envoyant au moins 25 % de ses balles frappées vers le champ gauche, le champ centre et le champ droit.
Sa puissance n’est pas sa principale caractéristique ; il ne cherche pas systématiquement à tirer la balle vers le champ intérieur et à la projeter haut. Néanmoins, il affiche une moyenne de 24 circuits et 41 doubles par 162 matchs. Ces chiffres pourraient légèrement diminuer dans un environnement offensif moins favorable. Quoi qu’il en soit, Bichette devrait demeurer un frappeur de qualité, capable de s’adapter à la position de numéro 2 dans l’ordre des frappeurs, si sa future équipe le souhaite.
### Points faibles : La défense à l’arrêt-court et l’approche au bâton
Le principal talon d’Achille de Bichette réside dans sa défense à l’arrêt-court. Il a toujours éprouvé des difficultés sur les jeux qui nécessitent une charge vers l’avant, et cette saison, ces faiblesses se sont étendues aux déplacements latéraux. Sa force de bras est également en deçà de la moyenne, un aspect qui, bien que parfois surévalué publiquement, pourrait lui fermer la porte du troisième but. Son utilisation au deuxième but durant les séries éliminatoires, une première dans sa carrière, est une conséquence de sa blessure au genou, mais il est probable qu’il s’y stabilise à terme. Cela dit, l’état actuel du poste d’arrêt-court pourrait inciter certaines équipes à fermer les yeux sur ses limites défensives en échange de sa puissance offensive.
L’autre point faible notable concerne son approche au bâton. Son taux de buts sur balles de 6,4 % cette saison est le plus élevé depuis 2019 (où il avait joué 49 matchs). Bichette a toujours eu tendance à s’élancer sur plus de 53 % des lancers qu’il a rencontrés, sans distinction marquée entre les lancers en zone de prises et ceux hors zone. Cette saison, il se classait dans le 12e centile en termes de taux de « chase » (lancers hors zone sollicités). Il doit impérativement maintenir un taux de contact élevé, et idéalement de qualité, pour rester productif avec de telles tendances.
Il est également à noter que Bichette n’a pas disputé 150 matchs ou plus depuis 2022. Il a connu plusieurs blessures aux tissus mous, touchant ses genoux, son mollet et son quadriceps. Ces blessures sont généralement plus préoccupantes pour les équipes que les fractures, qui sont plus souvent considérées comme des incidents isolés.
### Prédictions contractuelles : Un investissement conséquent
Si les termes des contrats peuvent sembler sortir d’une autre dimension, il est possible de faire des estimations éclairées en se basant sur les précédents, en tenant compte de l’inflation et d’autres facteurs.
Dans le cas de Bichette, les exemples de contrats récents signés par des arrêts-courts de fin vingtaine ne manquent pas. Deux contrats en particulier semblent pertinents : celui de sept ans et 177 millions de dollars signé par Dansby Swanson avec les Cubs de Chicago en décembre 2022, et celui de sept ans et 182 millions de dollars paraphé par Willy Adames avec les Giants de San Francisco l’hiver dernier. Dans les deux cas, il s’agit d’accords de longue durée offrant entre 25 et 26 millions de dollars par an. Bien que ses lacunes défensives puissent dissuader certains clubs, il est probable que Bichette trouve un acquéreur prêt à débourser environ sept ans pour 189 millions de dollars.
### Prétendants potentiels : Où Bichette pourrait-il atterrir ?
Les Blue Jays de Toronto constituent, de toute évidence, la destination la plus probable pour Bichette. C’est la seule équipe pour laquelle il a jamais joué, et elle avait déjà manifesté son intérêt pour une prolongation de contrat au printemps. Une participation à la Série Mondiale, et les retombées financières qui en découlent, pourraient inciter les deux parties à trouver un terrain d’entente pour un nouvel accord à long terme.
Si Bichette atteint le marché des agents libres, on peut se demander si l’ancien directeur général des Blue Jays, Alex Anthopoulos, désormais à la tête des Braves d’Atlanta, serait disposé à ignorer ses limites défensives pour l’installer à l’arrêt-court. L’intérêt potentiel d’Atlanta pourrait cependant dépendre du choix de Ha-Seong Kim de décliner son option de contrat. Par ailleurs, les Angels de Los Angeles sont dirigés par Perry Minasian, qui était dépisteur pour les Blue Jays au moment de la sélection de Bichette. Cela ne garantit pas un intérêt, mais les Angels pourraient avoir besoin de renforts s’ils ambitionnent un retour en séries éliminatoires. Associer Bichette à Zach Neto formerait une solide combinaison sur le double jeu.
Au-delà de ces clubs, d’autres équipes ont reçu une production limitée à l’arrêt-court cette saison. Il s’agit notamment des Tigers de Detroit, qui possèdent un candidat interne solide, des Guardians de Cleveland et des Brewers de Milwaukee, qui n’ont probablement pas le budget nécessaire, ou encore des Yankees de New York, qui pourraient avoir des réserves concernant sa défense.