Publié le 08 novembre 2025. Une crise secoue la seule coalition gouvernementale du Brandebourg, unissant le SPD et le BSW. L’avenir de cette alliance est menacé par le refus du groupe BSW d’approuver une réforme controversée de l’audiovisuel, une divergence qui pourrait bien entraîner une rupture politique majeure.
- Le groupe parlementaire BSW s’oppose à une réforme de l’audiovisuel pourtant soutenue par le gouvernement régional du Brandebourg.
- Cette opposition pourrait provoquer une rupture de la coalition SPD-BSW, seule alternative après les élections régionales de 2024 si l’AfD refusait de gouverner.
- Malgré les tensions, le vice-Premier ministre Robert Crumbach (BSW) appelle à la fiabilité et exprime sa confiance dans la résolution du conflit.
Près d’un an après sa formation, l’unique coalition gouvernementale allemande entre le Parti social-démocrate (SPD) et le mouvement « Sahra Wagenknecht » (BSW) au Brandebourg traverse une zone de turbulences. Au cœur de la discorde : un vote imminent au Landtag (parlement régional) sur une réforme de l’audiovisuel. Le groupe parlementaire BSW a annoncé son intention de rejeter le projet, une position qui met à mal l’accord de coalition.
« Il s’agit d’un conflit grave », a reconnu le ministre des Finances du Brandebourg, issu du BSW. Il a souligné la nécessité pour les deux partenaires de faire preuve de « fiabilité » à tout moment, admettant que le SPD pouvait légitimement remettre en question celle de son allié. Malgré ces mots forts, Robert Crumbach, vice-Premier ministre et figure du BSW, s’est voulu optimiste quant à la cohésion de la coalition. « Nous discutons constamment et cherchons des solutions », a-t-il assuré, se disant « convaincu que nous réussirons ».
Une réunion prévue dimanche entre les directions du SPD et du BSW pour tenter de désamorcer le conflit sur la réforme de l’audiovisuel a été annulée, les deux partis estimant que des progrès étaient possibles dans les négociations en cours. L’agence de presse dpa a confirmé cette annulation, rapportée initialement par le quotidien « Potsdamer Neuesten Nachrichten ».
« C’est difficile, mais je suis confiant », a réitéré Robert Crumbach. De son côté, le secrétaire général du SPD, Kurt Fischer, a indiqué que les discussions avec le BSW évoluaient dans la bonne direction, rendant inutile, à ce stade, une réunion formelle du comité de coalition.
Des divergences entre la Thuringe et la Saxe
Jusqu’à présent, le SPD et le BSW parvenaient à surmonter leurs désaccords, y compris sur des questions de politique étrangère. Cependant, le vote prévu les 19 ou 20 novembre prochain sur les contrats d’État visant à réformer les chaînes publiques ARD, ZDF et Deutschlandradio, s’annonce comme un point de rupture. Le chef du groupe parlementaire BSW, Niels-Olaf Lüders, a annoncé que la majorité du groupe voterait contre ces réformes, tout en se prononçant en faveur d’un renforcement de la protection de la jeunesse. Cette position risque de priver la coalition d’une majorité stable, le SPD exigeant un soutien unanime des deux factions.
Les deux contrats avaient été approuvés par le gouvernement régional, incluant le BSW, il y a plusieurs mois. Pourtant, dimanche dernier, le conseil fédéral du BSW a soudainement annoncé son rejet, une volte-face alors que le parti avait déjà accepté des réformes similaires en Thuringe, mais pas en Saxe.
L’accord de coalition stipule que les deux partenaires doivent se présenter unis au parlement et s’abstenir de voter en ordre dispersé. Le BSW justifie son revirement en arguant que les contrats d’État étaient finalisés avant son entrée dans la coalition et que rien n’avait été spécifiquement convenu à ce sujet dans l’accord.
Inquiétudes sur l’interventionnisme de l’État
Le parti critique une réforme qu’il juge insuffisante et s’inquiète d’une potentielle ingérence gouvernementale excessive dans les projets visant à renforcer la protection de la jeunesse. Mais au-delà de cette réforme, c’est l’avenir même de cette union politique, qualifiée de « mariage de convenance », qui est en jeu.
Plusieurs scénarios sont envisageables. Un accord pourrait être trouvé sur les contrats d’État, sauvant ainsi la coalition. Une autre issue serait que le SPD, tout en maintenant son exigence d’approbation, fasse une exception pour le BSW concernant ces contrats spécifiques. Enfin, une rupture pure et simple de la coalition n’est pas à exclure. Les conséquences d’une telle issue restent imprévisibles. Il est important de rappeler que l’alliance SPD-BSW représentait la seule option viable pour former un gouvernement après les élections régionales de 2024, face au refus de l’AfD de participer au pouvoir. La volonté du BSW de faire face à un possible effondrement de la coalition demeure incertaine.
Le chef du groupe parlementaire SPD, Björn Lüttmann, a appelé son partenaire de coalition à faire preuve de flexibilité, tout en rappelant l’accord de coalition qui impose de voter de manière unie. Il se montre néanmoins optimiste quant à la possibilité de trouver un terrain d’entente. « De mon point de vue, nous commençons tout juste à travailler ensemble », a-t-il déclaré, reprenant la pensée de Robert Crumbach : « Je crois au pouvoir des mots et au pouvoir de la raison ».
Par ailleurs, le BSW traverse une période de transition. Le parti envisage de changer de nom pour se détacher de celui de sa fondatrice, Sahra Wagenknecht. Une nouvelle direction devrait être annoncée lundi, tandis que Mme Wagenknecht entend conserver un rôle de premier plan.
Concernant les traités nationaux, leur adoption ne semble pas compromise. Le SPD et l’opposition CDU étant susceptibles de s’entendre, une majorité devrait se dégager au Landtag, même en cas d’opposition du BSW.