Publié le 12 février 2026 à 03h05. Le président chinois Xi Jinping appelle à l’internationalisation du yuan, remettant en question la domination du dollar américain et ouvrant la voie à une nouvelle compétition monétaire mondiale.
- Xi Jinping plaide pour que le yuan devienne une monnaie de réserve mondiale, capable de rivaliser avec le dollar.
- Cette ambition s’inscrit dans un contexte de déclin de la part du dollar dans les réserves des banques centrales.
- Les tensions géopolitiques croissantes, notamment avec les États-Unis, alimentent cette volonté chinoise de peser davantage sur l’échiquier économique international.
Dans un article publié par le journal Qiushi, l’organe de presse du Parti communiste chinois, Xi Jinping a exprimé la nécessité pour la Chine de disposer d’une monnaie forte, largement utilisée dans le commerce international, les investissements et les marchés des changes, et reconnue comme une monnaie de réserve. Cette déclaration intervient alors que le dollar américain voit son statut de monnaie de référence progressivement érodé, selon des données récentes du Fonds monétaire international (FMI). La part du dollar dans les réserves des banques centrales est passée de plus de 70 % en 2000 à moins de 60 % aujourd’hui, incitant de nombreux pays à se tourner vers d’autres actifs, tels que l’or et le yuan chinois.
L’appel de Xi Jinping est perçu comme une réponse aux politiques monétaires américaines, notamment aux récentes déclarations de l’ancien président Donald Trump concernant la valeur du dollar. Trump avait qualifié de « merveilleuse » la baisse du taux de change du dollar, une attitude qui a pu être interprétée comme un affaiblissement délibéré de la monnaie américaine. Selon certains analystes, cette situation a contribué à remettre en question le rôle du dollar comme valeur refuge.
Au-delà de la simple question monétaire, cette offensive chinoise s’inscrit dans une rivalité géopolitique croissante avec les États-Unis. Washington, qui a profité de l’affaiblissement économique mondial après la Seconde Guerre mondiale pour imposer le dollar comme monnaie dominante, est aujourd’hui confronté à une Chine de plus en plus puissante et déterminée à remodeler l’ordre international. L’histoire des institutions internationales, de la Société des Nations aux Nations Unies, en passant par les accords de Bretton Woods en 1944, témoigne de la volonté américaine de façonner le système financier mondial à son avantage.
Les actions de l’administration Trump, avec son retrait de nombreuses institutions internationales et ses tentatives d’encerclement de la Chine, notamment en mer de Chine méridionale et au Venezuela, illustrent cette tension croissante. La mobilisation militaire américaine autour de l’Iran, visant à perturber les exportations pétrolières iraniennes vers la Chine, est également perçue comme une tentative de freiner l’influence chinoise.
Si une conférence monétaire internationale parrainée par la Chine n’est pas encore à l’ordre du jour, l’appel du président français Emmanuel Macron à une plus grande indépendance européenne vis-à-vis des États-Unis pourrait ouvrir la voie à un rapprochement entre l’Europe et la Chine. Pékin pourrait proposer un plan d’investissement à l’Europe, sur le modèle du Plan Marshall, pour soutenir sa relance économique. Cependant, la montée en puissance de la Chine se heurte à des résistances en Occident, où l’idée d’un leadership mondial non occidental est mal acceptée. La compétition avec la Russie, héritière de l’Union soviétique, en est un exemple.
L’avenir de cette compétition reste incertain. La Chine devra surmonter de nombreux obstacles pour convaincre les investisseurs de la fiabilité du yuan et pour construire des relations internationales solides. Le Trumpisme, avec son imprévisibilité et son isolationnisme, pourrait affaiblir la position américaine, mais la résistance occidentale à l’ascension chinoise demeure un facteur important à prendre en compte.

Note : L’approche affichée ne reflète pas nécessairement l’opinion du groupe médiatique « An-Nahar ».