Le Conseil de Paix et de Sécurité de l’UA se penche sur l’aggravation des crises humanitaires en Afrique
L’Union africaine (UA) s’apprête à aborder une situation humanitaire de plus en plus préoccupante sur le continent. La 1307ème session du Conseil de Paix et de Sécurité (CPS), prévue le 24 octobre, sera consacrée à un état des lieux complet présenté par le Comité international de la Croix-Rouge (CICR). L’objectif : évaluer les tendances actuelles, identifier les facteurs aggravants et trouver des solutions concrètes pour l’aide d’urgence et la résolution durable des conflits.
Une alerte humanitaire sur fond de tensions persistantes
Le rendez-vous de demain s’annonce crucial, avec la participation de figures clés telles que Tebelelo Boang, représentant permanent du Botswana auprès de l’UA et président du CPS pour octobre 2025, Bankole Adeoye, commissaire aux affaires politiques, à la paix et à la sécurité (PAPS), et le Dr Gilles Carbonnier, vice-président du CICR. Les Ambassadeurs Amma Adomaa Twum-Amoah (Santé, Affaires humanitaires et Développement social) et Churchill Ewumbue-Monono (Représentant permanent du Cameroun auprès de l’UA) compléteront le panel des intervenants. L’ordre du jour mettra l’accent sur des évaluations pays par pays, avec un regard particulièrement affûté sur le Soudan, le Soudan du Sud, la République démocratique du Congo (RDC), la Somalie et la région du Sahel. Au-delà de la description des crises majeures, la rencontre visera à décrypter les dynamiques sous-jacentes à la détérioration des conditions de vie et à identifier les obstacles majeurs à l’efficacité de l’aide humanitaire.
Cette réunion intervient dans un contexte où le CICR avait, lors de sa précédente intervention devant le CPS en octobre 2024, réitéré l’urgence d’une mobilisation accrue des ressources financières pour l’action humanitaire en Afrique. Il avait également été demandé à la Commission de l’UA de réaliser une étude approfondie pour identifier les déficits financiers et proposer des solutions concrètes.
Zoom sur les foyers de crise : Soudan, Soudan du Sud, RDC, Sahel, Somalie
La situation humanitaire au Soudan est particulièrement alarmante. Les récentes inondations dévastatrices dans les montagnes de Marrah ont fait plus de 1 000 morts, tandis que des zones comme El-Fasher et le camp de déplacés de Zamzam sont sous le joug de crises aggravées, avec des milliers de civils piégés. Le Programme alimentaire mondial tire la sonnette d’alarme : près de la moitié de la population soudanaise fait face à de graves pénuries alimentaires, dont une fraction souffre de niveaux de faim catastrophiques. À cela s’ajoute la pire épidémie de choléra depuis des années, exacerbée par les infrastructures détruites par la guerre, et une multiplication des cas de paludisme, de typhoïde et de dengue.tragédie s’est également déroulée en Méditerranée, où au moins 50 réfugiés soudanais ont péri dans l’incendie de leur navire.
Au Soudan du Sud, l’instabilité politique et les crises humanitaires en cascade continuent de ravager les communautés. Les inondations ont affecté plus de 639 000 personnes, tandis que les conflits, notamment dans le Haut-Nil, le Jonglei et les Équatorias, ont entraîné le déplacement de près de 500 000 personnes entre janvier et septembre 2025. Les épidémies de choléra, de charbon, d’hépatite E et de mpox ajoutent à la détresse.
La République démocratique du Congo (RDC) est quant à elle confrontée à une crise humanitaire complexe, mêlant conflits et catastrophes naturelles. Près de 4,9 millions de personnes déplacées internes sont recensées, dont 85% sont dues aux conflits, notamment dans l’Est du pays, où les avancées du groupe armé M23 provoquent de nouveaux déplacements. Les catastrophes naturelles, comme les inondations, contribuent aux 15% restants. Malgré des efforts de rapatriement, près de 27 millions de personnes auront besoin d’une aide humanitaire en 2025.
Dans la région du Sahel, l’escalade de la violence, les conflits armés et les chocs climatiques ont entraîné une crise humanitaire majeure, affectant 31,3 millions de personnes en besoin d’aide et de protection. Le sous-financement chronique des opérations humanitaires contraint les organisations à réduire le nombre de bénéficiaires. Une épidémie de choléra se propage également, touchant plusieurs pays de l’Afrique de l’Ouest et centrale.
En Somalie, la grave sécheresse, combinée à des expulsions de personnes déplacées de leurs abris temporaires, aggrave l’insécurité alimentaire et la pénurie d’eau. Une épidémie de diphtérie menace particulièrement les enfants, avec un nombre croissant de cas suspects et de décès.
L’impact des engins explosifs et des nouvelles technologies au cœur des débats
La session de demain abordera également l’impact humanitaire des engins explosifs improvisés (EEI) et des armes explosives dans les zones peuplées (EWIPA). La discussion portera sur les moyens et méthodes de guerre, qu’ils soient traditionnels ou innovants. Malgré les progrès réalisés en matière de désarmement, le risque de régression demeure, notamment concernant la Convention sur l’interdiction des mines antipersonnel. Le CPS avait déjà, en avril 2025, réitéré son appel à la création d’un mécanisme continental pour l’action contre les mines.
Par ailleurs, l’influence croissante des technologies numériques dans les conflits armés sera discutée. L’essor des armes autonomes, de l’intelligence artificielle et des drones de combat transforme la nature de la guerre en Afrique. Le droit international humanitaire (DIH) s’applique à ces technologies, mais leur compréhension juridique, éthique et humanitaire reste essentielle pour garantir la protection des civils.
Dans cette optique, le CICR a lancé l’Initiative mondiale en DIH, en collaboration avec plusieurs États, dont l’Afrique du Sud en tant que co-fondatrice. Cette initiative vise à renforcer l’engagement politique en faveur du DIH et à l’adapter aux réalités de la guerre moderne, avec une réunion de haut niveau prévue en 2025.
Attentes et conclusions
L’issue attendue de cette session est un communiqué. Le CPS pourrait exprimer sa vive préoccupation face à l’escalade des crises humanitaires, soulignant l’impact combiné des conflits, de l’extrémisme violent, des conditions météorologiques extrates et des épidémies. Il est probable que le Conseil condamne fermement les attaques contre le personnel humanitaire, les installations médicales et les civils. Un appel sera probablement lancé pour la création et la protection d’un espace humanitaire suffisant, y compris la protection des infrastructures critiques, et pour le respect du droit international humanitaire par toutes les parties aux conflits. La mise en œuvre de mesures pratiques pour garantir la protection des civils et un accès humanitaire sans entrave, notamment aux établissements d’enseignement, devrait également être soulignée.
À retenir
Le Conseil de Paix et de Sécurité de l’UA examine la dégradation de la situation humanitaire sur le continent.
Des crises majeures au Soudan, Soudan du Sud, RDC, Sahel et en Somalie seront au centre des discussions.
L’impact des nouvelles technologies de guerre et le respect du droit international humanitaire seront également abordés.
Contexte
La 1307ème session du Conseil de Paix et de Sécurité de l’Union africaine fait suite à une précédente rencontre en octobre 2024 où le Comité international de la Croix-Rouge avait déjà alerté sur la nécessité d’une mobilisation accrue des ressources pour l’aide humanitaire en Afrique.
Ce qui change
La session mettra en lumière les spécificités des crises dans cinq zones géographiques clés : Soudan, Soudan du Sud, RDC, Sahel et Somalie, en tenant compte des facteurs aggravants tels que les conflits, les catastrophes naturelles et les épidémies. L’accent sera également mis sur les défis posés par les nouvelles formes de guerre.
Prochaines étapes
La réunion débouchera sur un communiqué du CPS, qui pourrait inclure des condamnations d’attaques, des appels au respect du droit international humanitaire et à la garantie d’un accès humanitaire sans entrave. Une sensibilisation accrue et un engagement politique renforcé en faveur du DIH sont attendus.
Chiffres clés
Population confrontée à de graves pénuries alimentaires au Soudan
24,6 millions
Personnes déplacées internes enregistrées en RDC (septembre 2025)
4,9 millions
Personnes ayant besoin d'aide et de protection dans la région du Sahel (2025)
31,3 millions
Cas suspects de diphtérie en Somalie (janvier-août 2025)
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