Publié le 21 février 2026 à 07h27. L’effondrement spectaculaire survenu dans le centre d’Aceh, en Indonésie, n’est pas un gouffre au sens strict du terme, mais bien un glissement de terrain lié à la nature particulière du sol volcanique local, selon les experts de l’agence nationale de recherche et d’innovation (BRIN).
- Le trou géant découvert dans le village de Pondok Balik est dû à un glissement de terrain et non à un gouffre.
- La zone est composée de tuf volcanique, une roche jeune et peu compactée, rendant le terrain instable.
- Un séisme de magnitude 6,2 en 2013 et les fortes pluies ont contribué à l’instabilité du sol.
Le chef du Centre de recherche sur les catastrophes géologiques de l’Agence nationale de recherche et d’innovation (BRIN), Adrin Tohari, a expliqué que le phénomène observé dans le district de Ketol n’entre pas dans la catégorie des gouffres, ces effondrements typiques des terrains calcaires. Selon lui, le sol de cette région est constitué de tuf, un matériau issu de l’activité passée du Mont Geurendong.
« Ce qui s’est passé dans le centre d’Aceh était en fait un phénomène de glissement de terrain, et non un gouffre », a précisé Adrin Tohari. Il a souligné que le tuf, étant une couche géologique récente, n’a pas eu le temps de se compacter correctement, ce qui le rend particulièrement vulnérable à l’érosion et aux effondrements.
L’analyse d’images satellite datant de 2010, disponibles sur Google Earth, révèle l’existence d’une petite vallée dans la zone, qui s’est progressivement élargie au fil du temps en raison de l’érosion et des glissements de terrain. Ce processus a conduit à la formation du trou important observé aujourd’hui.
Les experts estiment que l’activité sismique a également joué un rôle dans l’accélération du glissement de terrain. Le tremblement de terre de magnitude 6,2 qui a frappé le centre d’Aceh en 2013 aurait affaibli la structure de la pente, la rendant plus susceptible à l’instabilité. Par ailleurs, les fortes précipitations contribuent à saturer les roches de tuf, réduisant leur résistance et favorisant les effondrements.
Adrin Tohari a également mis en évidence l’impact des canaux d’irrigation des plantations, dont l’ouverture accélère le processus de glissement de terrain. L’eau qui s’infiltre dans le sol augmente l’humidité du tuf, le rendant encore plus instable.
« Si les canaux d’irrigation sont ouverts et que l’eau continue de pénétrer dans le sol, la couche déjà fragile devient encore plus instable », a-t-il averti.
Selon les chercheurs, des écoulements souterrains pourraient également éroder la limite entre la couche de tuf fragile et la roche plus dense située en dessous, entraînant une perte de soutien et un effondrement progressif. Ce phénomène ne se produit pas brutalement, mais sur une période de plusieurs décennies, voire de siècles.
Adrin Tohari a souligné que des conditions géologiques similaires pourraient être observées dans d’autres régions présentant des caractéristiques de jeunes roches volcaniques, citant notamment le canyon de Sianok dans l’ouest de Sumatra comme exemple de formation géologique liée à l’activité tectonique de la grande faille de Sumatra.
BRIN n’a pas encore mené de recherches directes sur le terrain pour déterminer précisément les causes de cet effondrement, mais a réalisé une analyse préliminaire basée sur des images satellite et des données publiques. « Nous analysons encore uniquement sur la base de données d’images et d’informations publiques. Pour déterminer les causes en détail, des recherches approfondies sont nécessaires », a-t-il précisé.
Suite à cet incident, Adrin Tohari a recommandé la mise à jour de la carte de vulnérabilité aux mouvements de terrain, afin d’améliorer sa précision et son efficacité. Il a également appelé le public à rester vigilant face aux premiers signes d’instabilité du sol, tels que l’apparition de fissures ou de petits affaissements.
« La carte de vulnérabilité aux mouvements de terrain existe déjà, mais elle doit être mise à jour après cet incident afin qu’elle soit plus précise et opérationnelle. Le plus important maintenant est de comprendre le processus et de prendre immédiatement des mesures d’atténuation afin d’éviter le risque de perte de vie », a-t-il conclu.
Regardez également la vidéo « BRIN déclare que le grand trou apparu à Aceh n’est pas un gouffre ! »