La fixation sur des sujets de société comme l’interdiction de la burqa, même dans des contextes où elle est quasi inexistante, révèle une stratégie politique plus large : la création d’un ennemi symbolique pour mobiliser un électorat et masquer des objectifs socio-économiques bien précis, selon une analyse récente.
Le parti d’extrême droite Vox, en Espagne, a ainsi déployé un programme uniforme pour toutes les municipalités lors des élections de 2023, suscitant parfois l’amusement en proposant des améliorations pour des infrastructures spécifiques à certaines villes. Cette approche, loin d’être un simple exercice de style, vise à maintenir un état d’alerte permanent et à détourner l’attention des véritables enjeux, selon les observateurs.
Ce mécanisme de construction d’un « Autre » maléfique, souligne l’analyse, est un procédé classique et efficace. L’exemple du Brexit illustre cette tendance : le soutien au départ de l’Union européenne a été plus fort dans les zones rurales, où la présence d’immigrants était faible, que dans les grandes villes cosmopolites comme Londres. Un schéma similaire a été observé avec l’antisémitisme nazi, où la haine envers les Juifs pouvait coexister avec des relations amicales avec des individus juifs.
« Oui, professeur, je déteste les Maures, mais Moha n’est pas un Maure, c’est mon ami », a témoigné un enseignant, illustrant la distinction entre l’image stéréotypée de l’ennemi et les relations interpersonnelles.
L’instrumentalisation de l’Autre n’est pas nouvelle. L’histoire montre que les ennemis désignés peuvent changer au fil du temps. Les nazis, antisémites, étaient également islamophiles, tandis que leurs descendants affichent aujourd’hui une hostilité envers l’islam et un soutien à Israël. Ce qui demeure constant, c’est la nécessité de définir un ennemi pour justifier des politiques visant à démanteler l’État-providence, à réduire les droits sociaux et à favoriser les intérêts des élites économiques.
Dans le cas de Vox, la dénonciation de la burqa à Gijón, une ville où ce vêtement est rare, sert en réalité à masquer une opposition à des projets sociaux locaux, tels que les hôpitaux Cabueñes et Jove, que le parti souhaiterait remplacer par la clinique privée Quirón. De même, la critique du « blasphème » lors de la fête de la sardine est un prétexte pour s’attaquer aux subventions municipales.
L’objectif ultime, selon cette analyse, est un retour à un modèle de gouvernance autoritaire, évoquant l’époque franquiste, où les liens personnels et les arrangements informels prévalaient sur le respect des règles et des procédures.