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Caricature et ridicule : le pouvoir des rituels hivernaux – Actualités

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Publié le 21 février 2026 à 06h58. Le photographe français Charles Fréger explore les traditions hivernales à travers l’Europe, dénonçant au passage une société où l’autodérision semble avoir disparu.

À Teufen, dans le canton d’Appenzell, les « Silvesterchläuse » déambulent le dernier jour de l’année, vêtus de branches de pin ou de paille, parfois masqués de figures démoniaques. Ces rituels ancestraux, capturés par l’objectif du photographe français Charles Fréger, sont au cœur de son exposition actuelle au Manège militaire de Teufen, qui présente des clichés pris en Suisse et dans d’autres pays européens.

L’œuvre de Fréger met en lumière des traditions destinées à chasser les mauvais esprits ou à marquer la fin de l’hiver. Mais au-delà de l’aspect folklorique, le photographe y voit un appel à retrouver une certaine liberté d’expression et une capacité à se moquer de soi-même.

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Le projet de Fréger, baptisé « Charivari », trouve son origine dans un terme grec désignant un mélange de musique discordante et de chaos. Le photographe s’intéresse aux coutumes qui engendrent un état de désordre collectif.

Renversement des hiérarchies

Une photographie de l’exposition illustre cette idée : des hommes portent une échelle horizontalement, son renversement symbolisant l’abolition des hiérarchies établies. Selon Fréger, ces traditions permettent une sorte de « remise à zéro de la communauté ». Il nuance toutefois l’efficacité actuelle de fêtes comme le carnaval, qui ne provoquent plus, selon lui, un véritable bouleversement des normes.

« Aujourd’hui, la fonction cathartique de la mascarade se retrouve plutôt sur les réseaux sociaux », explique-t-il. « Au lieu de masques, on utilise des avatars ou des pseudonymes, qui offrent la même liberté d’expression. »

Fréger est particulièrement attiré par les rituels comme moments de connexion humaine. Il privilégie les petits villages, où se rassemblent des groupes masqués dans une atmosphère conspiratrice.

Caricature de l’étranger

Les personnages de « Charivari » sont souvent des caricatures de l’étranger. « On observe de nombreuses représentations dans les mascarades européennes qui ne sont pas toujours consensuelles. Il s’agit de la confrontation entre communautés, du souvenir des invasions et des guerres », raconte le photographe.

Il estime qu’il est important de laisser de la place à ces controverses : « Nous devons raviver notre capacité à nous moquer de nous-mêmes. » Il s’inquiète d’un « monde dans lequel on ne peut plus se moquer de rien ».

« Nous devons raviver notre capacité à nous moquer de nous-mêmes. »

Le « Charivari » est également un élément central du carnaval de Bâle. Fréger s’est d’ailleurs senti particulièrement à l’aise parmi les « Guggenmusik » bâlois lors de son périple en Suisse. « J’ai vraiment aimé cet esprit de bouffonnerie. »

Pour Fréger, la satire ne fonctionne que si l’on est prêt à se rendre ridicule. C’est pourquoi il a été particulièrement fasciné par les « Nünichlingler » suisses : des hommes vêtus de longs manteaux noirs, coiffés de cloches et de hauts-de-forme imposants. La veille de Noël, ils déambulent comme des fantômes dans le village de Ziefen, dans la région bâloise. Autrefois, ces personnages effrayaient les enfants, récompensant les courageux et punissant les désobéissants.

Selon Fréger, l’intérêt de son exposition « Charivari » réside dans le fait que les participants se mettent en scène dans leur propre ridicule : le maire court dans les rues déguisé en cochon, l’homme politique est assis sur un âne, les gens adoptent des corps grotesques.

« Le Charivari, ce n’est pas seulement la liberté de boire, de manger et de faire ce que l’on veut. C’est aussi le moment où l’on se regarde dans le miroir, où l’on se ridiculise et où l’on se moque de soi-même », conclut Fréger. Des opportunités qui, selon lui, manquent cruellement à notre époque.

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