Publié le 26 février 2026. La Cour pénale internationale (CPI) a entamé lundi 23 février l’audience de confirmation des charges contre l’ancien président philippin Rodrigo Duterte, accusé de crimes contre l’humanité dans le cadre de sa sanglante « guerre contre la drogue ». Cette étape cruciale pourrait ouvrir la voie à un procès historique.
- L’Office du procureur de la CPI a présenté des arguments visant à prouver la responsabilité pénale de Duterte dans des milliers de meurtres extrajudiciaires.
- Les représentants des victimes ont témoigné de l’impact dévastateur de la politique antidrogue sur les communautés marginalisées.
- L’équipe de défense a dépeint Duterte comme un dirigeant pragmatique, mais a contesté le lien entre ses actions et les crimes commis.
L’audience de confirmation des charges, qui se déroule en l’absence de l’accusé, est une étape décisive dans la procédure de la CPI. Les juges doivent déterminer s’il existe des preuves substantielles laissant penser que Duterte est pénalement responsable du crime contre l’humanité de meurtre, et si l’affaire doit être renvoyée devant un procès complet. Duterte a été arrêté et transféré aux autorités de la CPI en mars 2025, suite à l’émission d’un mandat d’arrêt par la Chambre préliminaire I le 7 mars 2025.
Les procureurs ont mis en avant la rhétorique incendiaire de Duterte, qui encourageait ouvertement la violence contre les trafiquants de drogue et leurs présumés complices. Ils ont souligné que le plan criminel de Duterte et ses intentions n’étaient pas un secret, et qu’il les avait partagés avec ses collaborateurs et le public.
« Le plan criminel de M. Duterte et ses intentions n’étaient pas un secret. Il les a non seulement partagés avec ses coauteurs et les membres du groupe [Davao Death Squad] mais il les a également clairement exprimés au grand public dans les nombreuses déclarations publiques qu’il a faites à maintes reprises. »
Mame Mandiaye Niang, procureur adjoint de la CPI
Les représentants des victimes ont quant à eux dénoncé l’impunité dont ont bénéficié les auteurs des meurtres, et les obstacles rencontrés par les familles pour obtenir justice aux Philippines. Ils ont souligné que l’arrestation et la détention de Duterte n’avaient pas mis fin à cette impunité, et que la culture de la violence qu’il a propagée continue de menacer les victimes et leurs familles.
« L’arrestation et la détention de M. Duterte n’ont pas mis fin à l’impunité aux Philippines. Le virus de l’impunité qu’il a propagé dans tout le pays est devenu un cancer qui s’est métastasé, infectant des millions de Philippins. M. Duterte a créé des clones de lui-même. Il a converti des millions de citoyens épris de paix en disciples assoiffés de sang qui se sont convertis à la conviction que la violence et les meurtres sont des solutions valables aux problèmes de société. »
Joel Butuyan, avocat philippin représentant les victimes
L’équipe de défense a plaidé pour un portrait nuancé de Duterte, le présentant comme un dirigeant pragmatique et déterminé à lutter contre la criminalité. Ils ont affirmé que ses actions étaient conformes à la loi et qu’il n’avait pas l’intention de commettre des crimes.
« Rodrigo Duterte était, et restera toujours, un phénomène unique. Son style de politique était nouveau et désagréable pour beaucoup. Ses jurons et ses hyperboles irritaient, tandis que son honnêteté et sa popularité sauvage irritaient. Il parlait ouvertement avec son cœur, sincèrement et honnêtement. »
Nicholas Kaufman, avocat principal de la défense
L’audience de confirmation des charges doit se poursuivre jusqu’au 27 février. Les juges de la CPI examineront les preuves présentées par les deux parties avant de décider s’il y a lieu de renvoyer l’affaire devant un procès. Plus d’informations sur l’affaire Duterte sur le site de la CPI.
Communiqué de presse de la Fédération internationale des droits de l’homme (FIDH) concernant l’ouverture de l’audience.