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Ce que la signature d’un artiste ajoute à la valeur d’une œuvre d’art

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La simple absence d’une signature peut transformer une œuvre d’art en un objet de doute, affectant son authenticité et sa valeur. Des experts soulignent l’importance cruciale de cet acte, souvent perçu comme une formalité, pour garantir la confiance sur le marché de l’art.

Kim Schmidt, ancienne directrice de Crown Point Press à New York, a collaboré avec de nombreux artistes de renom – John Cage, Richard Diebenkorn, Wayne Thiebaud, pour ne citer qu’eux – sur des éditions imprimées. Chaque artiste avait sa propre méthode, mais Schmidt imposait une règle inflexible : « Nous ne laissions jamais sortir des œuvres qui n’étaient pas signées et numérotées. »

Tel un gardien vigilant, Schmidt supervisait les artistes lors de l’examen de leurs tirages, approuvant ceux qui respectaient les normes et rejetant impitoyablement ceux qui ne les atteignaient pas, les déchirant même devant eux. « Je veillais à ce qu’aucun tirage non signé et non numéroté ne se retrouve sur le marché », a-t-elle expliqué. Le processus, bien que méticuleux, était essentiel : l’artiste devait inscrire manuellement le numéro de l’édition et sa signature sur chaque exemplaire, y compris les épreuves d’artiste (EA), les épreuves d’imprimeur (PP) ou les exemplaires hors commerce (HC).

« Les artistes sont rarement ravis de devoir répéter leur signature à l’infini », admet Schmidt. « Parfois, ils étaient fatigués ou leur écriture devenait négligée. Je l’ai observé avec Richard Estes et je lui ai suggéré une pause déjeuner, avec des sushis. Cette interruption lui a visiblement redonné la patience nécessaire pour terminer la tâche. »

Au-delà de la simple corvée, la signature confère une valeur financière significative à une œuvre. « Elle informe le spectateur que l’artiste a créé l’œuvre et l’a approuvée pour la vente », explique Edwynn Houkun, galeriste spécialisé dans la photographie à Manhattan. « C’est comme un sceau qui dit : ‘Ce travail est achevé et prêt à être diffusé dans le monde.’ » Les œuvres non signées, en revanche, se vendent plus difficilement et à des prix inférieurs, nécessitant davantage de justificatifs pour prouver leur provenance.

Schmidt, désormais revendeuse, témoigne de cette prudence : « On m’a proposé des œuvres non signées d’Ellsworth Kelly, mais j’ai presque toujours refusé. Kelly était réputé pour son souci du détail et je ne voulais pas prendre de risque avec une œuvre qu’il aurait pu négliger. »

Dans certains cas, la signature est le seul élément de valeur d’une estampe. Salvador Dalí et Marc Chagall ont tous deux signé des feuilles de papier vierges qui ont ensuite été utilisées pour des reproductions de leurs œuvres les plus célèbres. Plus récemment, la petite-fille de Picasso, Marina, a publié des gravures signées de son nom, imitant la signature de son grand-père. L’automne dernier, la succession de Jean-Michel Basquiat a publié une édition de sérigraphies signées par ses sœurs, Lisane Basquiat et Jeanine Hériveaux, administratrices de sa succession, bien que l’artiste ne les ait jamais vues achevées.

Les successions d’artistes jouent un rôle crucial dans l’authentification des œuvres. Jill Newhouse, galeriste new-yorkaise, explique que « si certaines œuvres sont signées de leur vivant, beaucoup portent un cachet apposé à titre posthume par les exécuteurs testamentaires sur les œuvres restées dans l’atelier après leur décès. C’est le cas pour Delacroix, Degas, Bonnard ou Matisse. »

La tradition de la signature sur les estampes remonte à environ un siècle. Avant cela, les artistes utilisaient souvent des monogrammes. Toulouse-Lautrec et Pierre Bonnard signaient certaines œuvres en fonction de la demande des collectionneurs et des circonstances, laissant d’autres non signées. La pratique consistant à signer l’intégralité d’une édition est apparue dans les années 1930, grâce au marchand parisien Léo Spitzer, qui a convaincu Matisse et Picasso de produire des reproductions signées.

La plupart des artistes sont conscients de l’impact de leur signature sur la valeur de leur travail. Picasso a commencé à signer la « Suite Vollard » dans les années 1950 et 1960 pour collecter des fonds pour des causes politiques. Norman Rockwell et Andrew Wyeth ont également signé des éditions de gravures pour soutenir leurs musées respectifs.

« Les signatures sont une marque d’auteur », souligne Henri Neuendorf, marchand d’art à Manhattan. « Elles garantissent au public que l’œuvre est authentique. » Cependant, l’absence de signature ne remet pas toujours en cause l’authenticité. Neuendorf cite l’exemple de portraits de Warhol non signés, ce qui n’est pas rare compte tenu de la taille de son atelier et de ses méthodes de travail. La succession de Warhol appose un cachet sur ces œuvres, accompagné d’un numéro de référence.

Des problèmes surviennent toutefois en cas de contrefaçon de signatures, notamment sur des reproductions. Houk mentionne le cas du photographe Lewis Hine, dont l’héritier a créé des éditions illimitées avec de fausses signatures. Cela souligne la nécessité d’une documentation rigoureuse pour établir la provenance.

La signature demeure un outil essentiel pour établir la confiance dans l’origine et la légitimité d’une œuvre d’art. Joshua Eldred, président d’une maison de vente aux enchères, conclut : « En général, une œuvre non signée ne se vendra pas au même prix qu’un exemplaire signé. »

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