Publié le 25 février 2026 à 10h10. Le gouvernement allemand s’apprête à abandonner les objectifs ambitieux fixés par Robert Habeck en matière de chauffage, marquant un revirement majeur sur une question qui avait fragilisé la coalition au pouvoir.
Une nouvelle loi sur la modernisation des bâtiments est en préparation, abandonnant l’obligation de facto d’utiliser des pompes à chaleur et introduisant un quota de biocarburants dans les combustibles fossiles. Cette initiative intervient après des mois de tensions et de critiques concernant la politique énergétique du gouvernement.
Mardi soir, les partenaires gouvernementaux – l’Union chrétienne-démocrate (CDU), l’Union chrétienne-sociale (CSU) et le Parti social-démocrate (SPD) – ont présenté les principaux éléments de ce nouveau projet de loi. À l’avenir, les propriétaires seront libres de choisir la technologie de chauffage qu’ils souhaitent installer. Cependant, à partir de 2029, les nouveaux systèmes de chauffage utilisant des combustibles fossiles tels que le fioul ou le gaz devront intégrer une proportion de 10 % de biocarburants, comme le biométhane ou l’hydrogène.
Ce quota biologique devrait progressivement augmenter d’ici 2040, selon les modalités qui seront définies lors de l’élaboration de la loi. Le gouvernement espère ainsi encourager une transition vers des sources d’énergie plus durables sans imposer de contraintes excessives aux citoyens.
Ce projet de loi vise à remplacer la loi sur l’énergie du bâtiment existante, qui avait été au cœur d’une crise politique majeure. La version initiale de cette loi, portée par Robert Habeck, prévoyait que seuls les systèmes de chauffage fonctionnant à au moins 65 % d’énergies renouvelables pourraient être installés. Cette proposition, qualifiée de « marteau chauffant » par ses détracteurs, avait suscité de vives inquiétudes quant aux coûts et à la faisabilité d’une telle transition.
La CDU, alors dans l’opposition, avait dénoncé cette approche comme une interdiction technologique et une atteinte à la liberté de choix des consommateurs. Une version assouplie de la loi avait finalement été adoptée en 2024, mais la question restait politiquement sensible.
La nécessité d’une action législative est liée à l’objectif de l’Allemagne de devenir neutre en carbone d’ici 2045. Le secteur du bâtiment représente la moitié de la consommation énergétique du pays, et des économies d’énergie significatives sont donc indispensables pour atteindre cet objectif.
Les municipalités joueront également un rôle clé dans cette transition. Elles seront tenues d’élaborer des plans de chauffage pour identifier les solutions les plus appropriées pour chaque foyer. Les villes de plus de 100 000 habitants devront achever leur planification d’ici juin, tandis que les communes plus petites auront jusqu’à mi-2028.
Le chef du groupe parlementaire CDU, Jens Spahn, a déclaré que cette initiative tenait une promesse électorale de son parti. La ministre de l’Économie, Katherina Reiche, a souligné que le gouvernement misait sur la raison, la liberté et la rapidité plutôt que sur les interdictions. Jens Spahn a également affirmé que cette approche permettrait de relancer les investissements dans la modernisation des bâtiments.
Les Verts ont critiqué ce projet de loi, estimant qu’il compromettait les objectifs de protection du climat. La chef du groupe parlementaire Vert, Katharina Dröge, a déclaré que l’abandon du quota de 65 % d’énergies renouvelables augmenterait la dépendance de l’Allemagne aux combustibles fossiles et rendrait plus difficile la réalisation de ses objectifs climatiques.
Les fournisseurs de gaz locaux ont également exprimé des inquiétudes quant à la disponibilité de biogaz en quantité suffisante pour respecter le quota imposé, ce qui pourrait entraîner une augmentation des prix pour les consommateurs.
Le gouvernement fédéral prévoit de présenter un projet de loi détaillé d’ici Pâques. Le Bundestag devra ensuite l’examiner et l’adopter. La nouvelle loi devrait entrer en vigueur avant juillet prochain.