Home Économie « C’est difficile de ne pas pleurer au moment d’un verdict », Cécile de Oliveira, une avocate engagée et humaniste

« C’est difficile de ne pas pleurer au moment d’un verdict », Cécile de Oliveira, une avocate engagée et humaniste

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Publié le 15 février 2026 08:11:00. Maître Cécile de Oliveira, avocate au barreau de Nantes, a consacré trente-cinq ans à défendre les victimes dans des affaires marquantes. Elle livre un témoignage poignant sur la complexité de son métier et son engagement indéfectible envers l’humanité.

  • Elle a défendu les victimes dans des affaires médiatisées comme celles de Laëtitia Perrais, Troadec et Steve Maia Caniço.
  • Elle a cofondé l’association de défense des mineurs au barreau de Nantes.
  • Elle est désormais contrôleur des lieux de privation de liberté, chargée de veiller au respect des droits fondamentaux des détenus.

Cécile de Oliveira n’a pas choisi le droit par vocation, mais par amour. Une rencontre amoureuse l’a conduite à s’inscrire en faculté de droit, mais c’est en assistant à une audience en cour d’assises qu’elle a trouvé sa véritable voie. « Quand j’ai vu le côté direct, charnel, humain et extrême du point de vue des émotions humaines, je ne me suis plus vue que là », confie-t-elle. Depuis lors, elle s’est consacrée à la défense des victimes, des enfants, des oubliés, convaincue que « la justice, c’est d’abord une histoire d’humanité. »

Son quotidien est rythmé par une absence totale de routine. Tribunaux, prisons, reconstitutions, rencontres avec des clients, des confrères et des magistrats… chaque journée est une aventure. « Ce sont des rencontres qui animent nos vies d’une façon extrêmement riche », explique-t-elle. Mais ce métier exigeant laisse des traces : « je ramène beaucoup de choses dans mon sommeil. » Elle évoque ainsi un cauchemar récurrent où elle se voit commettre un meurtre, un moyen pour son inconscient d’évacuer une culpabilité qu’elle ne ressent pas réellement.

En 1989, suite à la ratification de la Convention internationale des droits de l’enfant, Maître de Oliveira a cofondé l’association de défense des mineurs au barreau de Nantes. « Il fallait créer l’avocat de l’enfant », se souvient-elle. L’association forme les avocats aux spécificités de la défense des mineurs et propose des consultations gratuites dans les collèges et lycées. « La défense des enfants, c’est ce que je préfère », avoue-t-elle, soulignant l’importance d’accompagner un enfant pour que la justice se fasse de la manière la plus utile et la moins violente possible, qu’il soit victime ou auteur.

Cécile de Oliveira insiste sur la nécessité de la distance et de la modération dans son métier. « Les affects, ils sont nécessaires pour rencontrer l’autre », mais trop d’empathie peut nuire à la défense. La distance est pour elle « l’outil numéro un de l’avocat pénaliste. C’est comme un microscope : avec un réglage, on voit mieux, puis on s’éloigne pour réfléchir ». Elle regrette parfois des « postures » adoptées dans le passé, des plaidoiries trop agressives, mais refuse de parler de sacrifices. « Ma vie n’a jamais été mise en danger. C’est un métier qui demande beaucoup d’énergie, mais c’est une chance. »

« Je ne souhaite pas en sortir indemne. »

Cécile de Oliveira, avocate au barreau de Nantes

Son plus grand défi ? « Ne pas écraser l’autre quand on est dans une position de pouvoir. » Cette conviction la guide également dans son engagement pour l’amélioration des conditions de détention. Elle dénonce les « 86 000 détenus » et les « conditions indignes » qui entravent la réinsertion, plaidant pour une approche moins répressive. Elle a d’ailleurs été nommée contrôleur des lieux de privation de liberté, chargée de veiller au respect des droits fondamentaux des personnes incarcérées.

Chaque affaire laisse une empreinte profonde. « Je n’ai jamais vécu un procès en cour d’assises sans un moment de très forte émotion », confie-t-elle. « C’est difficile de ne pas pleurer au moment d’un verdict. » Ces expériences se gravent dans sa mémoire et contribuent à forger sa personnalité. Elle assume pleinement cette vulnérabilité : « L’expression de mes émotions, c’est un work in progress », reconnaît-elle avec un sourire.

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