Publié le 4 novembre 2025 à 11h17. La surpopulation carcérale atteint un niveau critique en Belgique, obligeant près de 500 détenus à dormir à même le sol. Cette situation sans précédent soulève de vives inquiétudes quant aux conditions de vie, à la sécurité et à la capacité du système à gérer le flux croissant de prisonniers.
Les établissements pénitentiaires belges font face à une crise majeure avec un nombre de détenus qui dépasse largement la capacité d’accueil. La pénurie de cellules est telle que près de 500 personnes sont contraintes de dormir sur des matelas posés à même le sol, une situation qualifiée de « nombre sans précédent » par le système carcéral. Cette réalité alarmante est une aggravation d’un problème déjà soulevé il y a un mois par le personnel et la direction des prisons, qui avaient manifesté leur mécontentement face à la surpopulation.
Les prisons d’Anvers, de Gand et de Termonde sont particulièrement touchées par ce phénomène. À Anvers, près de soixante-dix détenus dorment par terre, tandis que Gand et Termonde comptent plus d’une quarantaine de cas similaires. Cependant, la problématique ne se limite pas à ces trois établissements ; seize autres prisons du pays connaissent également des difficultés d’hébergement, privant certains prisonniers de lits.
Les syndicats et les directions des prisons tirent la sonnette d’alarme depuis un certain temps, dénonçant des conditions de détention jugées inhumaines et les risques accrus que cela engendre pour le personnel pénitentiaire. Face à cette escalade, la directrice de prison Mathilde Steenbergen a souligné l’urgence de la situation, expliquant que toutes les mesures d’urgence, y compris l’installation de lits supplémentaires, ont été épuisées. « Nous sommes obligés de mettre des matelas par terre », a-t-elle déclaré.
Des pénalités plus élevées et des goulots d’étranglement
La hausse du nombre de prisonniers excède la cadence de construction de nouvelles infrastructures. Selon Steenbergen, la Belgique aurait besoin d’une nouvelle prison tous les trois mois pour résorber le déficit. Le système pénitentiaire attribue cette surpopulation à deux facteurs principaux : d’une part, le manque de cellules et, d’autre part, le durcissement des peines prononcées ainsi que des conditions de libération conditionnelle, plus restrictives.
Un autre élément contribuant à la saturation est le nombre élevé de cellules occupées par des condamnés déclarés incompétents, qui attendent une place dans des établissements psychiatriques spécialisés, comparables aux cliniques TBS aux Pays-Bas. La liste d’attente pour ces structures atteint actuellement mille personnes.
Mathilde Steenbergen pointe également du doigt la présence de « très nombreux détenus sans droit de séjour, des demandeurs d’asile qui sont coincés parce qu’il n’y a pas d’alternative disponible », ajoutant à la pression sur les infrastructures existantes.
Face à cette crise, les prisons ont formulé un ensemble de mesures d’urgence à l’intention de la ministre de la Justice, Annelies Verlinden. Robbie De Kaey, du syndicat ACOD, soutient ces démarches et plaide pour une réévaluation des flux d’entrées et de sorties du système carcéral. Il préconise notamment une réduction de la détention provisoire et l’assouplissement des règles relatives à la libération anticipée, afin de désengorger les prisons.
Des conséquences inquiétantes pour la sécurité et la réinsertion
La surpopulation carcérale n’est pas seulement une question de manque de place ; elle génère également des situations dangereuses. Le week-end précédent, un détenu accusé d’une infraction liée à la drogue aurait été victime d’un viol, potentiellement après avoir été drogué par un codétenu. La victime partageait sa cellule avec deux autres individus, et l’implication de ces derniers dans les faits reste à déterminer. Robbie De Kaey souligne que « une telle chose ne peut pas se produire si vous n’êtes pas obligé de partager une cellule avec deux autres personnes ».
Ces conditions tendues exacerbent les frustrations, conduisant parfois à des actes de violence. Fin septembre, quatre gardiens de la prison de Hasselt avaient été blessés lors d’une intervention pour transférer un détenu suite à une bagarre.
Mathilde Steenbergen exprime sa profonde préoccupation : « Cela devient un problème de sécurité, une crise humanitaire pour les détenus. » Elle anticipe également des répercussions à plus long terme, craignant une augmentation de la récidive. « La récidive augmentera si nous enfermons les gens de cette manière », conclut-elle.
En septembre, la Belgique avait déjà dû procéder à la libération anticipée de plus d’une centaine de prisonniers pour tenter d’éviter que des détenus ne dorment à même le sol. Malheureusement, depuis cette mesure, le nombre de détenus en Belgique a augmenté de plus d’un millier, témoignant de la persistance et de l’aggravation de la crise.