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Chaos douanier : ce que l’UE devrait faire maintenant

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Publié le 26 février 2026. L’accord commercial entre l’Union européenne et les États-Unis est fragilisé par une décision de la Cour suprême américaine invalidant des droits de douane, remettant en question la capacité de Washington à respecter ses engagements et suscitant des inquiétudes quant à l’avenir des relations transatlantiques.

La décision de la Cour suprême américaine, rendue le 20 février, a invalidé une série de droits de douane imposés par l’administration Trump à ses partenaires commerciaux. Cette décision intervient après que le Parlement européen a déjà suspendu la ratification de l’accord de Turnberry, conclu le 27 juillet 2025, dans l’attente d’une clarification de la situation.

Bernd Lange, président de la commission du commerce international au Parlement européen, a déclaré que « la situation est plus incertaine que jamais ». Il craint que les importations européennes vers les États-Unis ne soient soumises à des taxes dépassant le seuil de 15 %, fixé par l’accord de Turnberry. Le Monde rapporte que cette décision ouvre une période d’incertitudes pour les Vingt-Sept.

L’accord de Turnberry, négocié par Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne, et Donald Trump, avait été perçu en Europe comme une humiliation collective. Il prévoyait notamment l’instauration de droits de douane plafonnés à 15 % sur la plupart des produits européens exportés vers les États-Unis. Toute l’Europe explique que depuis son retour à la Maison Blanche en janvier 2025, Donald Trump a régulièrement utilisé les droits de douane pour exercer une pression sur ses partenaires commerciaux.

La décision de la Cour suprême met en lumière la difficulté pour l’administration américaine de tenir ses promesses envers l’UE, même si elle le souhaite. Elle prive également Donald Trump d’un outil essentiel de sa politique tarifaire précédente, à savoir des réglementations d’urgence permettant de traiter différemment les différents pays.

L’UE ne peut s’attendre à ce que Donald Trump renonce simplement à l’utilisation de mesures protectionnistes en cas d’échec des tarifs douaniers. L’administration américaine dispose d’autres instruments, tels que des sanctions économiques, pour faire pression sur ses partenaires. Trump a déjà démontré sa volonté d’utiliser ces outils, notamment en imposant des sanctions contre des responsables de la Cour pénale internationale et contre des militants luttant contre la haine en ligne.

À court terme, il est conseillé au Parlement européen de maintenir l’accord douanier en suspens, malgré les pressions politiques. Maroš Šefčovič, commissaire au Commerce, plaide pour une ratification rapide afin de créer une stabilité, mais l’UE ne doit pas se précipiter avant d’avoir une vision claire de la mise en œuvre de l’accord.

À moyen terme, l’UE doit se préparer à de nouvelles menaces commerciales émanant des États-Unis et développer des contre-mesures crédibles. L’instrument anti-coercition de l’UE devrait être considéré comme un outil permanent de sa politique géoéconomique, et non comme un dernier recours. Cela permettrait à l’UE de prendre des mesures importantes en cas de conflit commercial, par exemple en imposant des restrictions aux grandes entreprises numériques américaines.

À long terme, la réduction des dépendances critiques à l’égard des États-Unis doit être une priorité pour l’UE. La puissance infrastructurelle américaine, notamment dans les domaines de la finance et des logiciels, pourrait paralyser une partie importante de l’économie européenne. Il est donc essentiel de réduire ces vulnérabilités, d’autant plus que Donald Trump devrait rester à la Maison Blanche pendant au moins trois ans.

La décision de la Cour suprême et ses conséquences confirment que les États-Unis ne sont actuellement pas un partenaire fiable. Les accords commerciaux ne sont plus qu’une gestion des risques. L’UE doit désormais devenir géoéconomiquement crédible, se protéger contre l’exploitation par des tiers et réduire ses dépendances.

Etienne Écoute

Etienne Höra est expert du commerce de détail au sein du programme européen de la Fondation Bertelsmann.

Image : Bertelsmann

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