Indenakin a enflammé la scène du Revi Live de Vicalvaro à Madrid, devant une foule conquise, pour célébrer la sortie de son troisième album, « Among all Things ». Un opus patiemment ciselé qui confirme la maturité du groupe.
Loquillo, le parrain du rock espagnol, a un jour affirmé qu’il ne fallait pas trop attendre d’un groupe avant son troisième album. Un passage souvent semé d’embûches, où pressions, lumières et ombres peuvent détourner de nombreux talents du droit chemin. Pourtant, ces épreuves forgent la persévérance et la foi, qualités essentielles qui guident l’artiste lorsque tout le reste vacille. Indenakin, dont le troisième album était attendu avec impatience, vient prouver que cette maxime est loin d’être une fatalité. « Among all Things » est un disque soigné, élégant et empreint d’une émotion authentique, dénuée de toute sentimentalité facile. Il porte en lui cette introspection que nous traversons tous en grandissant, ce moment où l’on contemple le chemin parcouru, où l’on sourit à ce qui a été bon et où l’on accepte humblement ce qui l’a été moins.
Au gré de mes propres réflexions, il m’est apparu que ce qui fait la grandeur de la vie, à l’image de ce nouvel opus, réside dans ces instants où, malgré le risque de l’échec, on ose se jeter. C’est dans ces pensées que j’étais plongé, lorsque la première partie du concert m’a tiré de ma rêverie.
Poussière de Phénix, l’échauffement parfait
La soirée a débuté sous les auspices de Poussière de Phénix, un groupe qui a su réchauffer l’atmosphère en s’appuyant sur des classiques. Leur répertoire de reprises a embarqué le public dans un tourbillon de pop et de rock, naviguant de « Terribly Cruel » de Leiva à l’iconique « Summer of ’69 », en passant par l’entraînant « You Can Count on Me » de La Oreja de Van Gogh, le puissant « Hold the Line » de Toto, un « Wicked Game » au rythme effréné inspiré par HIM, le mythique « Zombie » de The Cranberries, pour clore ce set en apothéose avec un chœur vibrant sur « It’s My Life » de Bon Jovi.
Un spectacle réjouissant où l’énergie débordante de la chanteuse, Sara Sánchez, a particulièrement marqué les esprits. Celle-ci n’a pas hésité à descendre dans la fosse pour partager un moment privilégié avec les spectateurs, les galvanisant davantage. Il faut également saluer le travail remarquable d’Alejandro Belmonte à la guitare, Raúl Martos à la basse et Nayra García aux claviers. Un cocktail détonant qui a parfaitement préparé le terrain pour la suite.
Indenakin : la confirmation tant attendue
Lorsque les lumières se sont éteintes et que les premières notes d’Indenakin ont résonné, la salle était déjà vibrante d’une énergie palpable. Ma première rencontre avec le groupe avait eu lieu lors du VI Puente Rock, dans cette même salle, aux côtés de pointures comme le Vargas Blues Band, Luis Cruz et le Furgoband, avec en prime la présence exceptionnelle du légendaire Miguel Ríos. Dès cette époque, ils avaient démontré une présence scénique solide, dénuée de superflu, dotée d’une énergie brute et inimitable. À cette époque, deux albums avaient déjà vu le jour : « Corazones Negros » et « El Sótano de Gernika ». Aujourd’hui, ils revenaient avec leur nouvel opus, « Among all Things », prouvant qu’ils ont su concrétiser toutes les promesses.
Ils ont débuté en force avec le son le plus électrique et percutant de « Besa mi boca », avant de laisser place à l’un de leurs hymnes, « Esta noche ». Un titre porté par une mélodie accrocheuse, une guitare rappelant le style de Mark Knopfler, et un message clair sur la nécessité de vivre l’instant présent. Un message reçu 5 sur 5 par un public conquis.
Les accords de « The Last Flight » ont ensuite captivé l’audience. Dès les premières notes, impossible de ne pas penser au légendaire « Message in a Bottle » de The Police, tout en y retrouvant une touche plus rock, plus ancrée dans le terroir, plus Indenakin. Un morceau qui, sans être immédiatement accessible, s’insinue en vous, tel le premier verre d’un bon whisky.
Enivrés par cette chanson, ils ont rapidement enchaîné avec « To meet you », titre phare de leur précédent album « Corazones Negros ». La guitare de Jorge évoque cette nostalgie douce, celle qui vous étreint lorsque l’on se remémore des moments précieux que l’on ne veut pas voir s’envoler. Une beauté sereine, qui vous pénètre sans crier gare, à l’image de l’ouverture du film « Le Soleil de minuit » (« Utomlyónnyie sólntsem ») de Nikita Mikhalkov.
Le mélodieux « Morrissey » a ensuite proposé une approche plus intimiste et romantique de la vie. Le concert prenait alors une dimension plus personnelle, oscillant entre souvenirs, émotions et introspection. Ils nous ont transportés avec « Hechizo », dont les échos frontaliers rappelaient Calexico et Willy Deville. Après cette ballade, le groupe a retrouvé un élan puissant avec « Empezó con un excusa », une pièce maîtresse de leur premier album « El Sótano de Gernika ». Dès lors, Indenakin a clairement signifié que cette soirée était placée sous le signe du rock’n’roll, une invitation à lâcher prise et à profiter de l’instant.
Place ensuite à « Among all Things », la chanson qui ouvre leur nouvel album. L’énergie contagieuse du spectacle live s’est enrichie d’une batucada entraînante, interprétée par Jorge, voix et guitare du groupe. Le morceau a culminé avec la descente de Jorge dans la foule, une immersion totale consacrée par un tir de confettis. De retour sur scène, il a dédié « Papy Klimt » à son grand-père, un geste simple et sincère qui a illuminé la soirée. Ont suivi « Riff en tu corazón » et « Rímel y smiles », durant lesquels Jorge a profité de l’occasion pour rappeler l’importance de soutenir les groupes et les salles de concert. Un plaidoyer vibrant pour la survie de la culture orale et musicale des scènes live.
Indenakin n’est plus une promesse, mais une confirmation éclatante d’un travail acharné. Avec seulement trois musiciens sur scène – Pelayo Gutiérrez (basse), Jorge Domingo (voix et guitare) et Jorge Suárez (batterie) –, qui naviguent avec une aisance remarquable entre rock et jazz, ils parviennent à bâtir un mur sonore riche en couleurs et en nuances. Leur alchimie unique, mêlant rock, indie, pop, blues et funk, leur confère une identité immédiatement reconnaissable. Et leurs paroles, franches et sincères, tissent un lien authentique avec leur public.
« Among all Things » marque le pas décisif qu’Indenakin attendait. Ici, point de poses ni d’artifices, mais des compositions solides, interprétées avec âme et maîtrise. Si Loquillo avait raison, et que le troisième album est bien le révélateur d’un artiste, alors Indenakin, avec ce concert, a passé l’épreuve haut la main.
Nous adressons nos remerciements à toute l’équipe du Revi Live pour avoir grandement facilité notre travail et pour leur rôle essentiel de refuge pour tant d’artistes talentueux.
Setlist d’Indenakin
- Besa mi boca
- Esta noche
- Ayuda los pies
- El último vuelo
- Para encontrarte
- Quemado por el sol
- Morrissey
- Hechizo
- Empezó con un excusa
- Among all Things + Batucada
- Abuelo Klimt
- Riff en tu corazón
- Rímel y smiles