Avant même l’arrivée des explorateurs européens, les Amériques étaient le théâtre de phénomènes météorologiques d’une violence inouïe. Des études géologiques récentes révèlent que ouragans et tempêtes tropicales dévastaient déjà les côtes et les îles du continent il y a des millénaires.
Des géologues ont analysé les sédiments marins le long des côtes de Floride et des régions bordant le golfe du Mexique. Leurs découvertes attestent de la présence d’épisodes de submersion marine – l’élévation anormale du niveau de la mer lors d’un ouragan – et d’inondations dues à des pluies torrentielles, remontant à des époques très anciennes, voire à plusieurs milliers d’années. Les civilisations précolombiennes vivaient donc inévitablement sous la menace constante de ces déchaînements naturels, bien avant que les premiers conquérants espagnols ne posent le pied sur le sol américain.
L’arrivée des Européens à la fin du XVe siècle n’a pas seulement marqué la découverte du Nouveau Monde, mais aussi la confrontation avec la puissance dévastatrice des ouragans.
La première mention écrite documentant la rencontre des colons européens avec un ouragan se trouve dans une lettre datant de 1494, adressée par Christophe Colomb à la princesse Isabelle d’Espagne. Lors de son premier voyage aux Amériques, à l’automne 1492, l’explorateur génois avait fait preuve d’une grande chance, n’ayant croisé aucun cyclone tropical sur sa route.
Cependant, la seconde expédition fut moins clémente. Le 16 juillet 1494, pour la première fois dans les annales européennes, un équipage se retrouve confronté à la noirceur menaçante d’un ouragan. Christophe Colomb a décrit cette terrible tempête dans sa missive à la princesse Isabelle :
« Jamais auparavant les yeux n’avaient vu une mer aussi grande, aussi agitée et couverte d’écume. Nous étions obligés de rester au large, dans cette mer sanguinaire, qui bouillonnait comme une marmite posée sur un feu très brûlant. Jamais auparavant le ciel ne m’avait paru plus effrayant, et pendant toute une journée et toute une nuit il se montra aussi flamboyant que dans une fournaise. Les éclairs se succédaient avec une telle fureur et de manière si terrifiante que nous pensions tous que les navires allaient exploser. Et pendant tout ce temps l’eau n’a jamais cessé de tomber du ciel. »
Malgré la violence de cet événement, Christophe Colomb réussit à mettre ses caravelles en sécurité. Ce succès fut cependant éphémère. En juin 1495, la flotte de l’explorateur fut surprise par un nouvel ouragan alors qu’elle était ancrée près d’Isabella, la colonie espagnole d’Hispaniola (île aujourd’hui partagée entre Haïti et la République dominicaine). La marée montante et les vagues colossales provoquées par la tempête firent sombrer deux navires de l’expédition. Seul le Niña, le vaisseau amiral, parvint à s’échapper et à trouver refuge.