Home Économie Comment en sommes-nous arrivés à offrir à McDonalds une manne de 20 millions d’euros ? – Le temps irlandais

Comment en sommes-nous arrivés à offrir à McDonalds une manne de 20 millions d’euros ? – Le temps irlandais

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Publié le 2025-10-15 07:29:00. Le gouvernement irlandais s’interroge sur les conséquences d’une mesure fiscale initialement censée soutenir la restauration, mais qui profite désormais majoritairement aux chaînes de restauration rapide, suscitant l’incompréhension publique.

  • La baisse de la Taxe sur la valeur ajoutée (TVA) dans l’hôtellerie, d’un coût annuel de 681 millions d’euros, est critiquée pour son manque de soutien populaire et son bénéfice présumé pour les grandes enseignes.
  • Cette décision intervient alors que l’Institut de recherche économique et sociale (ESRI) anticipe une détérioration du pouvoir d’achat des ménages de 2 % cette année.
  • L’argument initial de la campagne pour cette baisse reposait sur les fermetures de restaurants post-Covid, un phénomène que des études montrent être en partie caractéristique du secteur.

Le gouvernement est confronté à un dilemme : comment une série de fermetures de restaurants, largement médiatisées il y a trois ans, a-t-elle pu mener à une réduction de la TVA qui, loin de satisfaire le public, est désormais perçue comme une aubaine pour les géants de la restauration rapide ? Les prévisions de l’ESRI suggèrent que le récent budget entraînera une baisse de 2 % du niveau de vie des ménages cette année, si la croissance des salaires se conforme aux attentes. La mesure concernant la TVA dans l’hôtellerie, d’un coût global de 681 millions d’euros, semble avoir été utilisée pour diluer l’impact politique de ces mauvaises nouvelles. Un crédit énergétique ponctuel de 250 €, d’un coût d’environ 400 millions d’euros, aurait pu, selon certains, offrir un soutien plus apprécié en janvier.

La coalition au pouvoir ne peut plus invoquer la prudence fiscale pour justifier des paiements exceptionnels lorsqu’ils servent à accorder un traitement de faveur à un secteur incluant des enseignes comme McDonald’s et Supermacs. Cette réduction de la TVA sur l’hôtellerie est un exemple éloquent d’une politique mal ciblée, née d’un lobbying efficace. La campagne initiale de la Restaurants Association of Ireland, visant à mettre en lumière les nombreuses fermetures de restaurants post-pandémie, s’est finalement retrouvée intégrée dans le programme électoral du Fine Gael.

Le bouleversement post-pandémique dans le secteur de la restauration a été brutal, mais il reflète en partie la nature intrinsèquement concurrentielle de ce marché. Une étude américaine approfondie, portant sur plus de 81 000 restaurants à service complet sur une période de 20 ans, a révélé un taux d’échec de 17 % la première année, avec une durée de vie médiane de 4,5 ans. Notamment, le taux d’échec annuel était inférieur à la moyenne des nouvelles entreprises dans d’autres secteurs de services.

Ces données américaines sont corroborées par une étude irlandaise de 2018, indiquant des taux d’échec de 15 % après un an, 37,6 % après trois ans et 53 % après cinq ans. Paradoxalement, les restaurants irlandais semblent afficher un taux de survie supérieur à celui de leurs homologues américains.

Il est difficile de déterminer, sans analyse plus poussée, si la vague de fermetures observée ces dernières années représentait un pic anormal par rapport à la moyenne à long terme. Il est pertinent de noter que le ministère des Finances s’était opposé à cette baisse de TVA lors du budget précédent, arguant que les indicateurs économiques réels contredisaient le tableau dépeint par les lobbyistes du secteur. Le ministère soulignait notamment une augmentation de l’emploi et des prix, signes d’un secteur en bonne santé.

Ces arguments ont été balayés par une série de fermetures médiatisées à Dublin, touchant des établissements comme la Brasserie Sixty6, Rustic Stone, et Shanahan’s on the Green. Si chaque fermeture représente un coup dur pour les entrepreneurs investis, elle s’inscrit dans un cycle normal pour l’industrie. De nombreux locaux fermés ont été repris par de nouvelles enseignes qui estiment avoir trouvé la formule gagnante pour répondre aux goûts changeants du public et au contexte économique. Ces nouveaux venus proposeront probablement des menus et des prix différents, laissant aux consommateurs le soin de décider de leur succès, perpétuant ainsi la loi du plus apte.

L’ironie de la situation est que le gouvernement a, par sa décision, rendu la concurrence plus difficile pour de nombreux acteurs. Les principaux bénéficiaires de la réduction de la TVA sont les chaînes de restauration rapide et les entreprises de plats à emporter, qui rivalisent directement avec les restaurants de milieu et bas de gamme. La valeur de cette baisse de TVA pour des entreprises comme McDonald’s, Supermacs et Domino’s est estimée respectivement à 30 millions d’euros, 12 millions d’euros et 13 millions d’euros par an. Des centaines, voire des milliers d’autres petites entreprises indépendantes seront également concernées.

Il est difficile de comprendre pourquoi le gouvernement a tenu à défendre une mesure de TVA économiquement discutable. Simon Harris, le Tánaiste, semble être le principal artisan de cette décision. Après avoir accédé à la tête du Fine Gael en se positionnant sur des thèmes populaires, il s’est apparemment engagé dans une voie sans issue. Bien qu’il ne soit pas le premier homme politique à renoncer à un engagement par souci d’opportunité, Harris a redoublé de ferveur lors du Dialogue économique national en juin, qui lance la compétition budgétaire annuelle, qualifiant cette mesure de « promesse solennelle ».

La seule concession à la réalité semble être le report de l’introduction du taux réduit à juillet. Cependant, un « hiver de mécontentement » pourrait encore entraîner un nouveau report, malgré la vague attendue de fermetures de restaurants au début de la nouvelle année, dans le cycle perpétuel de l’industrie culinaire.

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