Publié le 2025-10-18 12:04:00. L’auteur s’interroge sur la perception du vin naturel en s’appuyant sur le livre d’Éric Conan, qui met en avant des vignerons d’exception pour dépasser les critiques et les « sous-produits » souvent mis en avant.
- Le débat autour du vin naturel doit s’appuyer sur ses « sommets » et non sur ses dérives, comme le rappelle une citation d’Albert Camus.
- Le livre « Dans la jungle des vins naturels » explore les racines du mouvement en rencontrant des vignerons passionnés et reconnus.
- L’article souligne l’importance du terroir et du savoir-faire du vigneron, que ce soit en Bourgogne, dans le Jura ou ailleurs.
Dans un contexte où le vin naturel suscite autant de passion que de détracteurs, Éric Conan, dans son ouvrage « Dans la jungle des vins naturels », choisit de s’intéresser aux principes fondamentaux plutôt qu’aux controverses. Il s’appuie sur la pensée d’Albert Camus : « D’une façon générale, si on veut servir la justice et cette part de vérité qui est la nôtre, on ne doit pas juger d’une doctrine par ses sous-produits, mais par ses sommets ». Cette approche permet d’éviter de s’arrêter aux « flacons troubles, douteux » qui peuvent nuire à l’image d’un mouvement pourtant porté par des personnalités fortes et innovantes.
L’auteur met en lumière le parcours de deux vignerons exemplaires : Jean Foillard et Jean-François Ganevat. Jean Foillard, arrivé à la tête du domaine familial à Villié-Morgon en 1981 à 23 ans, a préféré apprendre « dans les vignes » plutôt que dans les écoles viticoles de l’époque. De son côté, Jean-François Ganevat, héritier de plusieurs générations de vignerons, a affiné son art au contact de grands blancs de Bourgogne avant de retrouver le terroir familial du sud du Jura.
Tous deux ont eu la chance de croiser la route de pionniers comme Marcel Lapierre et Pierre Overnoy. Ces « rebelles » ont, dès la fin des années 1970, tourné le dos aux produits chimiques qui avaient envahi le vignoble après la « révolution verte » des années 1960, pour privilégier un retour à un travail respectueux de la terre.
Alors que le vin naturel est parfois perçu comme une simple mode par les amateurs de vins conventionnels, protégés par des techniques comme la filtration ou l’ajout de soufre, la démarche d’Éric Conan vise à reconstituer la généalogie de ce mouvement. Il n’élude pas les critiques, qu’il s’agisse des « mystères de la biodynamie » ou des productions de mauvaise qualité émanant de personnes extérieures au monde agricole, souvent animées par une démarche sectaire.
Le savoir-faire plutôt que la poudre de perlimpinpin
L’ouvrage de Conan montre comment cette révolution viticole a d’abord pris racine dans des régions longtemps considérées comme marginales. Jean Foillard l’explique : le développement du bio s’est d’abord opéré dans les petites exploitations familiales, car « seul un décideur unique pouvait, sur ses fonds, assumer le risque du bio ». Les grandes structures, notamment en Champagne et à Bordeaux, ont mis plus de temps à s’y convertir.
Il est important de rappeler que le vin reste avant tout une boisson destinée à être consommée. L’idée reçue que les « grands » vins seraient nécessairement conventionnels et les « petits » naturels est une simplification abusive. Des domaines prestigieux, produisant des raisins vivants sans levures exogènes et élevés sur leurs lies, comme le Domaine de la Romanée-Conti, peuvent tout à fait être considérés comme des vins naturels.
Lorsqu’ils s’expriment, Jean Foillard et Jean-François Ganevat privilégient le dialogue sur l’agriculture et le terroir, plutôt que le discours œnologique ou les classements. Que ce soit à Rotalier, Villié-Morgon, Bordeaux, dans la vallée du Rhône ou en Californie, c’est le vigneron attentif à sa terre qui fait le bon vin, et non l' »enchanteur » dans sa cave manipulant des additifs.
Dans la jungle des vins naturels, par Éric Conan. L’Artillerie, 170 pages, 16 €.