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Comment le langage inclusif marginalise le français diplomatique

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Publié le 15 février 2026 à 14h00. L’usage du français au sein des organisations internationales est en déclin constant, une tendance qui pourrait être accentuée par l’adoption de règles d’écriture inclusive, alerte un expert. Cette évolution suscite des inquiétudes quant à l’avenir de la diplomatie francophone.

  • Le français, langue officielle de l’ONU et du Conseil de l’Europe, voit sa pratique diminuer drastiquement dans ces institutions.
  • L’introduction de normes d’inclusivité linguistique, avec des directives détaillées, complexifie l’usage de la langue et pourrait décourager les francophones.
  • Le gouvernement français affiche son engagement à défendre la langue française, mais les actions concrètes restent limitées.

La place du français sur la scène internationale est-elle en train de s’éroder ? Si la langue de Molière conserve un statut officiel au sein de plusieurs organisations majeures, sa pratique effective est en chute libre. Selon Nicolas Bauer, chargé de plaidoyer au Centre européen pour le droit et la justice (ECLJ), une ONG accréditée auprès de l’ONU et du Parlement européen, cette tendance est préoccupante et pourrait être aggravée par l’essor du langage inclusif.

Les chiffres sont éloquents. Alors qu’en 1997, 40 % des documents émanant de la Commission européenne étaient rédigés en français, ce chiffre est aujourd’hui tombé à moins de 4 %. Ce déclin s’explique en partie par la domination de l’anglais, renforcée par l’influence des États-Unis depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Sans son statut juridique protecteur, la langue française aurait, selon M. Bauer, bien plus de mal à survivre dans le contexte international.

Deux événements internationaux prévus à Paris dans les prochaines semaines – la Journée internationale de la langue maternelle (21 février) et la Semaine de la langue française et de la francophonie (17-20 mars) – devraient mettre en lumière la défense du français diplomatique. Cependant, un aspect crucial semble être négligé : l’impact du français dit « inclusif ».

Des règles d’inclusivité de plus en plus strictes

Depuis 2024, les institutions internationales imposent de nouvelles exigences en matière d’inclusivité linguistique. Avant de s’exprimer, il est désormais nécessaire de maîtriser des dizaines de pages de Lignes directrices sur le langage inclusif. Ces documents insistent sur des points de base, comme l’abandon du terme « Mademoiselle » et la remise en question de la règle grammaticale du « masculin l’emporte sur le féminin ». Il est désormais recommandé d’utiliser des formulations telles que « la population étudiante » au lieu de « les étudiants » ou « les personnes en parcours de soin » au lieu de « les patients ».

Mais ces directives vont bien au-delà. Au Conseil de l’Europe, même les formules classiques comme « celui ou celle » ou « certains ou certaines » sont désormais proscrites, considérées comme véhiculant une « conception binaire du genre ». Il est préférable d’opter pour des pronoms neutres comme « quiconque », « plusieurs » ou « quelques ». Pour ceux qui persistent à utiliser le masculin et le féminin, le Conseil de l’Europe propose l’accord dit « de proximité », par exemple « Chers et chères amies » ou « Elles et ils sont partis ».

L’ONU invite chaque division ou service à choisir parmi plusieurs options de langage inclusif, ce qui conduit à une multiplication des versions du « français inclusif » au sein même de l’organisation. Par exemple, différentes stratégies typographiques sont proposées : la barre oblique (« les administrateurs/trices sont partis/es »), les parenthèses (« les administrateurs(trices) sont parti(e)s »), le point (« les administrateurs.trices sont parti.e.s ») et le point médian (« les administrateurs·trices sont parti·e·s »). Le raccourci clavier « Alt + 0183 » pour le point médian est même précisé.

Une instrumentalisation de la langue ?

Les institutions internationales examinent également leurs textes fondateurs, accusés de favoriser un genre par rapport à un autre. Le Statut du Conseil de l’Europe (1949), par exemple, promeut les « droits de l’homme ». Les Lignes directrices suggèrent désormais de parler des « droits humains ».

Ces normes reposent sur une vision de la langue comme un outil de transformation sociale, capable de modifier les attitudes culturelles. Cette approche prime sur la fonction première du langage : communiquer et permettre la compréhension mutuelle. Les directives actuelles ne tiennent pas compte de la complexification qu’elles imposent à la langue, se contentant de mentionner l’organisation de formations régulières pour le personnel sur les « mises à jour » des normes d’inclusivité.

Face à cette évolution, la réaction du gouvernement français se limite à une réponse à une question écrite de la députée Marie-France Lorho. Le gouvernement affirme son engagement à défendre la langue française au sein des institutions internationales, assurant que le Représentant permanent de la France au Conseil de l’Europe, Pap Ndiaye, sera chargé de cette mission. Cette réponse est toutefois nuancée, compte tenu des déclarations passées de M. Ndiaye en faveur du « français inclusif » lors de son mandat au ministère de l’Éducation nationale.

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