Bangkok – La Thaïlande se prépare à former un nouveau gouvernement après des élections législatives anticipées qui ont vu une victoire surprenante du parti conservateur Bhumjaithai (BJT). Ce résultat inattendu, survenu le 8 février, pourrait marquer la fin d’une période d’instabilité politique, mais soulève également des questions quant à l’avenir de l’opposition et à la stabilité du nouveau gouvernement.
Le BJT, dirigé par le Premier ministre Anutin Charnvirakul, a remporté 193 sièges sur les 500 sièges de la Chambre des représentants, défiant les sondages qui favorisaient le Parti populaire progressiste. Ce dernier a obtenu 118 sièges, tandis que le parti Pheu Thai, autrefois dominant, a subi une défaite historique avec seulement 74 sièges.
La victoire du BJT, bien que significative, n’a pas permis d’obtenir une majorité absolue (251 sièges). Des négociations de coalition sont donc en cours, mais elles pourraient être compliquées par des contestations électorales et des allégations d’irrégularités. Plusieurs électeurs ont demandé un recomptage des voix, ce qui pourrait retarder la formation d’un gouvernement.
Par ailleurs, une décision de la Commission nationale anti-corruption concernant 44 membres du parti Move Forward, dissous, pourrait avoir des conséquences importantes sur l’avenir de l’opposition. Cette décision pourrait restreindre les activités de certains dirigeants, comme Ruban Limjaroenrat, et potentiellement provoquer des tensions.
Les résultats de ces élections marquent un tournant dans la politique thaïlandaise. Historiquement, les partis qui ont cherché à défier l’establishment ont été confrontés à des obstacles, notamment des interventions militaires et des décisions judiciaires. La victoire du BJT, perçu comme plus proche des intérêts des affaires, de l’armée et du palais, pourrait « suspendre » ce cycle, selon des analystes.
Un autre enjeu majeur est la réforme constitutionnelle. Un référendum a révélé que 65 % des Thaïlandais soutiennent la réécriture de la constitution de 2017, héritée de l’ère militaire. Le Parlement va maintenant sélectionner un comité de rédaction, et un nouveau référendum sera organisé pour valider la nouvelle charte. Ce débat souligne les profondes divisions idéologiques au sein du pays.
La victoire du BJT pourrait également avoir des implications sur la politique étrangère thaïlandaise. Le parti et le Parti populaire sont tous deux favorables à une approche plus proactive sur la scène internationale. Cela pourrait ouvrir des perspectives de collaboration avec des pays comme le Canada, notamment dans les domaines de l’énergie propre et des accords commerciaux. Cependant, Ottawa est invité à faire preuve de prudence, compte tenu de la fragilité des institutions politiques thaïlandaises et du risque de répression contre les dissidents.