Publié le 2025-10-18 09:12:00. Les « banques parallèles » ou « crédit privé », des acteurs financiers non réglementés comme les banques traditionnelles, font l’objet d’une attention accrue en raison des risques qu’ils représentent pour la stabilité économique mondiale. Le Fonds Monétaire International (FMI) et la Banque Centrale Européenne (BCE) tirent la sonnette d’alarme.
- Les banques parallèles, financées par des fonds de pension et des assureurs, prêtent de l’argent en dehors du cadre réglementaire bancaire classique.
- Elles peuvent prendre des risques plus élevés, interconnectées avec le système bancaire traditionnel, potentiellement déstabilisatrices pour l’économie globale.
- Des cas récents, comme la situation du fabricant américain de pièces automobiles First Brands Group, illustrent les dangers de ce marché opaque et endetté.
Malgré un nom qui peut prêter à confusion, les « banques parallèles » désignent des véhicules d’investissement, souvent appelés « institutions financières non bancaires » (IFNB), qui opèrent en dehors des régulations strictes imposées aux banques classiques. Ces structures, alimentées par des capitaux issus notamment de fonds de pension et de compagnies d’assurance, jouent un rôle croissant dans le financement d’entreprises. Cependant, leur opacité et leur moindre supervision soulèvent des inquiétudes majeures quant à leur impact sur la stabilité financière mondiale, comme l’a récemment souligné le Fonds Monétaire International (FMI) dans un rapport sur la stabilité financière.
Ces entités ont la capacité de prendre des risques bien plus considérables que les banques traditionnelles, en raison de l’absence de contraintes réglementaires similaires. Cette prise de risque accrue les lie intimement au système bancaire conventionnel, créant un risque de contagion en cas de difficultés. Le FMI a explicitement identifié cela comme un problème préoccupant dans une communication récente.
Le phénomène des « banques fantômes » n’est pas nouveau. Il y a une décennie, la Banque des Pays-Bas (DNB) avait déjà mené des recherches sur le sujet. Les conclusions de cette étude avaient été partagées en 2016 par le ministre des Finances de l’époque, Jeroen Dijsselbloem, devant la Chambre des représentants. Il avait alors souligné l’importance d’analyser les risques potentiels du secteur et d’agir en cas d’accumulation excessive.
Aujourd’hui, la DNB exprime toujours des préoccupations, utilisant désormais le terme de « crédit privé ». Cette notion englobe les prêts accordés à des entreprises non bancaires et qui ne sont pas négociables en bourse. La DNB constate que ce qui était autrefois un marché de niche est devenu un investissement courant, avec une montée en puissance significative.
Plusieurs facteurs expliquent pourquoi le « shadow banking » refait surface comme un sujet brûlant. Christine Lagarde, présidente de la Banque Centrale Européenne (BCE), a récemment évoqué lors d’un discours le rôle grandissant de ces acteurs non bancaires. Selon elle, cette expansion est une conséquence directe du renforcement des réglementations imposées aux banques traditionnelles après la crise financière de 2008. Ces nouvelles règles visent à prévenir des effondrements bancaires aux conséquences potentiellement catastrophiques pour l’économie mondiale.
Ralph Verhoeks de la DNB a également attribué une partie de cette croissance aux exigences de fonds propres plus strictes pour les banques, ainsi qu’aux faibles taux d’intérêt observés entre 2009 et 2021. Pendant cette période, les investisseurs ont cherché des rendements plus élevés, les poussant à explorer des avenues plus risquées.
Face à ces rendements potentiels plus élevés, les détenteurs de capitaux se montrent ingénieux et explorent des voies alternatives. Le marché du crédit privé, où opèrent les banques parallèles, permet de proposer et de conclure des prêts offrant des rémunérations plus importantes, mais aussi des risques accrus. Ces structures peuvent même utiliser les fonds des banques traditionnelles pour spéculer sur les marchés de capitaux, créant ainsi des interconnexions complexes. Les emprunteurs, quant à eux, se retrouvent souvent lourdement endettés.
La DNB reconnaît cependant que le « shadow banking » peut présenter des avantages pour les entreprises innovantes, en phase de démarrage, qui peinent à obtenir des financements auprès des banques classiques. Pour compenser les risques plus élevés, les investisseurs exigent des taux d’intérêt plus importants, ce qui se traduit par un rendement espéré plus élevé. Les fonds de pension et les assureurs placent une part substantielle de leurs actifs auprès de gestionnaires de fortune, créant ainsi un lien entre les capitaux institutionnels et le marché des prêts privés.
Les dérives potentielles de ce système sont devenues tangibles récemment. La faillite imminente du fabricant américain de pièces automobiles First Brands Group est ainsi perçue par certains comme un signe avant-coureur des risques inhérents à ce marché. L’entreprise se retrouve au bord du gouffre, accablée par des milliards de dollars de dettes, contractées principalement pour financer son développement rapide et des acquisitions passées via des fonds privés aux structures opaques et risquées.
De nombreux prêteurs, y compris des fonds de pension néerlandais, sont touchés par cette situation. La question de la récupération de leurs fonds se pose, d’autant plus que des sommes considérables semblent s’être évaporées. Dans le sillage des investisseurs, les banques traditionnelles sont également affectées. La banque suisse UBS, par exemple, pourrait subir des pertes de plus de 500 millions de dollars, étant impliquée dans le dossier via ses propres fonds d’investissement.
Bien que le monde financier puisse se remettre de la chute de First Brands Group, des institutions comme le FMI, la BCE et d’autres experts redoutent que ce cas ne soit pas isolé. Christine Lagarde plaide ainsi pour une action proactive des décideurs politiques, afin de ne pas attendre une nouvelle crise financière pour agir. Elle appelle à une surveillance accrue du système bancaire parallèle, non pas en allégeant les règles pour les banques traditionnelles, mais en renforçant le contrôle des financements privés. « Mieux vaut prévenir que guérir », conclut-elle.