Publié le 22 février 2026 à 23:52:00. Les habitants de Clontarf, à Dublin, attendent depuis plus d’une décennie des défenses contre les inondations, un projet entravé par des désaccords sur leur impact visuel et leur hauteur, alors que les risques liés à la montée du niveau de la mer s’intensifient.
- Les inondations de février 2024 ont mis en évidence la vulnérabilité de Clontarf face aux marées extrêmes.
- Le projet de construction de digues et de murs de protection a rencontré une forte opposition locale, notamment en raison de leur impact sur le paysage.
- Le conseil municipal de Dublin prévoit de lancer de nouveaux appels d’offres pour la conception des défenses, mais leur mise en œuvre n’est pas attendue avant 2033.
Les images d’un homme debout sur un mur de jardin, bravant les vagues déferlantes à Clontarf, ont fait la une des journaux en février 2024, rappelant l’anecdote du roi Knut et de sa tentative vaine de commander à la mer de reculer. Garrett Connolly, l’homme en question, expliquait qu’il tentait simplement de signaler aux bus de ralentir.
« C’était moi, debout contre le mur, essayant de faire ralentir les bus. Il y a eu une vague qu’ils ont envoyée par-dessus la porte anti-inondation et j’aurais pu surfer dessus. J’étais furieux. »
Garrett Connolly, habitant de Clontarf
Les inondations du 5 février 2024 ont révélé la fragilité de la zone côtière. Vers 14h15, M. Connolly constatait que l’eau continuait de déborder du mur de protection, inondant la route côtière. Les employés du Conseil municipal de Dublin sont rapidement intervenus pour distribuer des sacs de sable et protéger les habitations. Ces efforts ont permis d’éviter de nouvelles inondations dans les propriétés, contrairement à ce qui s’était produit en 2004.
En 2004, des inondations importantes avaient déjà touché Clontarf, causant des dégâts considérables et forçant la fermeture temporaire de commerces. Ces événements ont conduit le conseil municipal à lancer des études pour la construction de défenses contre les inondations. Un premier projet, soumis au Conseil de planification en 2007, a été approuvé l’année suivante, un délai jugé remarquable par rapport à d’autres projets similaires.
Cependant, l’opposition locale s’est rapidement manifestée en 2011, lorsque les détails du projet ont été révélés. Les habitants craignaient que les digues et les murs, atteignant jusqu’à 2,75 mètres (9 pieds) de hauteur, ne défigurent le paysage et n’entravent la vue sur la mer. Le conseil a proposé de réduire la hauteur des structures à 2,17 mètres (7 pieds), mais cette proposition n’a pas satisfait les opposants, et le projet a finalement été abandonné.
Un groupe de travail, composé de résidents, d’entrepreneurs, de conseillers municipaux et d’ingénieurs, a été créé en 2013 pour tenter de trouver une solution acceptable. En 2014, un accord de principe a été trouvé pour la construction d’un système à double paroi, combinant la digue existante et un nouveau mur plus bas, avec une promenade intermédiaire servant à absorber les eaux de crue. De nouvelles études ont été lancées en 2018, mais l’opposition à la hauteur des murs a persisté.
En 2020, le conseil municipal a proposé une solution impliquant des barrières amovibles pour les zones où les défenses dépasseraient 1,2 mètre. Cependant, peu de progrès ont été réalisés depuis, et le conseil a annoncé en janvier 2026 qu’il lancerait de nouveaux appels d’offres pour la conception des défenses, avec une mise en œuvre prévue, au mieux, en 2033.
Parallèlement, des travaux de remplacement des conduites d’eau, menés par Irish Water, sont en cours sur la route côtière de Raheny et devraient se poursuivre à Clontarf l’année prochaine, impliquant la creusement de la promenade, qui pourrait être à nouveau déterrée lors de la construction des défenses contre les inondations.
Deirdre Nichol et Eilish O’Brien, membres du groupe de travail, soulignent que leur objectif n’est pas de s’opposer aux défenses contre les inondations, mais de préserver l’espace public et la sécurité des usagers.
« Nous disons depuis le début que nous voulons absolument des défenses contre les inondations, mais nous ne voulons pas perdre la promenade. Il n’est pas nécessaire qu’elle ressemble exactement à ce qu’elle est aujourd’hui, mais elle doit avoir cet espace d’agrément – un espace d’agrément qui est utilisé par toute la ville, pas seulement Clontarf. »
Deirdre Nichol, association des résidents de Clontarf
Selon elles, la hauteur des murs proposée pourrait compromettre la sécurité des piétons, en particulier des femmes, en réduisant la visibilité et en créant des zones d’ombre. Joe McDonagh, un habitant de Clontarf, estime que le conseil municipal devrait prendre des décisions rapides et pragmatiques.
« Nous vivons dans un quartier merveilleux de Dublin. Pour gérer sa vie avec sagesse, vous devez prendre des mesures pour faire face à une menace potentielle. Ne vaut-il pas mieux se sentir en sécurité plutôt que de penser : « Oh, il me manque une belle vue ? » »
Joe McDonagh, habitant de Clontarf
Shamus O’Donnell, arrivé à Clontarf il y a trois ans, reconnaît les risques liés à la vie en bord de mer et se dit favorable à la construction de défenses. Il souligne que la protection contre les inondations doit être une priorité, même si cela implique des compromis sur l’esthétique du paysage.