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Comment les propriétaires des voitures Fisker ont pris leurs propres mains l’avenir de la marque

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Publié le 2024-06-15. Face à la faillite du constructeur Fisker en juin 2024, des milliers de propriétaires de Fisker Ocean se retrouvent avec des véhicules sans aucun support de service. Pour éviter que leur investissement coûteux ne devienne un tas de ferraille, ces automobilistes s’organisent de manière inédite pour maintenir leurs voitures en état de rouler.

  • Création de la Fisker Owners Association (FOA), une organisation à but non lucratif entièrement gérée par les propriétaires.
  • Mise en place de structures dédiées à la gestion des pièces détachées et des solutions logicielles.
  • Difficultés persistantes liées aux dysfonctionnements techniques et à la rareté des pièces détachées.

Suite à l’effondrement de Fisker, qui n’a réussi à livrer qu’environ 11 000 véhicules, les propriétaires se sont retrouvés dans une situation délicate. La société, déclarée en faillite, ne fournit plus aucun soutien technique ni aucune garantie. Face à ce vide, une communauté de propriétaires a décidé de prendre les choses en main.

Une organisation née de la nécessité

Pour pallier le manque de soutien, les propriétaires ont fondé la Fisker Owners Association (FOA). Cette organisation, se positionnant comme la première association mondiale de propriétaires de véhicules électriques contrôlée par ses membres, vise à assurer la pérennité des Fisker Ocean sur les routes. Actuellement, 4 055 détenteurs ont adhéré à la FOA, moyennant une cotisation annuelle de 550 dollars, générant ainsi près de 3 millions de dollars par an.

La FOA a été structurée comme une véritable entreprise automobile, divisée en trois unités distinctes. Tsunami Automotive est responsable de l’approvisionnement en pièces détachées en Amérique du Nord, tandis que le bras européen, baptisé « raz de marée » (Tidal Wave), couvre le marché européen. Ces unités s’approvisionnent notamment via des enchères sur des véhicules accidentés auprès des assurances et négocient avec des fabricants pour la production de petites séries de composants. Parallèlement, Undercurrent Automotive, une branche gérée par d’anciens ingénieurs de Google et Apple, se concentre sur le développement de solutions logicielles.

Le premier produit issu de cette initiative logicielle est l’application mobile OceanLink Pro, déjà adoptée par plus de 1 200 membres. Elle permet de rétablir des fonctionnalités essentielles telles que la surveillance à distance de la batterie et le contrôle de la climatisation. Un module additionnel, l’OceanLink Pulse, apporte quant à lui la connectivité sans fil pour Apple CarPlay et Android Auto, avec des projets d’améliorations futures incluant des fonctions de sécurité.

Un chemin semé d’embûches

Malgré ces efforts, la gestion des Fisker Ocean reste complexe. Ces véhicules ont connu divers dysfonctionnements techniques, tels que des problèmes de batterie, des bugs logiciels, des défaillances des poignées de porte ou encore des défauts liés aux clés. Ces problèmes sont d’autant plus critiques que le fabricant n’est plus en mesure d’assurer les réparations ou de fournir les pièces de rechange nécessaires. Les efforts de la FOA peinent à compenser l’absence d’un constructeur et des chaînes d’approvisionnement qu’il avait établies.

En août, un rappel massif de 7 745 véhicules avait été émis en raison d’un problème logiciel affectant le freinage régénératif, qui pouvait se réduire lors de franchissements de bosses. Ces défaillances ont eu un impact direct sur la valeur des véhicules. Le prix des Fisker Ocean sur le marché de l’occasion a chuté de 40%, et dans certains cas, des propriétaires se sont vu proposer des rachats à peine de 3 000 dollars, une somme dérisoire comparée au prix d’achat initial, souvent autour de 70 000 dollars.

Les autorités ont enregistré des dizaines de plaintes, tandis que les pièces de rechange se sont rariées. L’avocat Carl Bart, représentant des propriétaires dans des affaires judiciaires, rapporte des cas de véhicules tombant en panne en pleine circulation et des offres de reprise dérisoires de la part de concessionnaires.

Cependant, certains acteurs du marché voient encore une opportunité. La société de location américaine America Lease a acquis plus de 3 200 Fisker Ocean invendus pour 46 millions de dollars, les proposant ensuite à la location pour les chauffeurs de plateformes comme Uber et Lyft.

Les analystes automobiles portent un regard partagé sur l’initiative de la FOA. Seth Goldstein, de Morningstar, estime que l’organisation représente une approche prometteuse pour maintenir et moderniser les véhicules sur le long terme. Robbee DeGrace, d’Autopacific, qualifie ces efforts de « sauvages » mais les approuve, n’hésitant pas à critiquer le fondateur, Henrik Fisker, pour avoir abandonné ses clients.

La FOA représente une expérience sans précédent : celle de la capacité d’une organisation bénévole à réussir là où une entreprise a échoué. L’avenir des Fisker Ocean dépend désormais largement de la détermination des propriétaires à maintenir leurs véhicules en état de rouler.

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