Publié le 2025-10-31 16:05:00. Une journaliste politique chevronnée partage son évolution de détractrice acharnée de Facebook à adepte convaincue, grâce à son expérience d’une petite communauté insulaire du Maine où le réseau social joue un rôle vital de tableau d’affichage communautaire.
- Initialement sceptique face à la « vantardise » et à la désinformation en ligne, l’auteure a découvert la valeur pratique de Facebook dans une petite communauté insulaire.
- Sur Great Cranberry Island, le réseau social sert de bulletin d’information essentiel pour le service de ferry, les urgences locales et les besoins quotidiens des habitants.
- Loin des polémiques nationales, le fil d’actualité de l’auteure s’est transformé en une vitrine des intérêts locaux, comme l’observation des oiseaux et la faune.
Janet Crochet, une résidente de passage des îles Cranberry et résidente hivernale du Maryland, confie avoir rejoint Facebook en 2009, comme beaucoup à l’époque. Loin d’être une adolescente en quête de popularité, cette mère de famille dans la cinquantaine s’en est servie principalement pour renouer avec d’anciens amis et sa famille. Elle avoue n’avoir jamais vraiment accroché à la plateforme, qu’elle percevait comme un espace de « vantardise » où se succédaient les photos de vacances idéalisées, les enfants parfaits et les distinctions professionnelles. Plus grave encore à ses yeux, elle estimait que Facebook contribuait à déformer l’image de soi et les compétences sociales de toute une génération, tout en servant de caisse de résonance à la désinformation.
Son regard sur le réseau social a radicalement changé il y a environ cinq ans, lorsqu’elle a commencé à passer plusieurs mois par an dans le Maine. Installée sur Great Cranberry Island, une petite communauté d’une soixantaine d’habitants à l’année, elle a découvert que la page Facebook de la ville assumait une fonction totalement différente. Il s’agissait là d’un véritable babillard communautaire, centralisant les informations cruciales et alimentant les échanges de voisinage. Comme un « fil à la patte » de conversations, cette fenêtre sur une petite île rurale contrastait fortement avec le monde politique qu’elle avait côtoyé à Washington D.C.
Si des divergences politiques existent sur Great Cranberry Island, comme en témoignent d’anciens débats autour d’une bannière Black Lives Matter ou de l’affichage d’un drapeau confédéré, la page d’information des îles Cranberry est avant tout dominée par les enjeux concrets de la vie insulaire. Sur une île sans pont, dotée d’un unique magasin général et peu d’autres activités commerciales, les discussions tournent autour de la survie quotidienne.
C’est sur Facebook que le service de ferry annonce les annulations de trajets. L’auteure raconte avoir une fois appelé le bureau du ferry pour s’assurer de sa bonne marche par temps incertain, pour se voir répondre avec une pointe d’exaspération : « Nous l’avons dit sur Facebook. » La plateforme a également joué un rôle salvateur lorsqu’une mère, prise au dépourvu pour le gâteau d’anniversaire de son enfant, se retrouva sans œufs. Un appel lancé sur Facebook suffit à faire apparaître des œufs devant sa porte en un temps record.
Lors des pannes de courant, la page permet de savoir rapidement si le problème affecte toute l’île ou seulement un quartier. Elle sert aussi à annoncer les événements communautaires : expositions d’art, concerts de bluegrass ou encore réunions sur des plans de réorganisation scolaire. Parfois, les mauvais comportements sont pointés du doigt. L’auteure relate ainsi une brouette de port laissée au mauvais endroit, dont une photo fut rapidement publiée sur Facebook, accompagnée d’une réprimande.
Là où beaucoup se plaignent d’être submergés par des publicités indésirables et des messages politiques agressifs, Janet Crochet se réjouit que l’algorithme de Facebook ait « fait son numéro ». Son fil d’actualité est désormais majoritairement peuplé de contenus liés au Maine, à l’ornithologie et à la faune. Elle y voit un moyen privilégié de rester connectée aux besoins de sa communauté insulaire, avec des requêtes telles que : « Quelqu’un aurait-il des ciseaux à cranter ? », « Quelqu’un pourrait-il surveiller mon chat ? » ou encore « Les aurores boréales sont là ! »
Si sa communauté d’hiver dispose d’une liste de diffusion pour répondre à certains de ces besoins de communication, la page Facebook de Cranberry Island se distingue par son aspect temps réel, la rapprochant d’une « chaîne Slack illustrée ». L’auteure qualifie cette évolution de « modernisation du 21e siècle de la vie en petite ville ». Elle reconnaît cependant un revers à la médaille : certains anciens de l’île regrettent que les voisins ne se rendent plus visite spontanément pour s’entraider, une époque révolue avant son arrivée. Après 31 ans de visites dans cet endroit, Janet Crochet, toujours une « nouvelle venue », le considère comme un refuge, loin d’un monde perçu comme effrayant et mesquin, et un retour à une époque plus communautaire.