Intelligence artificielle, désinformation et isolement : le Vatican appelle à une communication qui renoue avec l’humain
Dans un monde saturé d’informations, où les algorithmes façonnent nos perceptions et où le numérique creuse les solitudes, le Saint-Siège tire la sonnette d’alarme. Paolo Ruffini, préfet du Dicastère pour la Communication, a livré un message fort lors du XIIe Séminaire de Communication de l’Archidiocèse de Rio de Janeiro, appelant à une communication qui privilégie le dialogue, la vérité et le lien humain.
« Chaque information que nous diffusons est comme de la nourriture : elle peut nourrir ou empoisonner », a souligné Paolo Ruffini, marquant ainsi le ton de son intervention. Devant les professionnels de la communication réunis du 28 au 31 octobre, le représentant du Vatican a abordé les défis majeurs de notre époque : l’intelligence artificielle et son influence insidieuse, la prolifération de la désinformation et des « fake news », la puissance des algorithmes dans la manipulation des contenus, et le paradoxe d’une hyperconnexion qui génère de plus en plus d’isolement.
Face à ce paysage numérique complexe et souvent trompeur, Paolo Ruffini a invité chacun à choisir de reconstruire la confiance dans « la bonne et la vraie nouvelle ». Il a plaidé pour l’adoption du pluralisme et la création d’espaces d’écoute et de dialogue, une recherche inlassable de la vérité.
Le thème du séminaire, « Allez au large ! (Lc 5,4) – La construction de la voix et de la présence dans les stratégies de communication et dans la gestion des réseaux sociaux », a résonné avec les propos du préfet. Au cours d’une table ronde intitulée « Éducation, politique, journalisme et santé : des ponts pour le dialogue social », aux côtés de la pneumologue Maragareth Doltremo, du journaliste Gerson Camarotti et de l’éducatrice Cláudia Sabino, il a développé sa vision d’une communication bâtisseuse de ponts.
Une communication qui tisse des liens
« Nous devons écouter des histoires, des histoires bonnes, mais aussi des histoires fausses, dans lesquelles il y a toujours une possibilité de changement et de rédemption ; nous devons redécouvrir, en nous écoutant les uns les autres, la beauté de notre humanité », a affirmé Paolo Ruffini. Il s’agit de contrer la communication de la haine, de l’intolérance et de la division par une approche qui favorise le partage des idées, des rêves et des espoirs. L’adoption du pluralisme, citant le Pape Paul VI, est présentée comme une démarche essentielle pour une communication respectueuse, car « nous sommes pluralistes précisément parce que nous sommes catholiques, c’est-à-dire universels ».
La pandémie, révélateur des dérives informationnelles
La crise sanitaire de la Covid-19 a, selon le préfet, mis à l’épreuve la fiabilité de l’information. La propagation incontrôlée de fausses nouvelles, souvent nées dans des communautés numériques fermées, a rapidement contaminé les médias traditionnels. « Durant l’ère du Covid – a-t-il expliqué – nous avons vu comment des opinions sans fondement scientifique ont été largement diffusées et ont même été acceptées sur les réseaux sociaux, même au sein de la communauté médicale. Et cela a généré de la confusion, une perte de confiance, une dépendance pathologique à l’égard de sources alternatives et la diffusion de théories surréalistes ». Dans ce climat d’incertitude, beaucoup ont fini par douter de la vérité, préférant croire des mensonges. « Tout le monde cherche la vérité mais ne lui fait pas confiance – a-t-il réitéré – ou bien, en fin de compte, ils font confiance à ceux qui ne méritent pas cette confiance ».
L’intelligence artificielle, une arme à double tranchant
Si l’intelligence artificielle offre des avancées considérables en matière de connaissance et de praticité, Paolo Ruffini a alerté sur le rôle des algorithmes. Ceux-ci, guidés par les clics, peuvent amener la société à croire en des réalités artificielles. « L’espace apparemment public des plateformes et apparemment neutre des intelligences artificielles est régi par des algorithmes qu’aucun de nous n’a négociés, mais qui imposent les règles du jeu. Un jeu qui peut être très dangereux », a-t-il averti. Pour la première fois, l’humanité est confrontée à la difficulté de distinguer le réel du virtuel.
Entre vide d’incertitude et opportunité de choix
Malgré les défis et les « vides numériques », Paolo Ruffini voit dans cette période une occasion de faire des choix. Il s’agit de « construire des ponts et des alliances entre hommes et femmes de bonne volonté » plutôt que de laisser le chaos et la manipulation s’installer. Reconstruire la confiance est essentiel pour préserver notre humanité, car une communication déformée engendre des groupes hostiles au lieu de communautés solidaires. « Nous pouvons et devons redonner à la communication son sens originel, si proche de la communion – a expliqué le préfet – Communiquer, c’est rechercher, même avec obstination, la relation ».
La solitude numérique, un mal contemporain
La communication, lorsqu’elle est détournée de son objectif, peut devenir un instrument de division. Paolo Ruffini a mis en garde contre ceux qui exploitent la peur et manipulent les besoins réels pour servir des desseins personnels ou idéologiques. Au-delà de ces manipulations, le préfet a pointé du doigt le phénomène de solitude engendré par l’hyperconnexion. Les plateformes numériques nous habituent à une vie sans contact physique, où les interactions humaines directes sont remplacées par des transactions virtuelles. Cette tendance, selon lui, efface la spontanéité des rencontres et la capacité à tisser des liens authentiques, créant un monde bipolaire divisé entre « nous et eux », entravant ainsi la capacité à vivre dans le pluralisme et à accepter la différence. Il est de notre devoir de « briser ce charme », de nous retrouver « dans la beauté du dialogue, des rencontres, dans la difficile recherche de la vérité ».
L’Église, un phare pour le dialogue
L’Église a un rôle crucial à jouer dans la formation de l’opinion publique, en touchant « le cœur et l’esprit des gens ». Elle peut favoriser la reconstruction de la capacité au dialogue et à la rencontre réelle. La synodalité, concept cher au Vatican, symbolise ce « cheminer ensemble », un principe qui doit se traduire par un engagement concret, un choix de vie entre l’égoïsme et le fruit du dialogue communautaire.
Le XIIe Séminaire de Communication de l’Archidiocèse de Rio a proposé, durant quatre jours, des conférences, des tables rondes et des ateliers sur l’évangélisation numérique, le journalisme, l’éthique de la communication et la présence chrétienne sur les réseaux sociaux. L’objectif, selon son organisateur, le Père Arnaldo Rodrigues, était de favoriser la rencontre entre foi, culture et citoyenneté dans le contexte de la communication, en abordant les défis actuels de la société. Ce fut, au-delà d’une conférence, « un espace pluriel d’écoute, de réflexion et d’action commune pour répondre aux défis contemporains de la communication, de la technologie, de l’éthique et de la vie publique ».