Publié le 31 octobre 2025. Une analyse récente met en lumière des inégalités persistantes dans le traitement du sepsis, soulignant comment les différences biologiques et les biais liés au genre peuvent conduire à des soins sous-optimaux, particulièrement pour les femmes.
- Les protocoles de dosage d’antibiotiques pour le sepsis ne prennent pas en compte les différences physiologiques entre hommes et femmes, entraînant des risques de sous- ou sur-dosage.
- Les femmes sont plus susceptibles de souffrir d’effets secondaires liés aux antibiotiques en raison de variations hormonales et métaboliques, tandis que les jeunes hommes peuvent être sous-traités.
- Les facteurs socioculturels, tels que les retards de prise en charge ou la sous-estimation des symptômes chez les femmes, aggravent les disparités biologiques.
Le sepsis, cause majeure de mortalité en soins intensifs, continue de poser un défi thérapeutique majeur. Malgré les avancées en matière de détection et de traitement précoce, une approche standardisée du dosage des antibiotiques ignore des facteurs cruciaux comme la physiologie spécifique au sexe et les disparités d’accès aux soins. Ces éléments combinés peuvent compromettre l’efficacité du traitement, en particulier chez les patientes.
Un éditorial paru le 8 septembre 2025 dans le Journal de médecine intensive, rédigé par le Dr Helena Barrasa, le Dr Goiatz Balziskueta et le professeur Jordi Rello, alerte sur cette problématique. Les auteurs insistent sur les différences pharmacocinétiques et pharmacodynamiques entre hommes et femmes, souvent négligées. Ils plaident pour une intégration systématique des considérations liées au sexe et au genre dans les protocoles de prescription d’antimicrobiens.
L’article pointe du doigt la sous-représentation des femmes dans les essais cliniques portant sur les médicaments, ainsi que leur exposition accrue à des risques de surexposition aux antibiotiques. Les variations hormonales, la composition corporelle et la fonction rénale, qui influencent directement la manière dont l’organisme métabolise les médicaments, sont rarement intégrées dans les algorithmes de dosage actuels. Inversement, les hommes, notamment les plus jeunes présentant une fonction rénale hyperactive, risquent un sous-dosage, préjudiciable à l’éradication de l’infection.
« Le dosage standard ne prend pas en compte les différences biologiques clés. Les femmes, en raison d’un métabolisme altéré et d’une masse musculaire plus faible, sont plus vulnérables aux effets indésirables, tandis que les jeunes hommes éliminent souvent les médicaments trop rapidement pour maintenir les niveaux thérapeutiques. »
Dr Helena Barrasa, Dr Goiatz Balziskueta et Professeur Jordi Rello
Au-delà des facteurs biologiques, les rôles et les stéréotypes de genre complexifient encore la prise en charge du sepsis. Les femmes sont moins susceptibles de bénéficier d’interventions rapides et agressives, un écart potentiellement dû à une mauvaise interprétation de leurs symptômes, à des comportements de recherche de soins différents ou à des biais implicites au sein des systèmes d’urgence.
Ces disparités socioculturelles exacerbent les différences biologiques déjà existantes dans la façon dont les corps réagissent aux traitements. L’absence de personnalisation du dosage expose les femmes à un risque accru d’effets secondaires dus à une exposition excessive, tandis que les hommes jeunes risquent un échec thérapeutique par sous-dosage. Cette situation souligne l’urgence d’adapter plus finement les traitements antimicrobiens.
Les auteurs appellent à une utilisation plus étendue de la surveillance thérapeutique des médicaments (surveillance des concentrations sanguines des médicaments) pour individualiser les traitements, réduisant ainsi à la fois la toxicité et le risque de résistance. Ils invitent également la communauté scientifique à adopter des protocoles de recherche prenant en compte le sexe et le genre, alors que moins de 30 % des études actuelles rapportent des données stratifiées par sexe.
En conclusion, le professeur Rello affirme :
« Comprendre les différences façonnées par le sexe et le genre est essentiel pour faire progresser la médecine personnalisée et représente un engagement à réduire l’écart en matière d’équité. »
Professeur Jordi Rello
Source :
Référence du journal :
Barrasa, H., et al. (2025). Sex differences in antimicrobial dosing for sepsis: Bridging the equity gap. Journal of Intensive Medicine. doi.org/10.1016/j.jointm.2025.08.004