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Côté obscur des tendances alimentaires – DW – 18/10/2025

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Publié le 19 octobre 2025. La popularité fulgurante de certaines tendances alimentaires, comme le chocolat « Made in Dubai » à base de pistaches, le thé matcha ou encore le quinoa, suscite des inquiétudes quant à leur impact environnemental et social. Ces phénomènes de mode, bien que lucratifs, semblent engendrer une pression insoutenable sur les ressources naturelles et les populations locales dans les pays producteurs.

  • La demande croissante pour des produits comme le chocolat « Made in Dubai », le matcha ou le quinoa entraîne une surconsommation de ressources, notamment en eau pour la culture des pistaches.
  • Ces tendances mondiales peuvent perturber les écosystèmes locaux, exacerber les problèmes d’accès à l’eau et menacer la biodiversité.
  • Les producteurs locaux risquent de devenir excessivement dépendants de ces cultures d’exportation, au détriment de leurs marchés traditionnels et de leur sécurité alimentaire.

Le chocolat « Made in Dubaï », décrit comme un mélange de chocolat au lait, de crème de pistache et de kadayif croustillant, est devenu un symbole de luxe pour de nombreux consommateurs. Popularisé par les réseaux sociaux grâce à des personnalités comme Sarah Hamouda, fondatrice de Fix Dessert Chocolatier, ce produit s’est rapidement imposé comme une tendance mondiale. Lancé à un prix moyen de 7 € (8 $) les 100 grammes, il a stimulé non seulement la demande pour le chocolat mais aussi, de manière significative, pour les pistaches.

En 2024, l’Union européenne a vu ses importations de pistaches (non décortiquées) augmenter de plus d’un tiers par rapport à l’année précédente, dépassant pour la première fois le milliard d’euros (1,16 milliard de dollars). Cette envolée de la demande a des répercussions directes sur les pays producteurs. En Espagne, premier producteur européen, les surfaces dédiées à la pistache ont été multipliées par cinq depuis 2017, au détriment d’autres cultures comme l’olivier. Bien que le pistachier soit considéré comme une plante adaptée aux climats chauds et secs, sa culture intensive requiert une irrigation d’appoint massive. Il faut ainsi plus de 10 000 litres d’eau pour produire 1 kg de pistaches, contre moins de 2 800 litres pour 1 kg d’arachides, dont 90 % proviennent de la pluie. Cette surconsommation d’eau pose d’énormes problèmes dans les régions arides.

De plus, la culture de la pistache, comme celle de nombreux produits agricoles prisés sur le marché mondial, se fait souvent en monoculture. Cette pratique entraîne une utilisation accrue d’engrais chimiques et de pesticides, et une vulnérabilité accrue aux maladies. Paradoxalement, malgré leur résistance à la chaleur, les pistachiers sont affectés par le réchauffement climatique qui provoque des hivers plus doux, essentiels à leur floraison.

Le phénomène matcha : une soif verte aux conséquences amères

La folie autour du thé matcha, une poudre de thé vert originaire de Chine et perfectionnée au Japon, a également des retombées négatives. Autrefois produit d’exception, le matcha est aujourd’hui plébiscité mondialement pour ses vertus antioxydantes et sa richesse en vitamines et minéraux. Son utilisation s’est étendue des cérémonies traditionnelles du thé aux lattes et aux barres chocolatées.

Masahiro Okutomi, producteur de thé, travaillant dans sa ferme, vu du cou au milieu de buissons de feuilles de thé
La demande croissante de thé matcha entraîne déjà des pénuriesImage : Philippe Fong/AFP/Getty Images

En Allemagne, les livraisons de matcha ont explosé de 240 % entre janvier et août 2024 par rapport à la même période l’année précédente, atteignant plus de 240 tonnes. Le marché mondial du matcha devrait doubler dans les cinq à sept prochaines années. Cette demande effrénée commence déjà à créer des pénuries, des exportateurs japonais majeurs signalant une disponibilité limitée de leurs produits. Chez des concurrents comme Ippodo Tea, le matcha est quasiment épuisé. À Kyoto, le prix d’achat du matcha a triplé, entraînant un doublement des prix de détail. Cette situation affecte particulièrement les artisans des cérémonies du thé et les fabricants de confiseries, certains consommateurs réduisant leur consommation, voire y renonçant.

Les petits producteurs japonais, manquant d’équipements et de ressources financières, peinent à répondre à cette demande croissante, risquant de mettre la clé sous la porte, selon Yuji Yamakita, marchand de thé indépendant. Les marchands de thé qui fournissent le marché intérieur sont particulièrement touchés par cette spéculation.

Le quinoa : un superaliment qui dévore les terres

Le quinoa, une pseudo-céréale originaire des Andes, est un autre exemple d’engouement mondial aux conséquences potentiellement négatives. Désigné comme « superaliment » depuis 2013, année internationale décrétée par la FAO, sa consommation a grimpé en flèche. Au Pérou et en Bolivie, principaux pays producteurs, les prix ont tellement augmenté que les populations locales ont du mal à s’offrir leur propre aliment de base.

Boîtes de quinoa dans un emballage allemand
Considéré comme un superaliment dans les pays industrialisés, le quinoa est un aliment de base important dans les pays andins d’Amérique du Sud.Image : Jochen Tack/IMAGO

Sur le plan environnemental, la culture intensive a également des effets néfastes. Dans les Andes, la rotation traditionnelle des cultures avec des périodes de jachère de sept ans pour permettre la régénération des sols a été raccourcie à un an. Cette pratique s’accompagne d’une utilisation accrue d’engrais chimiques, de pesticides et de machines agricoles lourdes qui compactent les sols. Des terres auparavant impropres à la culture, comme des zones désertiques en Bolivie, sont exploitées, nécessitant une irrigation massive. Cette dernière s’avère insuffisante face à des conditions climatiques de plus en plus arides. Le labour des sols dans ces régions venteuses érode la fine couche de terre arable, rendant plus difficile le retour à l’élevage, les pâturages devenant moins fertiles.

Indigènes Aymara boliviens dans une plantation de quinoa
La culture traditionnelle du quinoa n’était pas assez rapide pour répondre à la demande croissanteImage : Aizar Raldes/AFP/Getty Images

Au-delà du battage médiatique : vers une production durable

Face à ces enjeux, les organisations de commerce équitable préconisent la diversification des cultures pour les producteurs. Claudia Brück, directrice de Fairtrade Allemagne, insiste sur la nécessité de cultiver non seulement pour le marché mondial mais aussi pour les marchés locaux. Cela permettrait aux producteurs de maintenir une activité économique même lorsque les engouements s’estompent et les prix chutent.

« L’idée est de s’éloigner des monocultures », explique-t-elle. « Par exemple, cultiver du café et des céréales côte à côte rend le sol plus sain et permet aux agriculteurs de produire leur propre nourriture. On peut aussi cultiver des mangues destinées au marché international. »

Stig Tanzmann, consultant agricole pour Bread for the World, souligne que cette responsabilité incombe également aux initiateurs et promoteurs de ces tendances alimentaires. « Lorsque l’on lance un tel produit, on a une responsabilité. Il faut y réfléchir de A à Z, et pas seulement se concentrer sur le maximum de ventes possibles », conclut-il.

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