Chennai, autrefois toile de fond privilégiée des films Telugu, retrouve une place de choix au cinéma grâce à une nouvelle génération de réalisateurs. Le film Couple Friendly, premier long métrage d’Ashwin Chandrasekar, explore avec sensibilité la vie de deux jeunes adultes en quête de leur propre voie dans cette métropole animée.
Le film, sorti le 14 février 2026, suit Siva (Santosh Soban), un jeune homme originaire de Nellore, étouffé par les attentes de sa famille et aspirant à une carrière de designer d’intérieur. Il s’installe à Chennai pour un stage, espérant y trouver un peu de liberté. Parallèlement, Mithra (Manasa Varanasi), venue de Chittoor, attend désespérément une offre d’emploi à Chennai et envisage de rentrer chez elle pour un mariage arrangé.
Le destin réunit Siva et Mithra alors que leurs vies sont au plus bas. Siva, après une rupture amoureuse, peine à joindre les deux bouts et se retrouve à dormir à la belle étoile. Mithra, elle, est confrontée à l’incertitude professionnelle. Leur colocation improbable devient un point de départ pour une relation qui évolue au fil des mois, marquée par des moments de complicité, des aspirations communes et quelques frictions.
Couple Friendly dépeint avec réalisme les défis et les joies d’une vie à deux, tout en explorant d’autres formes de relations, comme celle de Prithi, une amie de Mithra qui tombe amoureuse d’un homme beaucoup plus âgé. Le film intègre habilement la langue tamoule dans les dialogues, reflétant la réalité linguistique de Chennai, et s’appuie sur la présence d’acteurs tamouls reconnus tels que Livingston et Yogi Babu pour renforcer l’authenticité du cadre.
L’atmosphère vibrante du film se maintient jusqu’à un point de bascule majeur, qui introduit un revirement narratif inattendu. Bien que cette tournure puisse sembler audacieuse pour une œuvre intimiste, Ashwin Chandrasekar parvient à la traiter avec une grande délicatesse. « Le timing de ce conflit central et la dignité avec laquelle il est abordé sont la clé de l’impact du film », souligne un critique.
Si le dernier acte du film prend parfois des teintes mélodramatiques, la sobriété de la réalisation et la qualité de l’image compensent largement ces quelques longueurs. La relation entre Siva et son frère, ainsi que le parcours de sa belle-sœur confrontée à des traitements de procréation médicalement assistée (PMA), apportent une profondeur supplémentaire à l’histoire et préfigurent les épreuves que le couple devra surmonter.
Le film accorde une attention particulière à Chennai, qui devient un témoin silencieux du parcours des protagonistes. Le directeur de la photographie, Dinesh Purushothaman, capture la ville à travers ses rues pluvieuses, ses artères animées et ses monuments emblématiques, sans tomber dans le cliché touristique. Les vues panoramiques depuis les terrasses offrent un aperçu de la vie quotidienne du couple.
La bande originale, signée Aditya Ravindran, contribue à l’atmosphère intimiste du film. Avec des ballades et des mélodies douces interprétées par des artistes tels que Pradeep Kumar, Kapil Kapilan, Sanjith Hegde, Shakthishree Gopalan et Santhosh Narayanan, la musique accompagne les émotions des personnages et les changements de ton de l’histoire.
Santosh Soban livre une performance convaincante dans le rôle de Siva, incarnant avec justesse sa transformation d’un jeune homme hésitant à un adulte responsable. Manasa Varanasi, quant à elle, apporte une touche de force tranquille au personnage de Mithra, oscillant entre ambition et vulnérabilité. Leur alchimie à l’écran est palpable, témoignant de la maturité des relations dépeintes dans le film. Goparaju Ramana et Rajeev Kanakala, dans les rôles des pères obstinés mais bienveillants, apportent une touche d’humour et d’authenticité au récit. Livingston, Yogi Babu et Sriranjani complètent habilement la distribution.
Couple Friendly, d’une durée de 121 minutes, ne révolutionne pas le genre de la comédie romantique, mais se distingue par son rythme narratif mature et sa capacité à traiter des sujets complexes avec sensibilité et réalisme. Ashwin Chandrasekar prouve qu’il est possible de créer un film grand public qui parle aux spectateurs sans sacrifier la substance de l’histoire.