Publié le 1er novembre 2025, 07:04. La campagne électorale de l’UDC dénonce une explosion des coûts liés à l’asile, présentant des chiffres alarmants pour plusieurs communes zurichoises. Cependant, ces données sont remises en question par les municipalités concernées, qui dénoncent une présentation « déformée » de la réalité.
- L’UDC affirme que les dépenses d’asile ont grimpé de plus de 2 000 % dans certaines communes entre 2021 et 2024.
- Plusieurs communes interrogées expliquent ces augmentations par des modifications comptables, des erreurs ou une prise en charge accrue de demandeurs d’asile.
- Les coûts réels nets pour les communes sont moindres grâce aux subventions fédérales et cantonales, qui ont également augmenté.
Le Parti Démocrate-chrétien (UDC) a lancé une campagne électorale axée sur une prétendue « explosion des coûts du système d’asile ». Domenik Ledergerber, président de l’UDC, a critiqué cette semaine l’augmentation des dépenses publiques liées à l’accueil des requérants d’asile, déclarant que « de plus en plus de gens viennent en Suisse », ce qui entraîne une hausse des coûts. Pour illustrer ce qu’il qualifie de « chaos de l’asile », le parti a diffusé des visuels montrant l’évolution des dépenses dans 33 communes du canton de Zurich entre 2021 et 2024. Ces illustrations, basées sur les comptes annuels des communes sélectionnées pour leur représentativité, mettent en évidence des hausses de coûts marquées par des flèches rouges.
Les chiffres avancés par l’UDC sont spectaculaires. Certaines communes verraient leurs dépenses d’asile augmenter de plus de 2 000 %. À titre d’exemple, Hittnau afficherait une progression de 2 367 %, passant de 40 487 francs en 2021 à 998 913 francs en 2024. Des augmentations notables sont également signalées à Affoltern am Albis (+ 2 138 %) et Wetzikon (+ 1 066 %).
Des modifications et erreurs dans les comptes annuels
Face à l’ampleur des augmentations annoncées, plus d’une dizaine de communes ont été sollicitées par notre rédaction. Leurs représentants déplorent une présentation « déformée » de la situation par l’UDC.
Plusieurs municipalités, dont Hittnau et Wetzikon, expliquent que les chiffres impressionnants s’expliquent en partie par des changements dans la manière de comptabiliser les dépenses. Jusqu’en 2021, les coûts étaient enregistrés en net, puis en brut à partir de cette date, entraînant une distorsion de la perception de la hausse. À Hausen am Albis, une erreur de comptabilisation a conduit à enregistrer environ 150 000 francs en double en 2024, faussant ainsi l’analyse. La commune de Kloten a vu ses coûts annoncés augmenter de près d’un million de francs, l’UDC ayant, selon la municipalité, inscrit le montant sur un compte différent en 2024 par rapport aux années précédentes. Enfin, à Affoltern am Albis, la réduction du taux d’occupation du centre cantonal pour demandeurs d’asile de Lilienberg en 2022 a entraîné une répartition des personnes vers la commune, faisant mécaniquement grimper ses coûts.
Frais d’asile : subventions financières de la Confédération et des cantons
La tendance générale à la hausse des dépenses liées à l’asile est une réalité, notamment depuis 2022 avec l’afflux de personnes fuyant la guerre en Ukraine. Le taux d’asile dans le canton de Zurich a ainsi triplé, passant de 0,5 % à 1,6 % sur la période considérée. Cette situation a exercé une pression considérable sur les communes, qui ont atteint leurs limites, notamment en matière de création de logements. La commune de Mettmenstetten témoigne d’une « situation très stressante sur le plan financier et personnel ».
Cependant, la majorité des communes interrogées souligne que les chiffres bruts ne reflètent qu’une partie de la réalité. L’augmentation du nombre de personnes accueillies s’accompagne d’une hausse des contributions financières de la Confédération et des cantons. Par conséquent, le coût net pour chaque commune est en réalité moins élevé. Christoph Rohner, secrétaire municipal de Hausen am Albis, illustre cette différence : les coûts bruts du système d’asile ont quadruplé dans sa commune durant la période étudiée, tandis que les coûts nets n’ont doublé que.
La campagne de l’UDC maintient le cap
Face aux critiques formulées par les communes, Domenik Ledergerber maintient la position de son parti. Il a défendu l’action de l’UDC en déclarant : « Nous nous référons à des chiffres accessibles au public. Si ceux-ci ne sont pas exacts, c’est un scandale. » Il souligne que les comptes annuels des communes serviront de base aux futurs débats budgétaires et qu’une désinformation du public serait inacceptable. Concernant le choix de ne présenter que les dépenses brutes, il explique : « Les communes reçoivent le soutien de la Confédération et des cantons. Ces fonds sont également payés par la population. C’est pourquoi nous montrons les coûts bruts. »
L’UDC maintient donc sa ligne et prévoit de continuer à diffuser ses graphiques, inchangés, dans divers médias locaux jusqu’à Noël.
Bulletin
Zurich aujourd’hui
Recevez des actualités sélectionnées et des informations générales sur la ville et la région.
Simone Steiner est rédactrice en chef au Tages-Anzeiger. Elle écrit sur l’actualité dans les domaines de la politique, de l’économie et de la société.
Vous avez trouvé une erreur ?Signalez-le maintenant.