Publié le 20 février 2024. Le nouveau film du réalisateur Sang-il Lee, « Kokuho », plonge le spectateur dans l’univers fascinant du théâtre kabuki japonais, explorant à travers une fresque de cinquante ans les ambitions et les désillusions de deux artistes rivaux.
- « Kokuho » est devenu le plus grand succès d’action réelle au Japon.
- Le film suit l’évolution de deux jeunes apprentis kabuki, Kikuo et Shunsuke, de leur rencontre à Nagasaki en 1964 jusqu’à l’apogée de leur carrière dans les années 1970.
- L’œuvre explore les thèmes de l’amitié, de l’ambition, du talent et du poids des origines dans le monde impitoyable du spectacle.
Sang-il Lee dépeint avec une sensibilité particulière le monde du kabuki, une forme d’art théâtral japonais alliant danse, drame et musique. Le film ne se contente pas de montrer les performances sur scène, mais explore également les coulisses, les rigueurs de l’apprentissage et les dynamiques complexes entre les acteurs. L’attention portée aux détails, notamment au maquillage élaboré – qui a d’ailleurs été récompensé par une nomination aux Oscars – témoigne du respect du réalisateur pour cet art ancestral.
L’histoire commence en 1964 à Nagasaki, où Kikuo (Soya Kurokawa), un adolescent de 14 ans, impressionne Hanjiro (Ken Watanabe), une figure légendaire du kabuki, lors d’une représentation du Nouvel An. Suite à la mort de son père, un chef yakuza, Kikuo est recueilli par Hanjiro, qui décide de le prendre sous son aile. Il intègre alors, avec Shunsuke (Keitatsu Koshiyama), le fils de Hanjiro, le studio du maître à Osaka pour devenir des « onnagata », des acteurs masculins spécialisés dans l’interprétation de rôles féminins.
Les années passent et, dans les années 1970, Kikuo (Ryo Yoshizawa) et Shunsuke (Ryusei Yokohama) sont devenus des interprètes adulés. Cependant, leurs personnalités divergent. Kikuo reste humble et réservé, tandis que Shunsuke se révèle plus extraverti et aime attirer l’attention. Hanjiro continue de croire en eux, mais chacun est confronté à des obstacles spécifiques. Kikuo, bien que talentueux, souffre de son origine liée au milieu yakuza, un handicap dans un monde où la filiation est primordiale. Shunsuke, quant à lui, bénéficie de son statut de fils de Hanjiro, mais manque de la technique raffinée de son ami.
Le film, adapté d’un roman de Shuichi Yoshida, explore les nuances de leur relation et les pressions liées à la quête de la perfection artistique. Lee ne cherche pas à juger ses personnages, mais à les présenter dans toute leur complexité, avec leurs forces et leurs faiblesses. Il dépeint un univers où le talent seul ne suffit pas, où les compromis et les sacrifices sont inévitables. « Kokuho », qui signifie « trésor national », interroge ainsi la notion même de grandeur et la manière dont elle est perçue par la société.
L’œuvre est un mélodrame riche en rebondissements – scandales, trahisons, retournements de situation inattendus – mais Lee aborde ces éléments avec une certaine distance, sans céder au sensationnalisme. Il privilégie une approche subtile et nuancée, mettant en lumière la persévérance et la résilience de ses personnages. Yoshizawa et Yokohama livrent des performances remarquables, incarnant avec justesse la tendresse et les tensions qui animent l’amitié de Kikuo et Shunsuke.
‘Kokuho’
En japonais avec sous-titres
Non noté
Durée du film : 2 heures et 54 minutes
À l’affiche : Sortie limitée le vendredi 20 février