Publié le 2025-10-11 19:10:00. Après avoir marqué les esprits avec son premier film d’horreur « The Strangers », Bryan Bertino revient avec « Vicious », un thriller psychologique qui plonge une jeune femme dans un abîme d’hallucinations. Le réalisateur opte pour une approche déroutante, misant sur la forme au détriment de la narration.
- « Vicious » suit une jeune femme tourmentée par des hallucinations dont l’origine et la nature restent floues.
- Le film peine à susciter l’empathie pour son personnage principal, Polly, interprétée par Dakota Fanning.
- Malgré une atmosphère travaillée, le long-métrage souffre d’un manque de développement narratif et d’une fin précipitée.
Bryan Bertino, connu pour avoir créé la franchise « The Strangers » où trois individus masqués terrorisent un couple, a toujours privilégié les huis clos angoissants, sans pour autant faciliter l’identification du spectateur avec ses personnages. Son dernier opus, « Vicious », confirme cette tendance en adoptant une distance audacieuse, voire déconcertante.
Le film se présente sous un titre générique, « Vicious », et met en scène une jeune femme, Polly (Dakota Fanning), visiblement en proie à des hallucinations. Le scénario, cependant, offre peu d’indices sur la cause de ses tourments ni sur leur signification. Bertino ne cherche pas à susciter la sympathie pour son héroïne, ni à donner un sens clair à sa détresse. C’est une approche radicale de l’horreur, entièrement fondée sur une exécution formelle qui risque de laisser le public sur sa faim. C’est d’ailleurs ce qui arrive avec « Vicious », désormais disponible sur le service de streaming Paramount+, après avoir été retiré du calendrier de diffusion en salles du studio.
Bertino parvient néanmoins à tirer parti de la performance de Fanning. La séquence d’ouverture la montre baignée d’une lumière rouge, accompagnée d’une voix off, dont le propos, vague, est néanmoins délivré avec un désespoir palpable, potentiellement suicidaire. L’impression que quelque chose la ronge persiste dans les scènes suivantes, où l’on voit Polly, confinée chez elle pendant les fêtes, se préparer mollement à un entretien d’embauche et tenter de rassurer sa mère au téléphone.
Ces premiers instants, empreints d’une noirceur certaine, posent une atmosphère. Mais le film ne tarde pas à précipiter Polly dans l’action. Si « Vicious » partage avec des classiques de l’horreur comme « Répulsion » ou « Rosemary’s Baby » de Roman Polanski une focalisation sur un personnage féminin fragile, Bertino adopte une approche plus abrupte. Au lieu d’une lente descente dans la folie, le film plonge directement dans des hallucinations fébriles, s’épuisant rapidement à tenter de maintenir cette intensité.
La véritable intrigue se déclenche lorsque Polly reçoit une boîte mystérieuse d’une vieille femme à la voix rauque et envoûtante (Kathryn Hunter, incontournable dans ce type de rôle). Un sablier accompagne la boîte, ainsi qu’une série d’instructions énigmatiques : donner à la boîte « quelque chose que vous détestez, quelque chose dont vous avez besoin, quelque chose que vous aimez ». Ces consignes, d’une précision technique déroutante, forcent Polly à explorer ses traumatismes les plus intimes. Cela mène à des apparitions de membres coupés et d’inconnus à l’allure suspecte, qui effraient Polly en lui tapant sur l’épaule avant de disparaître.
Ces images relèvent d’un répertoire horrifique familier et peu surprenant, mais « Vicious » parvient à maintenir une atmosphère singulière pendant un certain temps. Une cheminée crépite, projetant une lueur morne sur le salon de Polly, la seule source de chaleur dans cette maison étrangement vaste. Le domicile donne l’impression d’exister au bout du monde, à tel point que Polly se précipite brièvement chez un voisin pour chercher un peu de normalité. Cependant, lorsque cet inconnu finit par être possédé en quelques minutes, se poignardant au visage et renvoyant Polly dans le froid, il semble que tout autre développement aurait été moins logique. L’ambiguïté règne lorsque le film suggère que tout pourrait se dérouler dans l’esprit de la protagoniste.
Cette idée se renforce lorsque Polly commence à être hantée par des visions de ses proches. Bertino s’abstient scrupuleusement de développer son passé, une limite qu’il s’impose et qui empêche finalement le film de créer une connexion émotionnelle profonde, tout en soulignant davantage l’isolement de Polly. Un moment marquant survient tôt, lorsqu’un appel entre Polly et sa mère se transforme en cauchemar, la voix au bout du fil devenant plus insensible et sinistre. C’est une astuce que « Vicious » utilise judicieusement, ses rares personnages secondaires offrant à Polly un bref répit avant de se révéler comme des réceptacles du démon qui la tourmente. La performance tendue et nerveuse de Fanning prend vie dans ces moments, où la confiance ébranlée de Polly et sa peur de la trahison se traduisent par une autodestruction blessée, laissant une empreinte durable dans l’esprit du spectateur.
Cependant, « Vicious » reste avant tout une œuvre engourdissante. L’exposition personnelle est réduite au minimum, tandis que Bertino multiplie les rebondissements, recourant à des sursauts sonores répétitifs qui donnent l’impression de se réinitialiser constamment. Alors que Polly explore les recoins sombres de son psychisme, le film échoue à construire une narration à la hauteur de cette introspection. Il se dilue dans une forme d’approximation et de superficialité, sans aucun élément distinctif pour le recentrer. Le malaise n’est pas un défaut en soi, surtout dans le genre de l’horreur. Encore faut-il savoir le manier avec efficacité.
« Vicious » est désormais diffusé sur Paramount+.