Publié le 2025-10-11 14:21:00. Les Centers for Disease Control and Prevention (CDC) tirent la sonnette d’alarme : les infections causées par des bactéries multirésistantes, surnommées « bactéries cauchemardesques », connaissent une augmentation inquiétante. Cette tendance pourrait compliquer considérablement le traitement des infections bactériennes graves.
- Les Entérobactéries résistantes aux carbapénèmes (ERC) sont devenues plus fréquentes, avec une hausse de près de 70 % des infections qu’elles provoquent.
- Le gène NDM, conférant une résistance accrue aux antibiotiques, est particulièrement en cause, avec une augmentation de 460 % des infections associées.
- Ces « superbactéries » posent un risque sérieux dans les établissements de santé et pourraient nécessiter des traitements plus lourds, voire une hospitalisation, même pour des infections courantes.
Les CDC, l’agence américaine de référence pour le contrôle et la prévention des maladies, ont diffusé une alerte sanitaire soulignant une croissance alarmante des infections difficiles à traiter, causées par des bactéries particulièrement virulentes et résistantes aux médicaments. Les chercheurs des CDC ont identifié, dans une étude publiée le 23 septembre dans les *Annals of Internal Medicine*, que ces bactéries, connues sous le nom d’Entérobactéries résistantes aux carbapénèmes (ERC), ont vu leur prévalence augmenter significativement depuis 2019, juste avant le début de la pandémie de COVID-19.
Le terme « bactéries cauchemardesques » a été popularisé en 2013 par l’ancien directeur des CDC, Tom Frieden, pour désigner ces ERC. Les carbapénèmes, auxquels elles doivent leur nom, ne sont pas des antibiotiques anodins ; il s’agit de molécules à large spectre parmi les plus puissantes, réservées aux cas d’infections bactériennes graves, souvent lorsque les traitements plus courants ont échoué. Elles sont employées pour traiter des affections complexes comme certaines pneumonies, méningites, infections urinaires, respiratoires, sanguines ou cutanées.
La résistance aux antibiotiques se développe lorsque les bactéries acquièrent la capacité de survivre aux médicaments conçus pour les éliminer. Ce phénomène, accéléré par une utilisation accrue des antibiotiques, renforce leur pouvoir et peut conduire à la transmission de ces « supermicrobes » de personne à personne, notamment dans les environnements médicaux. Si les ERC sont encore considérées comme relativement rares et souvent associées aux séjours hospitaliers, leur progression rapide suscite une vive préoccupation.
L’étude menée sur 4 341 cas d’infections à ERC dans des hôpitaux de 29 États a révélé une augmentation de 69 % des infections résistantes aux carbapénèmes entre 2019 et 2023. Cette hausse est en grande partie attribuée au gène NDM, qui produit une enzyme capable de neutraliser les antibiotiques, rendant les bactéries porteuses extrêmement difficiles à éradiquer. Le nombre d’infections causées par des ERC porteuses du gène NDM a explosé de 460 % sur la même période.
Ces infections multirésistantes représentent un danger particulier dans les milieux de soins, car leur traitement est limité à deux antibiotiques spécifiques, rares et coûteux, administrés par voie intraveineuse. Une infection urinaire, normalement gérable à domicile avec des antibiotiques oraux, pourrait ainsi nécessiter une hospitalisation prolongée en présence de bactéries NDM. Les chercheurs soulignent que de nombreux porteurs de CRE pourraient ignorer leur statut, facilitant ainsi la propagation communautaire. L’étude a également été limitée par le manque d’équipement de certains hôpitaux pour les tests et les rapports, ainsi que par l’absence de plusieurs États clés comme la Californie, New York, la Floride et le Texas.
Les CDC précisent que le CRE peut se propager par contact direct, via des mains mal lavées, des plaies, des selles ou des équipements médicaux contaminés. Les patients sous traitement antibiotique prolongé, utilisant des dispositifs médicaux (respirateurs, cathéters) ou dont le système immunitaire est affaibli sont particulièrement vulnérables.
Ces observations s’inscrivent dans un contexte plus large de recrudescence des infections résistantes aux antibiotiques. Une autre étude publiée en avril dans les *Annals of Internal Medicine* a montré une augmentation de 182 à 193 infections résistantes pour 10 000 hospitalisations pendant et après la pandémie de COVID-19. Un rapport spécial des CDC de 2022 a estimé qu’en 2020, les CRE avaient causé environ 12 700 infections et 1 100 décès aux États-Unis.