Publié le 16 octobre 2025 08:08:00. Les acteurs économiques argentins sont suspendus aux élections du 26 octobre, craignant une dévaluation du peso, quelle que soit l’issue du scrutin. Les soutiens financiers promis par les États-Unis visent à lisser une transition potentiellement chaotique vers un nouveau régime de taux de change.
- Le dollar aura un prix différent après le 26 octobre, prévoient les experts financiers.
- L’aide américaine est conçue pour organiser une transition ordonnée plutôt que pour dicter une politique de taux de change spécifique.
- L’incertitude règne quant au régime de change qui sera adopté, malgré les assurances officielles.
À Mar del Plata, lors du 61e colloque IDEA, l’inquiétude est palpable parmi les dirigeants d’entreprise et les banquiers concernant l’avenir du taux de change. Si les annonces du Fonds Monétaire International (FMI) faites en avril suscitent peu d’enthousiasme, c’est surtout l’opacité concernant la trajectoire du dollar qui préoccupe. L’annonce d’un possible soutien américain pouvant atteindre 40 milliards de dollars, suite aux déclarations de Donald Trump après la visite de Javier Milei à la Maison Blanche, n’a pas dissipé le brouillard. Eduardo Gorsch, PDG de Siemens, admet ne pas savoir quel système de taux de change prévaudra après les élections.
« Ils vont devoir le laisser flotter ; ils n’ont pas d’autre alternative », confie un banquier, sous couvert d’anonymat. Ce dernier estime que le soutien américain servira à lisser la transition. Un autre responsable financier anticipe un changement de régime économique post-électoral, où l’accumulation de réserves de dollars deviendra prioritaire, non pas pour maintenir un taux de change artificiel, mais pour honorer la dette. L’impact potentiel sur l’inflation est une préoccupation, bien que la consommation, si elle reste modérée, pourrait limiter la répercussion sur les prix. Pour les États-Unis et le FMI, la viabilité de la dette argentine, confrontée à des échéances de 30 milliards de dollars, demeure la priorité absolue.
Gustavo Salinas, président de Toyota Argentine, décrit la situation actuelle comme marquée par la « volatilité et l’incertitude à cause des élections », tout en se montrant plus mesuré quant à un impact majeur sur le dollar. Les prix des véhicules, fortement liés au taux de change, sont particulièrement sensibles à ces fluctuations. Les entreprises du secteur agroalimentaire, dont les intrants sont majoritairement importés, partagent cette préoccupation : une forte hausse du dollar rendrait difficile l’absorption de ces coûts sans répercussions sur les prix finaux.
Le gouvernement tente de contenir la pression inflationniste due à la volatilité du dollar en s’appuyant sur les importations – comme l’ouverture de quotas pour les voitures électriques ou l’augmentation des capacités d’acheminement de produits étrangers – et sur une consommation de masse qui peine à décoller. Les entreprises, quant à elles, se protègent en reconstituent des stocks importés. Les services, tels que la vente de billets d’avion pour l’étranger, montrent également un ralentissement, les acheteurs craignant l’évolution du dollar dès l’été prochain.
Federico Amos, président d’Acindar, constate une reprise de l’activité en 2025 à des niveaux bas, similaires à ceux de l’année précédente. Il souligne qu’une macroéconomie désormais en ordre est redevenue volatile en raison des élections. Il anticipe une croissance « légère » pour 2026 et appelle à une amélioration des conditions microéconomiques. Comme de nombreux chefs d’entreprise réunis à IDEA, il plaide pour des réformes fiscales et du travail, promesses du gouvernement qui dépendent cependant du soutien du Congrès et de l’espace budgétaire. Les discussions autour de ces réformes auraient déjà débuté. L’exécutif insiste par ailleurs sur un retour à la normale des financements pour les entreprises, notamment en matière de crédits de roulement, et plaide pour des conditions d’ouverture commerciale similaires à celles appliquées avec la Chine, une orientation en phase avec la politique de Donald Trump.
Un industriel, souhaitant rester anonyme, critique les coûts élevés supportés par les entreprises en dollars, la disparité dans la réduction des impôts et l’ouverture commerciale, ainsi que l’absence d’un plan de croissance clair au-delà de la stabilité macroéconomique. « Le micro réclame de l’attention. Cela commence à générer un manque d’emplois dans les périphéries. Les PME sont en grande difficulté, ne parvenant ni à se financer, ni à rembourser leurs crédits en raison des taux élevés et de la faible activité. De surcroît, nous payons des impôts du monde d’avant », explique-t-il, faisant référence à la pression fiscale héritée du kirchnérisme et à l’ouverture insuffisant du modèle Mileista.
Dans le monde agricole, la confiance subsiste malgré les impôts et les coûts élevés. Nicolás Pino, président de la Société rurale, espère un « calme après le 27 octobre » et met en avant la « confiance » générée par le soutien américain. Il anticipe que Javier Milei et son équipe chercheront à faire adopter des réformes au Congrès pour la seconde partie de leur mandat. Un représentant d’entreprises nord-américaines en Argentine abonde dans ce sens, précisant que « ce sera le temps des gouverneurs », particulièrement pour les « questions législatives ». Les entreprises américaines dans des secteurs clés se disent prêtes à investir, et le secrétaire au Trésor américain a publiquement plaidé pour un traitement de faveur pour ces investisseurs.
Alors que le gouvernement s’efforce de stabiliser le monde financier et le marché des changes pour assurer des élections plus équitables, certains entrepreneurs déplorent une déconnexion avec la réalité quotidienne de la population. Ils évoquent le discours de Javier Milei à la Movistar Arena, comparant la situation à celle vécue sous la présidence de Mauricio Macri. Un chef d’entreprise industrielle rapporte avoir entendu des conversations dans la rue évoquant l’impossibilité de payer les dépenses et l’insuffisance des revenus. Il met en garde contre l’impact de la restructuration productive envisagée par le gouvernement : « Celui qui vit à Ingeniero Budge ne travaillera pas dans une mine », affirme-t-il, soulignant la nécessité d’une transition plus cohérente avec les bassins d’emploi existants.