Publié le 20 février 2026. L’exposition « Grijs ! L’art sur le vieillissement » au Museum van Bommel van Dam à Venlo aborde avec une fraîcheur déconcertante un sujet souvent tabou : le vieillissement, à travers une sélection d’œuvres d’art audacieuses et parfois dérangeantes.
L’exposition, visible jusqu’au 14 juin 2026, ne se contente pas de contempler le passage du temps, elle le met en scène, le questionne et le déconstruit. Loin des clichés habituels, elle propose une réflexion nuancée sur la vieillesse, la beauté, la physicalité et la place des seniors dans notre société.
Dès l’entrée, l’exposition déjoue les attentes. L’introduction, avec son mobilier d’un autre temps – une table à manger massive et une lampe de table évoquant le passé – invite à une écoute attentive. Un téléphone d’occasion permet d’entendre des témoignages sur la beauté de vieillir, tandis qu’une invitation est lancée au public : partager sa propre sagesse sur un carreau.
Mais c’est en entrant dans les salles que l’exposition révèle toute sa force. Le portrait saisissant de Diana Blok, immortalisant le décolleté assumé de sa mère paré d’un collier de perles, marque les esprits. S’ensuivent alors une succession d’œuvres puissantes, culminant avec le film Progrès vs régression (2016) de Mélanie Bonajo. Pendant 67 minutes, près d’une centaine d’hommes et de femmes se livrent à cœur ouvert, partageant leurs réflexions sur l’évolution de la société, le temps qui passe et l’inéluctabilité de la mort. L’absence de nostalgie et l’authenticité des témoignages frappent par leur réalisme.
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Diana Block, « Mère » (1996)
Photo Diana Blok/Collection du Musée d’Arnhem
L’exposition ne se limite pas à une exploration de la vieillesse féminine. Les œuvres de Joan Semmel, avec ses nus audacieux, et de Lique Schoot, avec son projet d’autoportrait sur 42 jours, témoignent d’une volonté de briser les tabous et de célébrer le corps tel qu’il est, dans toute sa complexité.
Un point faible est cependant à noter : la quasi-absence de représentation masculine, tant parmi les artistes que les modèles. Un manque qui soulève la question du regard masculin et de la manière dont il influence notre perception du vieillissement.
« Le point faible de ‘Grijs !’ sont les hommes. Il n’y en a presque pas, ni comme artistes ni comme modèles. »
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L’exposition propose également des œuvres plus décalées, comme la vidéo humoristique de Pauline Curnier Jardin sur les pratiques sexuelles des personnes âgées, ou la performance poignante de Wen Hui avec sa grand-tante, dansant ensemble dans une cour de ferme. Ces moments de légèreté et d’intimité offrent un contrepoint rafraîchissant aux réflexions plus sombres sur le temps qui passe.
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Capture d’écran du film « Progress vs. Regress » (2016) de Melanie Bonajo.
Photo Mélanie Bonajo
En définitive, « Grijs ! » est une exposition qui invite à repenser notre rapport au vieillissement, à embrasser la beauté de l’âge et à célébrer la richesse de l’expérience. Une visite s’impose, et mérite au moins quarante minutes d’attention.

Lique Schoot, « 42 jours avec des serviettes pour cheveux » (2005-2025).
Photo Lique Schoot

Isadora Kosofsky, de la série « Senior Love Triangles » : « Will regarde Jeanie par la fenêtre » (2012).
Photo Isadora Kosofsky
Le regard masculin
L’exposition aurait pu gagner à accueillir davantage d’œuvres mettant en scène des hommes âgés. Il semble que le vieillissement masculin soit moins souvent exploré par les artistes, peut-être en raison d’une certaine réticence à aborder ce sujet délicat.
Néanmoins, « Grijs ! » offre une perspective rafraîchissante sur le vieillissement, en mettant en lumière la beauté, la complexité et la dignité des personnes âgées. Une exposition à ne pas manquer pour tous ceux qui souhaitent repenser leur regard sur le temps qui passe.