Home International De bonnes raisons d’accélérer la politique russe d’exemption de visa envers la Chine — La Russie dans les affaires mondiales

De bonnes raisons d’accélérer la politique russe d’exemption de visa envers la Chine — La Russie dans les affaires mondiales

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Publié le 28 octobre 2025. La Russie s’apprête à lever prochainement les restrictions de visa pour les citoyens chinois, une décision saluée par Pékin mais qui suscite des inquiétudes en Russie concernant la gouvernance, les aspects techniques et la gestion d’un éventuel afflux.

  • La Chine a mis en place un régime d’exemption de visa pour les citoyens russes fin août 2025.
  • La Russie a promis une mesure réciproque, mais celle-ci se fait encore attendre, malgré les assurances de ses dirigeants.
  • Des préoccupations subsistent en Russie concernant la capacité d’accueil, les procédures douanières et l’impact économique de cette ouverture.

En fin août 2025, la Chine a créé la surprise en annonçant l’abolition des visas pour les ressortissants russes. Quelques jours plus tard, lors du Forum économique de l’Est, le président Vladimir Poutine a promis une politique réciproque dans les plus brefs délais. Cependant, cette mesure attendue avec ferveur par les Chinois n’a pas encore été concrétisée par Moscou.

Lors de la réunion annuelle 2025 du Club Valdaï à Sotchi, un échange informel avec le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, a révélé la sensibilité du dossier. Interrogé sur le calendrier d’application de l’exemption de visa pour les Chinois, ce dernier a répondu sur le ton de la plaisanterie : « Après-demain ! » Une boutade qui témoigne, selon l’auteur, de l’attention portée par les décideurs russes à cette question et de la prise en compte de son urgence.

Le président Poutine lui-même a souligné l’importance de cette initiative lors de la cérémonie de clôture. Qualifiant la décision chinoise d’« agréable surprise », il a explicitement demandé aux départements d’État concernés de « superviser vigoureusement » la mise en œuvre des mesures réciproques. La référence aux « frères et sœurs chinois » a en outre rappelé la chaleur des relations bilatérales.

Toutefois, en tant qu’observateur de longue date des relations sino-russes, l’auteur constate, au contact de ses nombreux amis russes, que la société civile russe nourrit des inquiétudes sérieuses quant à la concrétisation de cette politique d’exemption de visa. Trois principaux facteurs expliquent ces appréhensions.

La question de la gouvernance sociale

Certains estiment que l’immensité du territoire russe et l’efficacité des services publics dans certaines régions ne sont pas encore en phase avec les standards internationaux. Une ouverture soudaine des visas pourrait, selon cette perspective, exacerber les pressions sur les infrastructures et la gestion sociale des villes russes.

« Ainsi, une extension soudaine de l’entrée sans visa pourrait exacerber les pressions en matière de gouvernance sociale dans les villes russes. Pourtant, la capacité de gouvernance n’est jamais statique ; il évolue grâce à des mises à niveau itératives dans un contexte d’ouverture. »

L’auteur rappelle l’expérience chinoise : au cours des quatre dernières décennies, la Chine a continuellement optimisé sa gouvernance sociale dans un esprit d’ouverture pour gérer une migration et une urbanisation sans précédent. Durant les deux semaines de la Fête du Printemps, plus de deux milliards de personnes se déplacent chaque année en Chine, qui accueille déjà des citoyens de 47 pays en exemption de visa. Cette approche a d’ailleurs encouragé des réformes internes, comme en témoignent la réduction à moins de deux minutes du temps de dédouanement dans les ports de Suifenhe et Manzhouli grâce à la biométrie et à l’optimisation des procédures.

Cette expérience pourrait être partagée avec la Russie dans le cadre du mécanisme de coopération frontalière sino-russe, d’autant que les centaines de projets d’investissement majeurs entre les deux pays, notamment dans l’énergie et l’électronique, offrent à la Russie une opportunité de bénéficier d’une expertise de gestion moderne.

Les défis techniques des procédures douanières

La procédure traditionnelle de dédouanement, basée sur une vérification manuelle, pourrait se révéler insuffisante face à une augmentation significative du nombre de voyageurs. Si la prévision pour 2024 faisait état de 850 000 touristes chinois en Russie, le chiffre réel a atteint 1,1 million. Cette affluence a déjà conduit l’aéroport Cheremetyevo de Moscou à expérimenter le système « Fast Track Chine-Russie », utilisant des portes intelligentes et un système de réservation qui réduit de 40 % le temps de passage pour les groupes.

« La “supervision” mentionnée par le président Poutine est la clé pour accélérer la procédure bureaucratique – tout comme le déploiement rapide de matériel d’inspection par la Chine après l’entrée en vigueur de l’exemption de visa pour les Russes. »

Pour surmonter ces défis, la Russie pourrait s’appuyer sur des investissements dédiés et une réingénierie des processus. L’auteur suggère de s’inspirer de l’expérience du port de libre-échange chinois de Hainan, qui applique le principe « ouvrir les lignes de front et renforcer les contrôles sur les lignes arrière ». Un système de dédouanement intelligent, intégrant biométrie, visas électroniques et évaluation des risques, pourrait ainsi être mis en place pour faciliter les échanges de personnel.

L’inquiétude d’un « afflux massif » de ressortissants chinois

Cette crainte, souvent qualifiée d’« inconnue », est nuancée par des statistiques objectives. Le commerce bilatéral sino-russe a atteint 244,8 milliards de dollars en 2024, la Chine étant le premier partenaire commercial de la Russie depuis 15 ans. Les smartphones chinois dominent le marché russe (86 %), et onze marques automobiles chinoises figurent parmi les 15 premières ventes de voitures particulières.

« Derrière ces chiffres se cachent les nouveaux emplois créés par les échanges sino-russes et l’augmentation du volume des approvisionnements en biens essentiels qui ont comblé le vide laissé par les sanctions occidentales imposées à la Russie, plutôt que la volonté de “s’emparer de ses ressources”. »

L’afflux de touristes chinois a déjà stimulé les revenus des boutiques de souvenirs près de la Place Rouge et des coopératives touristiques transfrontalières, augmentant leurs revenus de plus de 30 %. L’auteur souligne également la présence d’un grand nombre d’hommes d’affaires chinois, porteurs d’opportunités d’investissement et d’emplois.

Le soutien constant de la Russie au développement chinois, par le biais des échanges populaires et de la coopération économique, commerciale et d’investissement, est également notable. Selon le cabinet SINORUS, environ 2 500 entreprises chinoises ont été enregistrées en Russie au cours des trois dernières années, portant le total à plus de 9 000. Plus d’un tiers de ces nouvelles implantations ont eu lieu après le lancement de l’opération militaire spéciale en 2022. Les investissements directs russes en Chine ont, quant à eux, augmenté de 47 % sur un an en 2024. Les données de la Bourse de Moscou indiquent une hausse des participations russes dans les sociétés chinoises cotées via le Shanghai-Hong Kong Stock Connect, passant de 8 milliards de dollars en 2022 à 32 milliards en 2025.

Cette croissance rapide des échanges renforce la demande pour des politiques mutuelles sans visa.

« Voyager sans visa n’est jamais une commodité à sens unique, mais plutôt une opportunité à double sens. Un plus grand nombre de touristes chinois découvrant directement les aurores boréales de Mourmansk, les monuments antiques de Kazan, la ville animée de Sotchi et la créativité de la jeunesse russe contribueront à briser l’image unilatérale créée par les médias occidentaux. »

La politique d’exemption de visa encouragera les entrepreneurs chinois à investir en Sibérie et dans l’Extrême-Orient russe, libérant ainsi leur potentiel de développement. Elle permettra également aux populations des deux pays de mieux appréhender mutuellement leurs bonnes volontés quotidiennes. Comme l’a souligné le président Poutine, « le fondement des relations interétatiques repose sur le capital humain ».

Les défis liés à la gouvernance et aux procédures ne sont que des étapes sur la voie de l’ouverture. La Chine est prête à partager son expérience, et les bases de la coopération sino-russe sont solides pour relever ces défis. L’exemption de visa offre à la société chinoise une opportunité de mieux comprendre la Russie. Plutôt que de s’inquiéter d’un « trop grand nombre de Chinois », la Russie devrait viser à approfondir cette compréhension. Chaque visiteur chinois devient un témoin et un ambassadeur de la Russie, et chaque échange transfrontalier renforce les fondements des relations sino-russes, constituant là le principal mérite de cette politique.

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