Publié le 10 octobre 2025. Une situation alarmante met en lumière l’exploitation économique dont sont victimes les personnes en situation de handicap intellectuel en Corée du Sud. Un cas récent révèle des détournements de fonds massifs, terwijl les statistiques confirment la prévalence de ces abus.
- Une femme handicapée intellectuelle aurait été victime d’un détournement de fonds s’élevant à plus de 400 millions de wons (environ 270 000 euros).
- L’exploitation économique représente une part significative des abus signalés envers les personnes handicapées intellectuelles.
- Les experts appellent à la mise en place de systèmes de soutien pour aider ces personnes vulnérables à prendre des décisions.
L’affaire Han Young-sook (nom fictif), 60 ans, est révélatrice des dérives subies par certaines personnes en situation de handicap intellectuel. Depuis 2020, elle travaillait et résidait dans un conteneur sur le site d’une brocante appartenant à un certain Monsieur Kim. Or, la rémunération n’a jamais été conforme, et la situation s’est aggravée en 2022 lorsque le mari de Mme Han, malade, a transféré la propriété d’un appartement à son nom. M. Kim aurait alors utilisé ce bien immobilier comme garantie pour contracter des prêts, détournant ainsi les fonds et procédant à des achats de terrains ainsi qu’à l’émission de cartes de crédit au nom de Mme Han. Un responsable d’un cabinet d’avocats spécialisé dans le droit du travail, saisi par la sœur aînée de Mme Han, a estimé le préjudice à plus de 400 millions de wons.
Mme Han a déposé une plainte auprès du Bureau du travail en mai dernier, invoquant une violation de la loi sur les normes du travail. Une plainte pénale pour escroquerie et tentative d’escroquerie devrait être déposée prochainement auprès de la police. Le cabinet d’avocats a souligné que M. Kim exploitait le fait que Mme Han, par pudeur, ne s’était pas enregistrée comme personne handicapée, se retranchant derrière une prétendue relation de partenariat. Un récent test de quotient intellectuel a révélé que celui de Mme Han est de 53, la plaçant dans la catégorie du handicap intellectuel (inférieur ou égal à 70).
Les statistiques nationales corroborent l’ampleur du problème. Selon le « Rapport de situation 2024 sur les abus envers les personnes handicapées », publié par le ministère de la Santé et du Bien-être social et l’Agence centrale pour la protection des droits des personnes handicapées, les abus envers les personnes handicapées intellectuelles ont représenté 937 cas (64,7 %) l’année dernière, soit le taux le plus élevé tous handicaps confondus. Il est toutefois précisé que ces chiffres ne concernent que les cas signalés et reconnus par les organisations de défense des droits, le nombre réel étant probablement bien supérieur.
Parmi ces abus, l’exploitation économique – incluant le détournement de biens ou le travail forcé – a été recensée dans 273 cas, soit 20,8 % de l’ensemble des abus commis envers les personnes handicapées intellectuelles. Ce chiffre représente le plus haut niveau enregistré ces cinq dernières années. Dans un contexte où ces personnes aspirent à une participation sociale et économique accrue, il est symptomatique que les auteurs de ces exploitations soient majoritairement des connaissances ou des membres de la famille (179 cas par des connaissances et 81 par des membres de la famille, soit 95,2 % du total).
Les cas d’exploitation économique vont jusqu’à l’utilisation de personnes handicapées à des fins criminelles. Récemment, un homme d’une cinquantaine d’années, souffrant de handicap intellectuel, a été manipulé par un ancien camarade de classe qui lui a promis un gain financier en échange de son nom et de sa carte d’identité. Ce dernier a ensuite ouvert 11 téléphones portables et comptes bancaires à son nom, participant ainsi à des fraudes connues sous le nom de « téléphones Daepo » et « comptes Daepo ». Lee Kun-hee, militant au Centre juridique d’intérêt public Fighting Chance, constate une recrudescence des cas où des criminels exploitent la vulnérabilité et le faible sens économique des personnes handicapées intellectuelles pour commettre des délits.
Face à cette situation préoccupante, les experts insistent sur la nécessité de renforcer les systèmes de soutien social. Choi Jeong-gyu, directeur de l’Institut de recherche de Gyeonggi sur les droits des personnes handicapées, souligne : « Il faut s’occuper d’eux. Les personnes handicapées qui n’ont personne pour les aider sont négligées. C’est pourquoi nous avons besoin d’un système national de responsabilité pour les personnes handicapées. » Ce système impliquerait la prise en charge par l’État des services essentiels à la survie, à la vie privée et à la participation sociale. Lee Kun-hee ajoute que si la participation sociale des personnes handicapées intellectuelles progresse, les structures d’accompagnement ne suivent pas. Il plaide pour la mise en place d’un système de soutien communautaire où les pairs handicapés, les travailleurs sociaux et d’autres acteurs aideraient activement les personnes handicapées intellectuelles dans leurs prises de décision.