Publié le 2025-11-08 23:24:00. Des rats surmulots s’attaquent à des chauves-souris dans le nord de l’Allemagne, un comportement inhabituel qui révèle une dynamique complexe et potentiellement dangereuse entre ces espèces en milieu urbain.
Une vidéo capturée dans une grotte du nord de l’Allemagne a révélé une scène surprenante : un rat surmulot bondissant dans les airs pour attraper une chauve-souris en plein vol. Loin d’être un incident isolé, ce comportement s’inscrit dans un schéma plus vaste qui redéfinit les interactions entre ces animaux dans nos villes, selon une étude rapportée par le National Geographic le 7 novembre 2025.
L’équipe de recherche dirigée par Mirjam Knörnschild, directrice du laboratoire d’écologie comportementale et de bioacoustique au musée d’histoire naturelle de Berlin, a documenté ces attaques à l’aide de caméras infrarouges dans deux grottes du nord de l’Allemagne, des sites pourtant vitaux pour l’hibernation des chauves-souris. Les scientifiques ont découvert une cinquantaine de carcasses de chauves-souris conservées par les rats, confirmant qu’il ne s’agissait pas d’un fait isolé.
« Nous avons compris qu’il ne s’agissait pas d’un événement isolé », a déclaré Mirjam Knörnschild.
L’étude conclut que les rats, grâce à leur adaptabilité et leur opportunisme, représentent désormais une menace croissante pour les populations de chauves-souris vivant en milieu urbain. Cette cohabitation forcée soulève également des préoccupations sanitaires. Raina Plowright, professeur de santé publique et écosystémique à l’Université Cornell, met en garde contre les risques potentiels pour l’homme :
« Les rats prospèrent dans des environnements modifiés par l’homme et peuvent servir de pont entre les virus de la faune sauvage et les humains. »
Raina Plowright, professeur de santé publique et écosystémique à l’Université Cornell
Les chercheurs estiment que même une petite population de rats pourrait décimer des milliers de chauves-souris chaque année. Ils préconisent donc des mesures de contrôle, telles que l’installation de poubelles anti-rongeurs, l’étanchéité des entrées de grottes et des campagnes de sensibilisation pour décourager le nourrissage des animaux sauvages en ville.
Des observations similaires ont été faites en Israël, où une équipe de l’Université de Tel Aviv, menée par Yossi Yovel, a filmé des rats noirs s’en prenant non seulement aux fruits volés par les chauves-souris frugivores égyptiennes, mais aussi à leurs petits.
Les enregistrements révèlent que les chauves-souris adaptent leur comportement en fonction des saisons et de la disponibilité de nourriture. Si elles tendent à éviter les rats en hiver, certaines colonies réagissent de manière plus agressive au printemps, face à une compétition accrue. « Les chauves-souris évaluent quand fuir ou se battre. Elles n’agissent pas simplement par peur », précise Yossi Yovel.
Ces découvertes soulignent comment l’urbanisation intensifie les interactions entre espèces aux stratégies de vie diamétralement opposées : les chauves-souris, vulnérables aux perturbations environnementales, et les rats, particulièrement résistants et dépendant des activités humaines.
Toutefois, toutes les chauves-souris ne sont pas des proies. Au Costa Rica, l’équipe de Mirjam Knörnschild a documenté le cas de chauves-souris spectrales, les plus grandes d’Amérique, chassant des rats et partageant leur butin en famille. Ces observations ont mis en lumière des comportements sociaux complexes, incluant des salutations collectives avant le repas.
« Ce sont des animaux très sociables et doux, mais capables d’écraser les os des rats qu’ils capturent. On pourrait dire qu’il existe une sorte de justice naturelle », a commenté Mirjam Knörnschild.
Les scientifiques s’accordent sur l’importance capitale de la protection des chauves-souris, non seulement pour leur propre survie, mais aussi pour les services écologiques essentiels qu’elles rendent : contrôle des nuisibles, pollinisation et dispersion des graines. Leur disparition aurait des conséquences profondes sur les écosystèmes et sur les environnements urbains où leur cohabitation avec les rats devient de plus en plus fréquente.