Un spectacle intime et percutant explore la puissance féminine à travers le prisme du rock et de l’héritage familial. La comédienne et musicienne Helena, fille de Marc Ysaye, présente « Héroïne(s) », une pièce solo qui rend hommage aux femmes qui ont marqué l’histoire du rock, tout en tissant un lien profond avec sa propre mère disparue trop tôt.
De l’ombre maternelle à la scène rock
C’est le souvenir de sa mère, tragiquement disparue alors qu’Helena n’avait que cinq ans, qui est à l’origine de ce spectacle. « Je l’ai sans doute inconsciemment idéalisée », confie la mère de cinq enfants. Ce lien personnel, teinté de l’absence, a nourri l’idée d’un projet artistique qui mêle musique, société et parcours de vie.
Initialement, le spectacle n’incluait pas la figure maternelle. C’est le metteur en scène qui a encouragé Helena à intégrer cette dimension : « Ma mère est en quelque sorte ma rock star. Elle était superbe en photo. Le metteur en scène m’a titillé pour l’ajouter au casting. » Une décision saluée par la comédienne : « Il a bien fait car cela renforce la dramaturgie du spectacle. »
« Héroïne(s) »: un hommage aux pionnières
Au théâtre de la Toison d’Or jusqu’au 1er novembre, avant une tournée en Wallonie, « Héroïne(s) » promet une expérience marquante. Helena y retrace les trajectoires souvent complexes et tumultueuses de figures féminines emblématiques du rock. « À travers les vies cabossées, tumultueuses de chanteuses qui ont marqué à leur manière l’histoire du rock mêlée à celle de la société », le lien avec sa propre mère se fait d’autant plus évident.
Le spectacle aborde des personnalités aussi diverses que Janis Joplin, qualifiée de « symbole de la résistance et une incroyable énergie sur scène », Debbie Harry, qui « a assumé sa décision de ne pas avoir d’enfant », ou encore Dusty Springfield. D’autres noms auraient pu figurer, comme Madonna, Nina Simone, Patti Smith, Grace Slick, ou encore Big Mama Thornton, dont la chanson « Chien de chasse » aurait été reprise par Elvis Presley et qui a finalement intégré le Hall of Fame en 2024.
Une ode à la résilience féminine, loin du militantisme
Malgré son sujet, « Héroïne(s) » se veut une célébration de la femme, et des femmes, sans tomber dans un féminisme radical. « Ce n’est pas anti mec. Ma volonté première est de montrer comment les femmes ont pris leur place dans la société de leur époque », précise Helena. L’artiste avoue une affection particulière pour les personnalités complexes : « J’adore les gens qui ont des fêlures. »
Ces femmes qui ont façonné l’histoire du rock, selon Helena, ont également laissé une empreinte indélébile sur leur temps. Confrontées à des défis plus ardus en tant que femmes, elles ont souvent dû se battre davantage et encaisser les coups. « Je ne suis pas Janis Joplin mais je continue de m’interroger sur ma place en tant que femme », admet-elle.
Avec une approche humaniste, Helena explore ces parcours de vie et leurs musiques. « Je ne casse pas la gueule aux hommes », assure-t-elle, préférant une vision qui met en lumière les luttes et les réussites. L’artiste cite en exemple des figures comme Lady Gaga, Sheryl Crow, Suzanne Vega ou Tori Amos qui abordent des sujets comme le viol, prouvant que la parole des femmes est aujourd’hui davantage entendue.
L’héritage d’un père célèbre
La présence de son père, le musicien Marc Ysaye, figure incontournable de la scène belge, est également évoquée. « Pour une fois, j’ai mis mon père Marc dans l’ombre », déclare Helena, faisant référence à son rôle dans le spectacle. Sans minimiser la relation : « Je m’entends parfaitement avec lui, ne vous inquiétez pas. C’est juste un homme comme un autre qui trompe sa femme et qui la quitte. » Une manière de dépeindre des réalités humaines complexes, sans jugement excessif, à l’image du reste du spectacle.