Publié le 25 octobre 2025 18:42:00. Les dirigeants des pays de l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est (ASEAN) se réunissent à Kuala Lumpur dans un contexte de tensions géopolitiques accrues, où les enjeux de développement économique et de stabilité régionale se mêlent à la rivalité croissante entre les États-Unis et la Chine.
- La rencontre de trois jours abordera l’intégration économique, l’environnement, le numérique, ainsi que la paix et la sécurité régionales.
- La présence du président américain Donald Trump souligne l’importance de la région dans la stratégie globale des États-Unis face à la Chine.
- Les pays de l’ASEAN naviguent avec difficulté entre les pressions américaines et chinoises, cherchant à maintenir leur autonomie.
La capitale malaisienne, Kuala Lumpur, accueille à partir de dimanche le sommet de l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est (ASEAN). Plus de 30 chefs d’État et de gouvernement des dix États membres sont attendus, aux côtés d’invités extérieurs, parmi lesquels le président américain Donald Trump. L’ordre du jour est chargé : intégration économique régionale, défis environnementaux, développement numérique, sans oublier les questions cruciales de paix, de sécurité et de stabilité dans la région.
La participation du président Trump revêt une importance particulière. Il devrait notamment assister à la signature d’un accord de paix entre la Thaïlande et le Cambodge, fruit de négociations tendues et influencées par les États-Unis. Ces événements illustrent l’influence que Washington cherche à exercer en Asie-Pacifique, une région de plus en plus marquée par la compétition avec la Chine.
Au cœur de cette rivalité se trouvent des dossiers sensibles comme le statut de Taïwan, revendiqué par Pékin et soutenu par Washington en tant que démocratie autonome. La question de la mer de Chine méridionale, où les prétentions territoriales de la Chine entrent en conflit avec les revendications des pays de l’ASEAN comme les Philippines, le Vietnam et la Malaisie, ainsi qu’avec le droit international, est également une source majeure de tensions.
Obligés de choisir un camp ?
Les tensions commerciales entre les États-Unis et la Chine viennent encore exacerber cette rivalité en Asie du Sud-Est, plaçant les pays de l’ASEAN dans une position délicate. « Il y a une pression constante pour choisir entre l’une ou l’autre superpuissance », explique Felix Heiduk, chef de la division Asie à l’Institut allemand des affaires internationales et de sécurité. Cette dynamique se ressent particulièrement dans les domaines de la sécurité, du commerce et de la technologie, où l’influence de Washington et de Pékin se dispute âprement.
Les pays de l’ASEAN s’efforcent pourtant d’éviter d’être contraints à un tel choix, conscients des implications de devoir se ranger d’un côté ou de l’autre. Les tentatives américaines ou chinoises de rallier des partenaires dans la région deviennent de plus en plus complexes. Une analyse du magazine The Diplomat suggère que la politique tarifaire de Donald Trump a suscité l’inquiétude d’une partie de la classe politique régionale, affectant tant les alliés traditionnels des États-Unis que les pays plus éloignés.
La remise en question de l’inviolabilité des frontières nationales par les États-Unis, illustrée par des déclarations concernant le canal de Panama, le Groenland ou le Canada, a particulièrement alarmé les pays de l’ASEAN riverains de la mer de Chine méridionale. Ils craignent que de tels agissements n’encouragent la Chine à formuler des revendications territoriales similaires dans leur propre région. Selon The Diplomat, cette perception a conduit à une réévaluation de la position américaine en Asie du Sud-Est.
Les États-Unis, un partenaire moins fiable ?
Face à l’assertivité croissante de la Chine, certains pays de l’ASEAN ne considèrent plus les États-Unis comme un partenaire suffisamment fiable, indique Andreas Ufen, expert au GIGA à Hambourg. Pékin continue d’étendre son influence, notamment en mer de Chine méridionale, où des rapports font état de la construction d’îles artificielles à des fins militaires et d’une exploitation des ressources dans des zones contestées, perturbant le trafic maritime.
Face à cette attitude chinoise, les réactions des États de l’ASEAN divergent. Les nations économiquement plus fragiles se retrouvent dans une position de moindre négociation. « Le Myanmar, le Cambodge et le Laos, par exemple, sont étroitement alignés sur la Chine, tant sur le plan économique que politique et sécuritaire », observe Felix Heiduk. Ces pays entretiennent peu de liens de défense et de sécurité avec les États-Unis.
Un difficile exercice d’équilibriste
Les pays les plus importants et les plus prospères de l’ASEAN tentent de maintenir un équilibre plus subtil, cherchant à coopérer avec les deux superpuissances. Les Philippines, par exemple, maintiennent une coopération étroite en matière de défense et de sécurité avec les États-Unis, en vertu d’un traité de défense mutuelle signé en 1951. Cette alliance prend une importance accrue compte tenu de la présence militaire chinoise en mer de Chine méridionale.
Cependant, cette coopération militaire n’empêche pas les Philippines de entretenir des liens économiques solides avec la Chine, l’un de ses principaux partenaires commerciaux et un investisseur clé. L’Indonésie adopte une stratégie similaire, naviguant entre les États-Unis et la Chine. Si, en matière de défense et d’armement, l’Indonésie se tourne davantage vers ses partenaires occidentaux, notamment par crainte d’un conflit en mer de Chine méridionale avec la Chine, elle n’en développe pas moins d’étroites relations économiques avec Pékin.