Publié le 2024-02-29 14:35:00. Des chercheurs américains ont mis au point un capteur portable capable de mesurer en continu la production de gaz intestinaux, révélant que nous flatulons bien plus souvent que ce que nous sommes prêts à admettre.
- Une étude pilote a montré que les participants émettent en moyenne 32 flatulences par jour, contre 14 habituellement déclarées.
- Le capteur, de la taille d’un petit timbre-poste, détecte l’hydrogène produit par la fermentation bactérienne dans l’intestin.
- Les scientifiques de l’Université du Maryland (UMD) cherchent des volontaires pour constituer une base de données complète des émissions gazeuses humaines.
L’étude, menée par des scientifiques de l’Université du Maryland (UMD), s’appuie sur un capteur électrochimique miniaturisé (29 x 29 x 10 millimètres) qui se fixe sur les sous-vêtements. Alimenté par deux piles bouton, cet appareil mesure en continu la concentration d’hydrogène dans les gaz intestinaux. L’hydrogène est un sous-produit exclusif de l’activité des bactéries intestinales, et donc un indicateur fiable de l’intensité de la fermentation des résidus alimentaires non digérés.
Les résultats de l’étude pilote, menée auprès de 19 volontaires en bonne santé, ont été surprenants. Les participants ont émis en moyenne 32 flatulences par jour, un chiffre plus du double des 14 ± 6 flatulences habituellement rapportées dans les questionnaires ou les études médicales. Il semblerait que notre capacité à évaluer précisément la fréquence de nos propres flatulences soit limitée, ou que nous soyons victimes d’une forme d’auto-illusion collective.
La variabilité entre les participants était importante, avec des émissions quotidiennes allant de quatre à 59 flatulences. Cette disparité suggère que nos estimations personnelles sont souvent inexactes, ou que nous ne sommes tout simplement pas conscients de certaines émissions.
Une autre partie de l’étude, portant sur 38 personnes, a démontré que le capteur pouvait détecter avec une précision de 94,7 % la consommation de bonbons à la gélatine nature par rapport à des oursons gommeux d’apparence similaire mais enrichis en inuline, une fibre. Les premiers signes de fermentation étaient détectables après environ trois à quatre heures, soit le temps nécessaire à la nourriture pour atteindre les bactéries intestinales. Il est intéressant de noter qu’environ un tiers des participants ont signalé des troubles digestifs après avoir consommé les bonbons classiques, même si le capteur n’a pas révélé de fermentation significative.
Mais pourquoi s’intéresser à un phénomène aussi banal ? L’hydrogène, expliquent les chercheurs, n’est produit que par la fermentation bactérienne des glucides non digérés. Sa mesure continue fournit donc une image indirecte, mais précise, de l’activité métabolique du microbiome intestinal. Contrairement aux tests respiratoires ou à l’analyse des selles, le nouveau capteur permet un suivi en temps réel, même au cours d’une journée normale, et sans nécessiter une visite médicale.
L’équipe de l’UMD est actuellement en train de constituer ce qu’elle appelle « l’Atlas des flatulences humaines », dans le but d’établir des normes objectives pour les gaz intestinaux, à l’image des tableaux de référence utilisés pour le cholestérol. Pour atteindre cet objectif, ils recherchent des centaines de volontaires. Si vous résidez aux États-Unis et souhaitez contribuer à la science, vous pouvez rejoindre le projet et découvrir si votre digestion est dans la norme.