Home Économie Des chauffeurs font grève et arrêtent des camions : « Les employeurs se comportent de manière criminelle »

Des chauffeurs font grève et arrêtent des camions : « Les employeurs se comportent de manière criminelle »

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Publié le 23 février 2026 20:57:00. Des chauffeurs routiers originaires du Tadjikistan, employés par des entreprises lituaniennes, se mettent en grève aux Pays-Bas pour réclamer le paiement de salaires dus et dénoncer des conditions de travail précaires, mettant en lumière des pratiques potentiellement illégales dans le secteur du transport européen.

Un chauffeur tadjik, Abdusattor, est en grève depuis le 13 février dans le port de Rotterdam, refusant de quitter la cabine de son camion. Il accuse son employeur lituanien de ne pas lui verser la totalité de son salaire et de ne pas respecter la réglementation européenne concernant les indemnités pour les nuitées passées à bord. Il vit dans son camion depuis deux ans, effectuant des journées de travail d’en moyenne onze heures.

« Je travaille sans arrêt pour mon employeur lituanien depuis deux ans. Je n’ai jamais reçu d’indemnisation pour les nuitées et je vis donc dans mon camion. J’ai travaillé des journées de onze heures en moyenne et je n’ai pas perçu une grande partie de mon salaire car mon employeur ne respecte pas les règles européennes. »

Abdusattor, chauffeur routier

Son cas n’est pas isolé. Un autre chauffeur tadjik est actuellement en grève sur l’autoroute A1 près de Deurningen, également employé par une entreprise lituanienne. Selon le syndicat FNV, ce dernier n’a pas pu rentrer chez lui depuis juillet de l’année dernière.

Le FNV dénonce des « pratiques criminelles » courantes dans le secteur du transport européen, où des employeurs malhonnêtes ignorent les règles relatives aux temps de repos et aux salaires. Les conducteurs sont contraints de dormir dans leurs camions sans compensation et ne reçoivent que des avances sur leur salaire, les empêchant de retourner dans leur pays d’origine par crainte de perdre leurs revenus. Ils ne reçoivent pratiquement aucune documentation relative à leurs déplacements ou à leurs salaires, ce qui rend difficile la vérification du respect de la convention collective de travail néerlandaise, applicable aux travailleurs exerçant aux Pays-Bas.

Les grévistes ont recours à un droit de rétention, conservant leurs camions jusqu’à ce que les employeurs règlent les salaires dus. Ils apposent une lettre sur leur véhicule indiquant qu’ils exercent ce droit, une pratique autorisée aux Pays-Bas.

La réaction de certains employeurs est jugée agressive. Le syndicat FNV rapporte qu’une entreprise lituanienne a même alerté la police, affirmant que le camion avait été volé. Les chauffeurs craignent des représailles.

Le FNV exige le respect des réglementations européennes, soulignant que les salaires doivent être alignés sur les normes locales, notamment la convention collective de travail néerlandaise, qui prévoit des salaires horaires plus élevés qu’en Lituanie. Abdusattor réclame ainsi près de 15 000 euros d’indemnités journalières impayées, correspondant à la différence entre les salaires perçus en Lituanie et ceux en vigueur dans les pays où il a effectué des missions de transport.

Falco Lines, une entreprise néerlandaise cliente, a déclaré avoir pris note de la situation d’Abdusattor, mais a précisé qu’il s’agissait d’un conflit de travail entre le chauffeur et son employeur lituanien, une entreprise de transport sous-traitée. Elle se considère donc comme non partie prenante dans cette affaire.

Abdusattor craint désormais pour son statut légal, son employeur lituanien ayant révoqué son visa de travail. Il dispose encore de trente jours avant de devoir quitter l’Union européenne.

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