Publié le 24 octobre 2025 16:00:00. Un navire de croisière, synonyme de luxe ostentatoire, cache une présence inquiétante qui a conduit à l’intervention d’une équipe de chasseurs de fantômes. Parallèlement, deux ouvrages jeunesse explorent les mystères du folklore irlandais et les frissons de l’au-delà.
Sur un paquebot de luxe, où cinq ponts accueillent les plus fortunés, le faste règne en maître. Jacuzzis, spas, salons de beauté, observatoires et plateformes d’observation des étoiles rivalisent pour satisfaire les désirs d’une clientèle exigeante. Les murs eux-mêmes semblent participer à ce faste, ornés de détails dorés en relief. Les passagers savourent une gastronomie d’exception, servie avec une qualité irréprochable. Pourtant, cette façade de confort absolu masque une réalité plus sombre.
Des murmures font état de sensations de froid anormal dans certaines zones du navire, de lumières vacillantes et d’apparitions spectrales aperçues au bout des couloirs. Ces phénomènes, de plus en plus fréquents, rendent le recrutement de personnel de bord périlleux. Face à cette situation, Paranormal Surveyance Ireland (PSI) a été dépêché à bord pour une investigation de sept jours, coïncidant avec la durée de la croisière en cours.
L’équipe de PSI, composée de jeunes enquêteurs aguerris, se lance dans une mission périlleuse. Au programme : enregistrement d’interviews, relevés de champs électromagnétiques, analyse des phénomènes de voix électroniques (EVP), utilisation de caméras infrarouges, et recours à la clairvoyance et à la psychométrie pour tenter de démasquer l’origine de ces événements inexpliqués. Leur arrivée ne tarde pas à être marquée par un incident troublant : un passager est violemment projeté au sol par une force invisible.
Au sein de l’équipe de PSI, on retrouve Archer O’Sullivan, qui a repris l’entreprise familiale de détection paranormale. Il est accompagné de sa sœur, Raven, parapsychologue, de sa petite amie Éabha, médium dont la santé a été fragilisée par de récentes expériences de mort imminente lors de missions précédentes, ainsi que de leurs amis Fionn, à l’attitude affable, et Davis, à la logique scientifique irréprochable. Les premiers entretiens avec les membres de l’équipage révèlent qu’une tragédie a déjà eu lieu à bord, suggérant que la mission pourrait se résumer à un simple contact avec une entité perturbée.
C’est Raven qui fait la première rencontre avec une présence fantomatique. Alors qu’elle traverse un couloir, elle sent son environnement se dégrader : les lumières se mettent à clignoter de manière synchronisée, avant de s’éteindre une à une, plongeant progressivement le couloir dans l’obscurité totale. La température chute drastiquement, ne laissant à Raven que le spectacle de son souffle se condensant dans l’air glacial comme dernier vestige de la lumière.
« Comme décor effrayant, c’est inhabituel mais aussi terrifiant et cinématographique au possible. »
Le cadre confiné et claustrophobe d’un couloir de navire, bordé de portes inaccessibles, accentue le sentiment de vulnérabilité des passagers, isolés en pleine mer. Raven, loin d’être intimidée, confronte la présence. Lorsque le fantôme se manifeste verbalement, cela semble confirmer la première hypothèse de l’équipe quant à une entité tourmentée. Cependant, la séance qui suit révélera que ce spectre n’est que la partie émergée de l’iceberg des mystères à résoudre par le PSI.
Le troisième roman de l’auteure dublinoise Amy Clarkin, qui met en scène l’équipe PSI, se distingue par la complexité de ses intrigues paranormales, mais aussi par la profondeur des relations interpersonnelles fluctuantes entre ses personnages. L’intrigue paranormale, suffisamment solide, parvient à équilibrer les émotions fortes, comme la confiance et la trahison, explorées à travers le regard de jeunes adultes.
La fatigue d’Éabha, peut-être due à une confrontation antérieure avec un esprit meurtrier, offre une plongée introspective sur les attitudes face aux maladies chroniques. La diversité des orientations sexuelles et des identités asexuelles abordée dans le roman permet également à un large public de jeunes lecteurs de se sentir représentés.
L’enfant volé de WB Yeats, illustré par Erin Brown (O’Brien Press, 19,99 €)
Loin des représentations féeriques édulcorées, les Sídhe du folklore irlandais se révèlent aussi inquiétants que les créatures que l’on pourrait croiser lors de Samhain, période où la frontière entre le monde des vivants et celui des esprits s’amincit.
Bien qu’ils puissent apporter la prospérité, ces êtres sont réputés pour jeter des sorts sur ceux qui osent s’opposer à leurs arbres sacrés, faire tourner le lait ou entraver la fabrication du beurre. Mais leur trait le plus effrayant demeure leur propension à enlever les enfants.
L’enfant volé, l’un des poèmes les plus emblématiques de WB Yeats, célèbre notamment pour ses adaptations musicales, dépeint à la fois la fascination lyrique pour le peuple des fées et un avertissement solennel quant aux dangers de succomber à leur charme, au risque de ne jamais retrouver le chemin du retour.
Le paysage onirique des comtés de Leitrim et Sligo, évoqué par le poète comme un lieu où « la vague de clair de lune illumine de lumière les sables gris et sombres, au loin des Rosses les plus éloignées », contribue à l’attrait mystique du texte. La nouvelle édition illustrée par l’artiste nord-irlandaise Erin Brown place ces vers dans le cadre spectaculaire de Benbulben, utilisant des teintes de bleu et de vert tourbillonnants pour dépeindre « l’eau errante jaillissant des collines au-dessus de Glen-Car, dans des mares parmi les joncs qui pourraient à peine baigner une étoile ».
Cette dernière scène aquatique, choisie pour la couverture, représente l’enfant humain emporté par les courants, aux côtés de truites, de grenouilles et de chevaux blancs écumants. Elle incarne la sensation de liberté promise par l’eau et la nature, capturant parfaitement l’essence du poème.
La manière dont chaque lecteur interprétera le poème de Yeats influencera sa perception des fées dessinées par Brown, aux sourires radieux et aux nez délicatement retroussés. Ces créatures sont indéniablement bienveillantes et ne correspondent pas au stéréotype des ravisseuses d’enfants capables de fasciner un jeune garçon, le laissant « aux yeux solennels » et l’entraînant, à la manière des contes des frères Grimm, loin de son foyer.
Qu’il s’agisse d’une incantation maléfique ou d’une invitation ludique, le refrain du poème, « Viens, ô enfant humain ! Vers les eaux et la nature, avec une fée, main dans la main », est irrésistiblement séduisant et se prête idéalement à la lecture répétée à voix haute qu’offre un livre d’images.
Fright Club : Huons ça ! de Sibéal Pounder (Puffin, 13,05 €)
La grand-mère de Joe vient de décéder, et l’apparition d’une silhouette masquée dans la maison laisse présager un lien avec sa disparition. Le jeune garçon et ses amis se lancent à la poursuite de cet individu, surnommé « Cloakman », qui laisse tomber une petite boîte en bois contenant… un doigt sectionné.
Le contexte de cette histoire est pour le moins particulier : Joe et ses amis habitent dans une ville nommée Grim, littéralement construite autour d’un cimetière. Le doigt en mouvement se révèle un allié étonnamment utile lorsqu’ils découvrent le secret de la grand-mère de Joe. Celle-ci était membre du Fright Club, une société d’enquêteurs du surnaturel.
Afin de percer le mystère entourant la mort de sa grand-mère, Joe convainc ses amis de relancer le club, avec des conséquences aussi terrifiantes qu’hilarantes. La nouvelle série de l’auteure Sibéal Pounder, « Guerres de sorcières », offre aux lecteurs la possibilité de choisir le personnage dont ils souhaitent suivre l’aventure. Cependant, à l’insu de Joe, chacun de ses amis dissimule son propre secret surnaturel.
Au programme : amitié, frissons et humour macabre pour Halloween, à destination des lecteurs dès huit ans.