Publié le 15 octobre 2025 à 09:01. Un plan de cessez-le-feu concocté par les États-Unis peine à convaincre par son manque de clarté, suscitant des inquiétudes quant à sa mise en œuvre et à son application effective par Israël et le Hamas.
- La stratégie américaine, visant à faire pression sur les deux camps, est qualifiée de vague et indéfinie par les experts.
- Des questions cruciales telles que la démilitarisation de Gaza et le retrait des troupes israéliennes restent en suspens.
- Le déploiement d’une « force internationale de stabilisation » se heurte à des obstacles majeurs, notamment l’absence de soutien clair des acteurs palestiniens.
L’accord de cessez-le-feu, porté par l’administration américaine, est perçu par de nombreux observateurs comme une première étape, certes importante, mais loin d’être suffisante pour garantir une paix durable dans la bande de Gaza. Les experts soulignent un flou délibéré, voire nécessaire, pour amener le Hamas, classé organisation terroriste par plusieurs pays, et le gouvernement israélien à accepter un quelconque accord. Cependant, cette ambiguïté soulève aussi des craintes quant à la possibilité d’une reprise des hostilités faute de détails précis.
« Le fait qu’Israël et le Hamas se soient accordés sur une première phase d’un plan de cessez-le-feu constitue une première étape importante. Cependant, il est trop tôt pour parler de paix et il reste encore des problèmes et des préoccupations importants qui doivent être résolus. La clé d’un cessez-le-feu réussi est que les plans puissent effectivement être mis en œuvre et que les deux parties respectent leurs engagements. »
Hugh Lovatt, responsable de la recherche pour le programme Moyen-Orient et Afrique du Nord au Conseil européen des relations étrangères (ECFR), dans un communiqué à DW.
Parmi les points d’achoppement majeurs figurent la démilitarisation de Gaza, la proposition d’une « force internationale de stabilisation », les garanties internationales, ainsi que les intentions à long terme du gouvernement israélien. Ces questions demeurent en discussion, fragilisant la portée de l’accord actuel.
L’armée israélienne va-t-elle se retirer complètement ?
Le plan de cessez-le-feu prévoit un retrait progressif des troupes israéliennes de Gaza. Actuellement, le retrait initial a conduit l’armée israélienne à la « ligne jaune », une frontière interne à Gaza, alors qu’elle contrôle encore près de la moitié du territoire. Un retrait plus conséquent, vers une « ligne rouge », est conditionné au déploiement d’une « force internationale de stabilisation », dont le calendrier reste flou.
Ce retrait définitif impliquerait le retour des troupes israéliennes à leur rôle de surveillance de la zone de sécurité établie entre Israël et Gaza depuis le début du XXIe siècle. Cette zone, considérée comme vitale par Israël pour sa sécurité, a été étendue au fil des ans. Selon l’organisation israélienne Gisha, l’accord de cessez-le-feu de janvier 2025 aurait redéfini cette zone de sécurité à une profondeur de 700 à 1 100 mètres à l’intérieur de Gaza, ce qui représenterait environ 17 % de la bande et entraînerait la destruction permanente de communautés ainsi que la perte d’accès à des terres agricoles.
Qui composera la « force internationale de stabilisation » ?
Le point 15 du plan de paix stipule que les États-Unis travailleront avec des partenaires arabes et internationaux pour déployer une « force internationale de stabilisation » (FIS) à Gaza. Son rôle serait de sécuriser les frontières du territoire en coopération avec Israël et l’Égypte, et de former une nouvelle force de police. Cependant, des experts du Center for Strategic and International Studies (CSIS) s’interrogent sur la faisabilité d’un tel déploiement, soulignant qu’il est difficile d’imaginer des forces arabes accepter de s’y rendre sans un soutien clair des éléments palestiniens sur le terrain, y compris le Hamas, qui s’opposerait à cette idée.
La France s’est déclarée prête à contribuer à une FIS, tandis que l’Allemagne a annoncé qu’elle fournirait un soutien financier mais pas de personnel pour la création de cette force.
Quel est l’avenir du Hamas ?
Malgré le plan de paix qui évoque une « démilitarisation complète de Gaza », peu de détails sont fournis sur la manière dont cela se concrétiserait. Les observateurs craignent que ce manque de critères précis ne permette à Israël de retarder indéfiniment ce processus. Certains analystes estiment qu’Israël pourrait refuser de se retirer jusqu’à la « ligne rouge » tant qu’une « démilitarisation complète » ne serait pas atteinte, sans que personne ne sache réellement ce que cela signifie.
Par ailleurs, des rapports font état d’un Hamas déjà en train de reprendre le contrôle de la sécurité à Gaza, combattant des groupes rivaux accusés de pillages ou de collusion avec Israël. Le président américain Donald Trump aurait précisé que cette autorisation donnée au Hamas était temporaire, afin d’éviter des troubles sociaux accrus dans le territoire dévasté.
« Même si les dirigeants du Hamas acceptent la demande d’Israël [de désarmement], nombre de ses combattants refuseraient probablement de remettre leurs armes et pourraient faire défection vers des groupes plus radicaux. »
Hugh Lovatt, dans une analyse.
Il est également rappelé que le Hamas est bien plus qu’un groupe armé : c’est un parti politique dont l’idéologie, axée sur la résistance à l’occupation israélienne, devrait perdurer. Neutraliser cette idéologie nécessiterait un engagement accru d’Israël à se retirer de Gaza et à participer à des négociations de paix sérieuses.
Qui garantit le respect du plan de paix ?
La plupart des observateurs s’accordent sur le fait que le plan en 20 points, manquant de détails, nécessite un acteur fort pour le concrétiser. Des experts de l’International Crisis Group et du CSIS ont averti dans la revue *Foreign Affairs* que Benyamin Netanyahou pourrait être tenté de reprendre la guerre contre le Hamas une fois les otages libérés, afin de satisfaire l’aile droite de son gouvernement et d’assurer sa propre survie politique. Pour éviter cette dynamique, les États-Unis devraient exercer une pression continue sur Israël.
Cependant, Emile Hokayem, chercheur principal à l’Institut international d’études stratégiques, met en garde dans le *Financial Times* que le plan risque d’échouer si les États-Unis se lassent, sont distraits, ou se laissent persuader à nouveau par les secteurs les plus radicaux d’Israël.