Des affrontements avec la police, l’usage de gaz lacrymogènes et une polémique autour de la visite du président israélien Isaac Herzog ont marqué une manifestation à Sydney, ravivant les tensions autour du conflit à Gaza et des libertés de réunion en Australie.
- Des milliers de manifestants ont défilé dans le centre de Sydney pour protester contre la politique israélienne à Gaza et la présence du président Herzog.
- La police a utilisé du gaz lacrymogène pour disperser la foule après qu’une tentative de marche ait été bloquée, entraînant plusieurs arrestations.
- De nouvelles lois sur les « événements majeurs » ont été critiquées pour leur impact potentiel sur le droit de manifester.
La visite de quatre jours du président israélien Isaac Herzog, invité par le Premier ministre Anthony Albanese, a été le théâtre de vives contestations lundi à Sydney. Des milliers de personnes, dont beaucoup arboraient des keffiehs palestiniens et brandissaient des pancartes dénonçant l’offensive israélienne à Gaza, se sont rassemblées près du quartier central des affaires (CBD). L’organisation du rassemblement, le Groupe d’action palestinienne, avait appelé à la mobilisation malgré les nouvelles restrictions imposées aux rassemblements publics après la fusillade de Bondi Beach en décembre dernier.
La tension est montée lorsque les organisateurs ont tenté de lancer une marche dans les rues avoisinantes. Les forces de l’ordre, en nombre important, ont formé un cordon, refusant de laisser la foule progresser. Des slogans tels que « Marchons » ont retenti, et des échauffourées ont éclaté lorsque les manifestants ont tenté de franchir le barrage. La police a alors fait usage de gaz lacrymogène à bout portant, provoquant la panique et la toux parmi les manifestants, qui se sont empressés de s’arroser le visage avec de l’eau pour tenter de se protéger. Le nombre exact d’arrestations n’a pas été communiqué dans l’immédiat, mais la police a indiqué qu’elle avait procédé à plusieurs interpellations.
Cette répression s’inscrit dans le cadre de nouveaux pouvoirs accordés à la police en vertu de lois relatives aux « événements majeurs », adoptées en urgence quelques jours auparavant. Ces mesures permettent aux forces de l’ordre de boucler des zones de la ville, de procéder à des fouilles sans mandat et d’imposer des amendes pouvant atteindre 5 500 dollars australiens (environ 3 860 dollars américains ; convertir) en cas de non-respect des instructions. Les autorités justifient ces lois par la nécessité de prévenir de nouveaux incidents comme celui survenu à Bondi Beach en décembre, où un homme armé avait ouvert le feu dans une synagogue, tuant 15 personnes, dont une fillette de 10 ans.
Cependant, ces nouvelles mesures ont suscité de vives critiques de la part des défenseurs des libertés civiles, qui craignent qu’elles ne restreignent excessivement le droit de manifester. Ils s’interrogent sur la proportionnalité de leur application et sur le risque de dissuader les manifestations pacifiques.
« Je ne suis pas antisémite, je suis anti-génocide »
Slogan brandi par les manifestants et
« Arrêtez Herzog »
Slogan brandi par les manifestants figuraient parmi les nombreuses revendications exprimées par la foule.
La visite du président Herzog, présentée par le Premier ministre Albanese comme un geste de solidarité avec la communauté juive australienne après la tragédie de Bondi Beach, a également suscité des divisions au sein de la communauté juive elle-même. Si certaines organisations, comme le Conseil exécutif de la communauté juive australienne, ont salué sa présence, d’autres, comme le Conseil juif d’Australie (JCA), ont critiqué le gouvernement pour avoir utilisé Herzog comme représentant symbolique de tous les Juifs australiens. Une lettre signée par 600 Juifs australiens, publiée dans plusieurs journaux, affirmait que Herzog « ne nous représente pas et n’est pas le bienvenu ici ». Sarah Schwartz, directrice exécutive du JCA, a mis en garde contre le risque de lier le soutien aux dirigeants israéliens à l’identité juive, ce qui pourrait alimenter des discours antisémites.
La controverse ne s’arrête pas là. En 2023, une commission d’enquête de l’ONU a conclu qu’Isaac Herzog faisait partie de plusieurs dirigeants israéliens qui auraient « incité à la commission d’un génocide » contre les Palestiniens de Gaza par le biais de déclarations publiques faites après les attaques du Hamas du 7 octobre. Herzog avait notamment déclaré que « toute une nation » était responsable de l’assaut et avait été photographié en train de signer un obus d’artillerie destiné à Gaza. Israël rejette fermement ces accusations et Herzog affirme que ses remarques ont été sorties de leur contexte. L’avocat australien des droits de l’homme Chris Sidoti a même demandé son arrestation, estimant que l’immunité diplomatique ne devrait pas s’appliquer à de telles allégations.
La visite de Herzog à Sydney, et les réactions qu’elle a suscitées, illustrent les profondes divisions qui traversent la société australienne sur la question israélo-palestinienne et les limites du droit de manifester. Les partisans de la visite mettent en avant la solidarité avec la communauté juive et les liens historiques entre l’Australie et Israël, tandis que ses opposants dénoncent les morts civiles à Gaza et accusent Herzog de légitimer des crimes de guerre. Le débat australien s’inscrit dans un contexte mondial de tensions croissantes entre les gouvernements et les mouvements de protestation, où la question de la sécurité se pose avec acuité face à la liberté d’expression.