Publié le 2024-11-15 14:35:00. Une nouvelle étude met en lumière les obstacles complexes auxquels sont confrontées les femmes marginalisées en Inde pour accéder à une santé sexuelle et reproductive équitable, soulignant la nécessité d’une approche plus large que les simples droits reproductifs.
- La justice sexuelle et reproductive, un concept né aux États-Unis, vise à lier les droits reproductifs à une justice sociale plus large.
- L’étude révèle que la précarité économique, le contrôle patriarcal et le manque d’accès aux services de santé sont des facteurs clés d’inégalité.
- Les auteures plaident pour une approche intersectionnelle qui tienne compte des multiples vulnérabilités des femmes, notamment en termes de caste, de religion et de statut socio-économique.
Le concept de justice sexuelle et reproductive, apparu aux États-Unis dans les années 2010, s’est développé en réaction aux lacunes des mouvements traditionnels de défense des droits reproductifs. Des femmes de couleur ont été les premières à souligner que ces derniers ne prenaient pas suffisamment en compte les expériences des femmes marginalisées. Cette approche élargit le cadre des droits humains pour inclure la capacité des femmes à prendre des décisions éclairées concernant leur santé reproductive, y compris l’accès à la contraception et à l’avortement.
L’ouvrage étudié, fruit de recherches approfondies menées en Inde, examine comment les réalités sociales des femmes les plus vulnérables interagissent avec le système de santé. Il met en évidence les obstacles qui entravent l’exercice de leurs droits sexuels et reproductifs, allant du manque d’accès aux services de santé à la surveillance constante de leur mobilité et à l’absence de contrôle sur leurs choix matrimoniaux. Les auteures soulignent que l’accès aux soins ne suffit pas : il est également crucial de lutter contre le contrôle patriarcal et la précarité économique.
Les études de cas présentées dans l’ouvrage couvrent cinq États indiens – Delhi, Gujarat, Tamil Nadu, Maharashtra et Odisha – et mettent en évidence les expériences de femmes issues de divers horizons : musulmanes, hindoues économiquement défavorisées, migrantes tribales, dalits (membres des castes les plus basses), femmes handicapées et travailleuses du sexe. Ces recherches révèlent que même les femmes ayant un niveau d’éducation relativement élevé peuvent être confrontées à des mariages forcés et à des grossesses non désirées.
L’étude souligne le rôle essentiel de la société civile, en particulier dans les régions où les services de santé publique sont limités. Les organisations non gouvernementales (ONG) jouent un rôle crucial dans la sensibilisation à la sexualité et au genre. Les auteures proposent également une nouvelle approche méthodologique, axée sur la coproduction de connaissances, afin de mieux comprendre comment le genre, la marginalité économique et sociale interagissent dans la vie des femmes.
« La précarité économique aggrave le manque d’accès aux besoins fondamentaux, le manque de conscience des changements sexuels et reproductifs du corps et la limitation de la liberté d’action en matière de choix sexuels et reproductifs. »
Auteurs de l’étude
Les auteures insistent sur la nécessité d’une approche holistique de la justice sexuelle et reproductive, qui englobe non seulement l’accès aux services de santé, mais aussi la capacité de :
- Choisir ou non d’avoir des enfants
- Mener à terme une grossesse désirée
- Choisir les conditions dans lesquelles accoucher ou fonder une famille
- Prendre soin des enfants avec le soutien social nécessaire dans un environnement sûr et sain
- Contrôler son propre corps et son expression personnelle, libre de toute forme d’oppression sexuelle et reproductive
- Bénéficier de conditions favorables qui rendent possible la jouissance des droits sexuels et reproductifs, allant de l’accès aux besoins et ressources de base aux changements dans les lois et politiques
- Avoir un accès universel aux services de santé sexuelle et reproductive, avec des mesures spéciales pour garantir que personne ne soit laissé de côté
L’ouvrage met en garde contre un système de santé qui, malgré des progrès en matière d’indicateurs de santé, reste souvent « aveugle aux inégalités » et compromet l’accès à des services essentiels tels que l’avortement abordable et accessible. Il souligne également que la discrimination positive ne suffit pas à garantir une justice sexuelle et reproductive véritable.
Cette étude constitue une lecture essentielle pour les professionnels de la santé, les décideurs politiques et les chercheurs, car elle souligne la nécessité d’aller au-delà des statistiques globales et d’adopter des approches fondées sur des connaissances approfondies des réalités vécues par les femmes marginalisées.
Shraddha Jain est doctorante au Centre d’études sur le développement (CDS) de Thiruvananthapuram. Elle mène des recherches sur les relations entre les sexes, en mettant l’accent sur le travail rémunéré et non rémunéré des femmes et sur le travail de soins.