Publié le 16 février 2024 21:50:00. Quarante ans après la catastrophe de Tchernobyl, une étude révèle que les effets des radiations pourraient se transmettre génétiquement aux générations suivantes, un phénomène jusqu’alors difficile à prouver. Des mutations spécifiques ont été identifiées chez les enfants des personnes exposées, ouvrant de nouvelles perspectives sur les conséquences à long terme de l’accident.
- Des mutations groupées de novo, des petits changements génétiques proches les uns des autres, ont été observées chez les enfants des liquidateurs de Tchernobyl et des techniciens radar allemands exposés.
- La quantité de ces mutations est corrélée à la dose de radiation estimée reçue par le père.
- Bien que préoccupantes, ces mutations affectent principalement des zones non codantes de l’ADN et n’ont pas entraîné d’augmentation des maladies génétiques observées à ce jour.
Une nouvelle étude menée par l’Université de Bonn apporte des preuves tangibles de ce que l’on suspectait depuis des années : les radiations peuvent avoir des effets transgénérationnels. Les chercheurs ont découvert des mutations de l’ADN chez les enfants des personnes ayant été exposées à la catastrophe nucléaire de Tchernobyl en 1986. Contrairement aux recherches précédentes, qui n’avaient pas permis d’établir de lien aussi clair, cette étude se concentre sur des « mutations groupées de novo » – des petits groupes de changements génétiques très proches les uns des autres, présents chez les enfants mais absents chez leurs parents.
L’équipe de recherche soupçonne que ces « cicatrices » génétiques sont le résultat de ruptures de l’ADN chez les pères, provoquées par les rayonnements ionisants, et transmises lors de la conception. L’analyse du génome de 130 enfants de « liquidateurs » – les personnes mobilisées pour gérer les conséquences de la catastrophe – a révélé une différence significative par rapport à un groupe témoin : une moyenne de 2,65 mutations groupées par enfant contre 0,88 chez les enfants non exposés.
Des résultats similaires ont été observés chez les enfants de techniciens radar allemands, exposés à des niveaux de radiation comparables dans le cadre de leur travail. Plus la dose de radiation estimée reçue par le père est élevée, plus le nombre de ces mutations est important chez les enfants. Cependant, les chercheurs soulignent que la plupart de ces mutations affectent des zones de l’ADN dites « non codantes » – des parties qui ne servent pas à fabriquer des protéines. Aucune augmentation des maladies génétiques ou des malformations congénitales n’a été constatée chez les enfants des anciens liquidateurs de Tchernobyl.
Paradoxalement, l’étude suggère que l’âge du père au moment de la conception a un impact plus important sur le risque de mutations génétiques que les faibles doses de radiation étudiées. Il est important de noter que l’estimation des doses de radiation reçues il y a quarante ans reste une tâche complexe et que l’étude s’appuie sur des volontaires, ce qui pourrait introduire un certain biais dans les données. Néanmoins, ces résultats soulignent l’importance de la radioprotection, non seulement pour la sécurité individuelle, mais aussi pour la protection des générations futures, car l’ADN semble conserver une mémoire bien plus longue que la nôtre.